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Nous allons découvrir l’œuvre de


Nicolas POUSSIN


Nous commençons par une brève biographie

Et les pages suivantes vous présentent 134 tableaux commentés

Nicolas  Poussin  (1594-1665)

Poussin est né à Villers près des Andelys en 1594

Malgré l'opposition de ses parents il décide de partir à Paris

Il a accès aux collections royales grâce à Alexandre Courtois, valet de chambre de Marie de Medicis

Il découvre la sculpture antique et les tableaux de maîtres italiens

De 1613 à 1923 ( de 19 à 29 ans ) la modicité de ses ressources ne lui permet pas de se rendre à Rome

En 1621 il gagne un concours ouvert par les jésuites de Paris pour la décoration de leur collège

Ses travaux attirent l'attention du Cavalier Marin, le poète italien installé depuis 1615 à la cour de France et tenu pour un arbitre du bon goût

Il prend Poussin sous sa protection, le loge décemment, lui apprend l'italien, lui fait connaître la poésie latine

Poussin étend sa culture par les lectures les plus variées sur l'Antiquité, la perspective et l'anatomie

En 1622-1623 il travaille en compagnie de Philippe de Champaigne dont il devient l'ami à la décoration du Palais du Luxembourg

En 1623 il part pour Rome. Il passe par Venise afin d'y étudier Titien et se retrouve au printemps 1624 parmi la colonie française de Rome groupée autour de Simon Vouet

Il étudie les Carrache comme c'était la mode parmi les peintres romains

Il accuse le Caravage d'avoir assassiné la peinture

Il étudie les Stanze de Raphaël au Vatican et sa Galatée à la Farnésine

Il étudie les bas-reliefs antiques

En 1625 se deux tableaux "La victoire de Josué"  (sur les Amalécites et les Amorrhéens) présentent de subtils jeux de lumière sur des structures qui évoquent le marbre antique

Il étudie les Bacchanales de Titien

Après la mort du Cavalier Marin (1625) il connaît une période difficile bien que son protecteur l'ait recommandé à la petite cour du cardinal Barberini, neveu du pape Urbain VII

Deux commandes vont lui assurer la célébrité : La mort de Germanicus, exécuté pour la famille Barberini et le Martyre de Saint Erasme, destiné à Saint Pierre de Rome

Grand amateur de livres, Poussin se plonge dans la lecture et l'analyse des ouvrages théoriques de Leonard de Vinci et de Dürer

Il étudie l'optique, la géométrie et la perspective

Épuisé par son labeur il tombe malade

Rétabli, il décide d'épouser la fille de Jacques Dughet, le pâtissier-traiteur d'origine parisienne chez qui il vit en pension

Il décide de se fixer définitivement en Italie et de ne plus suivre que sa propre inspiration dans le choix de ses sujets ce qui est courageux sur le plan financier

Il est exploité par des hommes peu scrupuleux comme le sicilien Valguarnera auquel il livre pour des sommes dérisoires deux chefs d'œuvres : La peste d'Ashod (1630) et L'empire de Flore  (1630-1631)

Un commensal des Barberini devient son mécène et l'un de ses plus fidèles amis : Cassiano del Pozzo

En 1631 il est admis à l'Académie de Saint-Luc

Sa célébrité s'étend

En 1636 Richelieu lui passe commande d'un "Triomphe de Neptune" puis de Bacchanales : Le Triomphe de Bacchus et le Triomphe de Pan

Après des scènes mythologiques il traite un thème nouveau : les Sept Sacrements

Il peint des tableaux pour le cardinal Respigliosi (le futur pape Clément IX) et les italiens voient en lui le successeur de Raphaël

Tancrède et Hermine (Ermitage) - Le Triomphe de Neptune et de l'Amphitrite (Philadelphie) - Le jeune Pyrrhus sauvé (Louvre)

Richelieu invite Poussin à rentrer en France (1638) en lui offrant les avantages attachés à la charge de Premier peintre du roi

Poussin multiplie les conditions : on ne l'obligera pas à peindre des plafonds ou des voûtes, par exemple

Il reçoit même une lettre autographe de Louis XIII et la visite d'un haut fonctionnaire qui doit l'accompagner en France et qui demeura toujours son défenseur et son admirateur

Il est reçu de manière fastueuse et logé aux Tuileries. Il reçoit une pension de 1.000 livres

Mais surgissent les difficultés qu'il redoutait : on lui demande sans cesse des "bagatelles" : peintures d'autels, tableaux de cabinets, dessins de cheminées

Les peintres parisiens comme Simon Vouet ne cessent d'intriguer contre lui

Sous prétexte d'aller chercher sa femme en novembre 1642 Poussin réussit à repartir pour Rome laissant ses décorations à peine esquissées

Il n'a donné à Richelieu qu'un seul tableau de commande : "Le buisson ardent" (1641-Copenhague)

A Rome Poussin retrouve avec plaisir l'atmosphère qui lui convient

Il peut compter sur une double clientèle française et romaine

La mort de Richelieu puis de Louis XIII le libère des comptes qu'il pouvait avoir à rendre

Poussin a toujours montré un désir d'ordre poussé jusqu'à la minutie : sur sa palette les couleurs sont disposées de manière à reproduire le spectre solaire

Le soir sur la place de la Trinité des Monts il tient des sortes de conférences où se pressent amis et inconnus

On le présente comme un véritable philosophe qui aurait choisi de s'exprimer par la peinture

Grâce à sa ténacité il va obtenir une indépendance qui va lui permette de vieillir en paix et de donner libre cours à ses tendances les plus profondes

En 1657 il est élu président de l'Académie de Saint-Luc mais décline cet honneur car sa santé faiblit

Il souffre du tremblement de ses mains

La mort de sa femme (1664) ne précédera que de peu la sienne (1665)

Travailler implique pour lui que le cœur participe à l'œuvre. Il faut "se remplir l'esprit de pensées affligeantes et sérieuses" pour traiter un sujet triste

Il est d'un caractère bienveillant et plutôt fier qu'orgueilleux

Il entend apprécier lui-même son art : il écrit au dos de ses tableaux la valeur qu'il en demande et refuse qu'on lui en donne plus

Il a refusé les effets de clair-obscur qu'un caravagesque aurait multipliés

Sa définition de la peinture : "C'est une imitation faite avec lignes et couleurs en quelque superficie de tout ce qui se voit sous le soleil. Sa fin est la délectation"

Poussin ne s'est pas donné pour but de conquérir une clientèle bourgeoise mais de s'exprimer par le biais de narrations le plus souvent mythologiques, à tendance méditative et dont la pure jouissance n'est pas exclue

Il ressuscitait les divinités païennes dans les paysages des environs de Rome

On ne possède de lui que 340 tableaux

Ses intentions moralisantes peuvent paraître conformistes mais elles sont conformes à l'esprit général de son époque : le style Louis XIII affectionne le stoïcisme et confond volontiers Socrate avec le Christ

Après 1645 le paysage a pris de plus en plus de place dans l'œuvre de Poussin

Aussi longtemps qu'il pourra se rendre sur le motif "hors les murs" (à cheval avec Claude Lorrain), il rapportera à son atelier des pierres des fleurs et des herbes

Les figures humaines, qu'elles soient bibliques ou mythologiques, se fondent dans un paysage immense à la fois vrai et inventé


Midas rendant grâce à Bacchus  1624

Midas rend grâce au dieu, entouré de sa suite

Equilibre et repos

L'ivresse est la cause de cette tranquilité méditative

La grâce élancée des corps, le dessin qui en souligne avec complaisance la beauté sont les marques de l'influence sur Poussin de "L'Ecole de Fontainebleau" dont il ne se détachera que progressivement

Midas, roi de Phrygie, s'est attiré la faveur de Bacchus pour avoir su traiter avec bienveillance le vieux Silène trouvé ivre par des paysans

Silène est un satyre censé détenir le secret de la sagesse


Cephale et l'Aurore   1625

Aurore est la sœur d'Hélios, le soleil, et de Séléné, la lune

Vénus, jalouse, la punit de s'être unie à Mars, en faisant d'elle une éternelle amoureuse

Elle est ainsi éprise de Cephale qu'elle poursuit en vain et qui lui préfère Procris

Devant un paysage encore baigné de nuit, les personnages sont répartis en deux groupes : les deux amants et les Heures qui viennent chercher l'Aurore

Le thème est celui de l'amour impossible entre les dieux et les mortels


Vénus et Adonis   1625

Poussin inscrit avec grâce le corps humain dans l'espace naturel sans compromettre le caractère solennel du paysage

Myrrha a mécontenté Vénus

Vénus pour se venger la rend amoureuse de son père et Myrrha s'unit à lui sans qu'il la reconnaisse

Quand il s'en rend compte il veut la tuer mais elle s'enfuit et les dieux la métamorphosent en arbre à myrrhe

C'est de cet arbre que naît Adonis

Beau comme les amours il séduit Vénus elle-même



La victoire de Josué sur les Amorites   1625

Au cours de la bataille opposant les Israélites aux Amorites, Dieu arrêta le soleil afin de permettre aux Israélites de parachever leur victoire

"Soleil, arrête toi sur Gabaon et toi, lune, sur la vallée d'Ayalon"

Et le soleil s'arrêta et la lune se tint immobile jusqu'à ce que le peuple fut vengé de ses ennemis (Josué)

Sur la gauche du tableau le soleil brille de ses derniers éclats alors que la lune sur la droite est déjà haut dans le ciel. La victoire des Israélites ne semble guère faire de doute.

Peu après son arrivée à Rome (1625) Poussin se trouva sans ressource et réalisa deux tableaux de batailles avec de nombreuses figures pour "à peine sept écus chacun"

Poussin a été ébloui par la découverte du monde de  Raphaël, particulièrement de la Chambre de Constantin

Tourbillon des piques et des épées qui accompagnent les gestes des soldats au second plan

Masque terrorisé du soldat fuyant à l'extrême droite

Tête ensanglantée qui gît sur le sol à l'extrême gauche

L'enchevêtrement savant des formes indique une volonté de démonstration de la part d'un artiste qui ignore encore que son génie réside dans la clarté et la simplicité

Un ami avec lequel il contemplait "La bataille de Constantin" a témoigné que "lui plaisait cette âpreté qui était en accord avec la férocité d'un grand combat et avec l'impétuosité et la fureur des combattants"

La bataille de Josué contre les Amalécites   1625

Il s'agit de la bataille qui dans la Bible oppose les Amalécites aux Israélites conduits par Josué

Comme Moïse en avait informé Josué, les Israélites l'emporteraient tant qu'il tiendrait ses mains levées

"Quand il les laissait retomber … Amalec l'emportait"

On voit  au second plan au centre Moïse réfugié sur une colline. Aaron et Hur soutiennent ses bras assurant à Israël la victoire

On note les chevaux qui se cabres en toutes directions et que souvent Poussin aimera peindre

Têtes hirsutes et farouches des Amalécites vaincus sur la gauche

Geste du soldat tenant à deux mains au-dessus de sa tête une grosse pierre.

Gestes répétés à l'identique des trois Israélites sur la droite qui tirent à l'arc ou lancent un javelot

Un Amalécite vu de dos fuit le combat

Poussin aborde le thème, cher à la Renaissance, de la bataille, de l'héroïsme, mais aussi de la violence et de la cruauté des hommes

On sent dans cette œuvre pleine de rythme et de pulsion, l'ambition d'un jeune homme inspiré, stimulé par les exemples d'une Rome dont il venait de découvrir les richesses

La bataille de Gédéon contre les Madianites   1626

Composition encombrée de corps à corps crispés traitée avec un sens sculptural des formes et une recherche des contrastes lumineux qui lui confère une certaine âpreté

Les tableaux de bataille ont été considérés comme des œuvres alimentaires

L'histoire de Gédéon, cinquième juge d'Israël, retrace l'installation des Hébreux en Canaan

Prenant par surprise les Madianites, leurs ennemis, les Hébreux sonnent du cor et brandissent des feux cachés dans des jarres

Gédéon, ceint d'une étoffe rouge qui tient lieu de baudrier, semble surgir du halo de lumière qui sculpte les corps

Enchevêtrés les corps creusent l'espace

La disposition en frise des combattants rappelle l'art du bas-relief antique

La lamentation sur le Christ mort    1626

La Vierge, Madeleine, Saint Jean et deux anges pleurent le Christ mort que Joseph d'Arimathie s'apprête à porter au tombeau

Rares les œuvres de Poussin où les personnages exposent leurs sentiments d'une manière aussi directe, aussi peu contrôlée

Contrepoint des attitudes de Joseph et de Marie

Utilisation du clair-obscur afin de bien mettre en valeur les nuances du coloris, les couleurs saturées sur le mode vénitien

La fraîcheur du regard de Poussin ne manqua pas de séduire rapidement les amateurs romains


Adonis pleuré par Vénus   1627

Poussin est fidèle au récit d'Ovie

Du nectar versé par Vénus sur le corps d'Adonis, tiré par un sanglier, jaillissent les anémones, symbole du retour annuel à la vie du jeune chasseur

Sur la gauche le personnage endormi représente le fleuve Adonis, dont l'eau rougissait chaque année à la date de la célébration de la mort d'Adonis

Similitude de la position d'Adonis avec celle du corps du Christ de la Lamentation

Poussin était conscient des analogies entre le mythe d'Adonis, symbole de la mort suivie de résurrection, et la vie du Christ

On note l'attitude de Vénus, sorte de Madeleine laïque

Le syncrétisme ente l'antiquité païenne et le monde chrétien fascinera toujours Poussin


La nourriture de Bacchus   1627

Ovide conte l'histoire de Bacchus : fils de la princesse Sémélé et de Jupiter il fut confié à peine sorti de sa cuisse aux nymphes du mont Nysa pour qu'il échappe à la vengeance de Junon, l'épouse de Jupiter

La source de ce tableau est une commande d'une série de dessins pour illustrer les Métamorphoses d'Ovide. Cette commande provenait du Cavalier Marin, poète italien présent à la cour de France qui animait un cercle libertin et érudit et qui fut le premier amateur d'art de Poussin

Paysage foncé mais luxuriant évoqué par quelques grandes masses

Bonheur sensuel de vivre dans une nature généreuse

Bébé joufflu endormi sur la belle figure de bacchante qui est inspirée du Titien

Allégresse marquée par le chromatisme hérité de Venise où l'artiste séjourna quelques mois

La mort de Germanicus   1627

Ce tableau est parmi les plus admirés de Poussin

Le tableau a été commandé en octobre 1626 par le cardinal Barberini, neveu du pape francophile Urbain VIII.

C'était la première fois que Poussin abordait l'histoire romaine

Le sujet est tiré des Annales de Tacite

Tiberius Drusus Nero ( 15 av - 19 ap ) remporta en Germanie des victoires qui lui valurent son surnom

Son père adoptif, l'empereur Tibère, l'envoya ensuite en Orient où il se heurta à l'hostilité du gouverneur de Syrie, Calpurnius Pision, et de sa femme, Plancine

Il tomba gravement malade à Antioche, sans doute empoisonné par Pison, sur ordre de Tibère, jaloux de ses succès

Avant de mourir il s'adressa à ses amis " qui jurèrent en touchant la main droite du mourant qu'ils renonceraient plutôt à la vie qu'à la vengeance"

Il supplia son épouse, Agrippine l'Ancienne, de plier son âme aux cruautés de la fortune

En un premier temps Poussin n'avait pas eu l'idée du soldat levant la  main droite en signe de vengeance et au lieu de la trouée centrale qui donne sa profondeur à l'architecture il avait prévu de peindre à gauche un escalier

La composition en frise marque le souci d'évoquer le monde antique

Deux groupes encadrent le héros mourant, couché sur un lit de fortune :

- les soldats et ses disciples sur la gauche

- à droite Agrippine et ses enfants

Beauté formelle au service de l'évocation des grands thèmes de la destinée humaine : la mort, la souffrance, la douleur, l'injustice du sort, la vengeance, la compassion, la solidarité

Aujourd'hui le tableau apparaît trop chargé en personnages et en intentions, trop héroïque et trop historique

Echo et Narcisse

ou La Mort de Narcisse     1627

Poussin s'inspire des Métamorphoses d'Ovide

Tirésias avait prédit une existence éternelle à Narcisse "s'il ne se connaît pas", parole qui longtemps parut dénuée de tout sens

Jeune homme d'une incomparable beauté, il se consacrait à la chasse, qu'il pratiquait dans la solitude

La nymphe Echo, condamnée par Junon à ne pas pouvoir parler autrement qu'en répétant les mots qu'elle entendait, tomba passionnément amoureuse de Narcisse

Mais celui-ci la repoussa et Echo se réfugia dans les bois, se transformant lentement en rocher. Seule sa voix lui survivait

La déesse Némésis voulut la venger et exauça le vœu d'Echo : "qu'il aime donc à son tour et ne puisse posséder l'objet de son désir"

Un jour qu'il chassait, Narcisse se désaltérait près d'une fontaine ombrageuse

Il tomba amoureux de sa propre image et se reconnut

C'est sa mort que nous peint Poussin alors que Narcisse donne naissance à la fleur au cœur d'or et aux feuilles blanches qui porteront désormais son nom

Le putto avec sa torche enflammée (torche qui éclairait les convois funèbres) fait allusion à la mort du jeune chasseur

Le triomphe de Flore   1627

Ce tableau entra en 1685 dans les collections de Louis XIV

Une longue marche de figures masculines et féminines habilement articulées entre elles

Mouvement retenu comme si le récit auquel l'artiste souhaite nous faire participer supposait l'arrêt du temps et le recueillement

Flore, déesse du printemps, assise sur son char est entourée de trois paires d'amours ailés d'or

Ajax, en armure et casqué, vu de dos, lui offre des fleurs dans son bouclier

Il cache Narcisse qui lui présente les siennes dans une corbeille

Au-devant du char, Vénus esquisse un pas de danse, suive par Adonis

Au premier plan sur la droite, Clythie qui cueille un  tournesol

De l'autre côté du char Smilax qui offre des liserons à Flore

Devant eux une nymphe termine une couronne de fleurs

Un couple de dieux est allongé au premier plan à gauche

La déesse tient entre ses jambes une cruche d'où l'eau jaillit

L'eau est source de vie à l'image de Vénus, évocation du printemps

Les fleurs sont une allusion à la fécondité, aux cycles de la nature

En 1631 Poussin peindra "L'empire de Flore"

Midas se lavant dans le Pactole    1627

Il s'agit du premier Poussin acquis par un musée des Etats-Unis en  1871 (on en compte aujourd'hui une trentaine)

Le sujet est tiré des Métamorphoses d'Ovide (XI)

Midas, roi de Phrygie, avait sauvé Silène

Silène est un satyre, père adoptif du dieu Dionysos (Bacchus) qui l'accompagne sans cesse

Pour le remercier Bacchus laissa Midas choisir la récompense qu'il souhaitait recevoir

"Fais que tout ce que j'aurai touché de mon corps soit converti en or"

Le vœu de Midas fut immédiatement exaucé

Mais  tout ce qu'il voulait boire devenait "or liquide" et tout ce qu'il voulait manger se recouvrait d'une feuille d'or

Midas s'en retourna auprès de Bacchus qui annula la faveur qu'il lui avait faite. Il lui ordonna de se rendre à la source du Pactole afin de laver son corps. Depuis le fleuve roule dans son cours des paillettes d'or

Le fleuve est symboliquement représenté au centre de la composition tandis que le roi sur la gauche se baigne dans les eaux purificatrices

Sur la droite deux putti versent de l'eau chargée de paillettes

L'œuvre est une allégorie de la futilité des richesses, de la vanité des biens de ce monde, de la concupiscence et du désir par opposition à la raison

Contraste des verts des bois et de la lumière du soleil couchant

Acis et Galatée    1628

Il s'agit des amours d'Acis et de Galatée telles que les conte Ovide dans les Métamorphoses (XII)

Sur la gauche Acis et la néréide Galatée abritent leurs amours sous un grand rideau rouge que déploient deux putti

Le cyclope Polyphène, également amoureux de la néréide, joue de la flûte et tourne le dos à la scène

Sur la droite tritons et néréides s'ébattent voluptueusement et des amours jouent avec des dauphins

Couleurs soutenues et saturées

Note de nostalgie exprimée par le baiser "presque hésitant" des deux jeunes gens et l'attitude détachée et comme indifférente du cyclope

Mélancolie accentuée par le contraste entre d'une part les ébats joyeux des néréides et des tritons et la délicate concentration du jeune couple et d'autre part la solitude inspirée de Polyphène

Vingt ans plus tard Poussin abordera le même sujet avec "Paysage avec Polyphène"

Le triomphe de David   1628

L'instrument de musique qu'on voit sur la gauche n'est pas une harpe traditionnelle mais une harpe éolienne

La main élégamment posée sur l'épée de Goliath, David contemple rêveusement la tête ensanglantée du vaincu, son armure, son bouclier

Une victoire à qui un amour tend une couronne d'or s'apprête à poser sur son front une guirlande de feuilles de chêne

Un amour fait sonner la harpe d'Eole

La tonalité grise de la composition surprend

Expression concentrée et mélancolique du héros

En dépit de sa victoire et de sa double couronne David ne se laisse pas aller à la joie. Absorbé dans sa réflexion le héros semble s'interroger sur sa destinée

Poussin perd de sa spontanéité pour s'orienter vers une formule plus romantique

Quelques années plus tard Poussin abordera à nouveau le sujet avec  une composition à très nombreux personnages

Bacchanale à la joueuse de guitare

ou les Andriens   1628

Influence de la toile de Titien "Les Andriens"

Grâce à Bacchus l'île d'Andros était riche en vin qui coulait à flot en une rivière

A l'extrême gauche Bacchus est couché sur un lit de grappes

Le peintre choisit une gamme de couleurs chaudes et privilégie les orange, les bleus et les rouges

Il retient un sujet sensoriel où il réunit et mêle la musique et la danse, le vin et l'amour, la joie et le divertissement à une nostalgie rêveuse

La composition est une frise harmonieuse

Mars et Vénus   1629

Mars se prépare-t-il à quitter Vénus, la déesse de l'amour où s'apprête-t-il  à partager sa couche ?

Les deux putti sur la droite lui présentent-t-ils son armure ou viennent-t-il de la lui ôter ?

Leur compagnon a-t-il enlevé le casque du dieu de la guerre ou veut-il le lui poser sur la tête ?

Un amour vide le carquois de Mars tandis que son compagnon aiguise une flèche destinée à une blessure d'amour au héros

Poussin joue de l'ambiguïté de l'instant et nous laisse libre d'interpréter la scène à notre convenance

Poussin n'a pas représenté le sexe de Mars : ce serait une référence à la maladie vénérienne qui avait frappé Poussin dans les années où il peignait son tableau et dont il souffrit pour le reste de son existence

Est-ce une allégorie de la force de l'amour rendant impuissant le dieu de la guerre ?

Ou l'usure du tableau aurait-elle effacé les organes génitaux de Mars ?

Sur la droite de la composition un dieu fleuve et une belle nymphe allongée dont la silhouette se reflète dans l'eau contemplent passivement la scène

Les bergers d'Arcadie   1629  (Chatsworth)

Tableau agrandi sur la gauche ce qui déséquilibre la composition

Allégorie sur la fragilité du bonheur et sur la vanité du désir

Ce tableau annonce "Les Bergers d'Arcadie" du Louvre

Deux pâtres et leur compagne se tournent vers un sarcophage et déchiffrent une inscription en lettres capitales "et in arcadia ego" ( = et même en Arcadie il y a la mort )

Au-dessus de cette inscription un minuscule crâne

Les poètes décrivaient une Arcadie idyllique peuplée de bergers, que le fleuve Alphée, sur la droite, traversait

Aux bergers Poussin ajoute une bergère et le dieu fleuve Alphée. Il accorde au crâne une place modeste

Les bergers ont une expression mélancolique et rêveuse

La composition est d'une poésie délicate teintée de nostalgie

Conscience de la fragilité du bonheur et de la présence de la mort même dans les terres les plus heureuses

Renaud et Armide    1629

Le sujet est tiré de "La Jérusalem délivrée" du Tasse (1581), un ouvrage auquel Poussin aura souvent recours

Nous sommes au temps de la première croisade : Renaud, le légendaire héros chrétien, a été enchanté par son adversaire sarrasine, la belle Armide, bien décidée à le tuer

"La perfide s'élance vers lui, ivre de vengeance. Mais quand elle pose son regard sur lui et qu'elle le voit respirer, tranquillement assoupi avec un doux sourire, elle reste interdite … et d'ennemie qu'elle était elle devint son amante"

Poussin est préoccupé par la description attentive des émotions et des passions humaines dans ce qu'elles ont de violent mais aussi de changeant

Poussin a donné l'aspect d'un groupe sculpté à ses deux héros

Accord heureux des ailes bleu lavande du putto qui se détachent sur la blanche draperie flottante d'Armide

Le martyre de Saint Erasme   1629

Erasme de Gaète, évêque d'Antioche, fut martyrisé sous Dioclétien en 303

"Après lui avoir enfoncé une alène sous chaque ongle des doigts … les bourreaux l'auraient brûlé au fer rouge et arrosé d'huile bouillante

La légende des intestins dévidés aurait été forgée à Gaète au 14ème siècle où se trouvait son tombeau

Poussin retient le moment où le prêtre païen exhorte Erasme à renoncer à sa foi en lui montrant du doigt "L'idole d'Hercule"

Tous les protagonistes de la scène sont suspendus à la réponse du martyr

Poussin ne recevra plus de commandes officielles

Tancrède et Herminie   1629  (Ermitage)

Le grand cheval blanc au regard compatissant, intelligent et humain exprime le génie poétique de Poussin

Œuvre peinte sur une toile à gros grains

Le sujet est tiré de "La Jérusalem délivrée" du Tasse

Herminie et Vafrin étaient  parvenus non loin de la ville au coucher du soleil quand ils virent sur la terre noire de sang un guerrier mort, la face tournée vers le ciel : c'est Tancrède l'amant d'Herminie

Mais Tancrède n'était pas mort

Elle soigne ses plaies et espère en sa guérison

Elle essuie ses plaies avec ses cheveux et les bande avec ces mêmes cheveux qu'elle choisit de couper

Elle coupe ses cheveux avec l'épée de son amant qu'elle tient comme si elle voulait se suicider

A droite du cheval blanc le corps d'Argant que Tancrède vient de tuer

Couleurs comme électriques

Ciel crépusculaire

Effet du soleil couchant qui éclaire armures et casques et fait scintiller l'épée

Diane et Endymion   1630

La déesse Diane découvre dans sa course nocturne quotidienne un mortel, le bel Endymion, endormi sur le mont Latmos et tombe amoureuse du berger

Est-ce l'aube, l'instant où Apollon son frère, précédé par l'Aurore aux doigts de rose, s'élance dans sa course ?

La déesse quitte au matin le pâtre comblé et reconnaissant, à genoux dans une attitude suppliante d'attente afin que l'immortalité lui soit accordée

A droite la nuit semble tire le voile nocturne vers elle

Le tableau présente les teinte blondes, lumineuses et vaporeuses propres aux œuvres des années 1630

Retenue éloignée de la sensibilité plus directe des premières toiles de l'artiste

Pour avoir aimé une déesse (on note le petit cupidon sur son épaule) Endymion devra faire un choix : soit dormir et rester éternellement jeune et beau, soit vivre et aimer mais vieillir et mourir

Choix difficile entre l'Immortalité et l'Amour

La course du temps est un thème cher à Poussin

Il décrit le déroulement des heures du jour et la brièveté du bonheur

Le massacre des Innocents    1630

Poussin veut s'imposer par une toile de grand format à l'attention des romains

Le peintre joue sur de forts contrastes d'échelle qui lui sont inhabituels

Dans un cadre architectural rigoureux, un groupe vue en gros plan d'en bas, sculptural et fortement éclairé

En arrière une femme vue de profil court avec son enfant mort

Poussin isole un épisode d'un ensemble que nous ne faisons que deviner : le soldat qui écrase l'enfant sous son pied et retient par les cheveux la mère hurlante à la bouche grande ouverte comme un masque de tragédie

La Vierge apparaissant à Saint Jacques le Majeur   1630

Le duc de Richelieu possédait 13 Poussin dans sa collection. En 1665 le duc perdait à l'occasion d'une partie de paume contre Louis XIV l'essentiel de sa collection

La Vierge serait apparue à Saint Jacques le Majeur à Saragosse assise sur un pilier de marbre entourée d'un essaim d'anges

Elle ordonne à Jacques de convertir l'Espagne lui communiquant l'inspiration divine sous la forme d'un vent qui fait refluer les voiles

Un rai de lumière frappe le visage modestement levé et respectueux de l'apôtre, la main droite appliquée sur le cœur

Au premier plan un compagnon de Jacques aux pieds nus et poussiéreux pousse l'humilité jusqu'à l'anéantissement de soi

Insistance sur les diagonales ce qui donne une composition instable

Pas de plans nettement définis

Forte impression de flux et de mouvement

Distribution morcelée des ombres et des lumières

Sensation de poids et de puissance malgré l'impression dominante d'instantané et de mouvant

Poussin abandonne la voie dans laquelle il semblait s'engager : fougue de l'exécution, puissance monumentale de la composition et somptuosité du coloris

L'inspiration du poète   1630

Ce tableau provient des collections du cardinal Mazarin qui le possédait dès 1653

Il s'agit d'un Parnasse : au centre Apollon, dieu de la lumière, de la poésie et de la musique (la lyre sans corde y fait allusion)  couronne le poète Virgile (?) qui, la plume à la main, lève les yeux au ciel, source de toute inspiration

Influence de Titien pour la lumière et les couleurs et de la sculpture antique pour les grandes figures

En célébrant Apollon, Poussin développait l'idée de l'égale dignité de la peinture et de la poésie, l'équivalence de l'invention dans l'ordre des images et l'invention dans l'ordre du langage

Apollon accordant la conduite de son char à Phaéton  1630

Poussin s'inspire des Métamorphoses d'Ovide (II)

Phaéton à genoux et montrant du bras gauche l'objet de sa requête, prie Apollon-Phaebus, son père, assis sur des nuages et appuyé sur sa lyre, de lui confier le char du soleil dont les nymphes personnifiant les heures du jour, harnachent les chevaux

Entre eux, vêtu de vert, une couronne de fleurs à la main, le Printemps se détache devant le cercle du Zodiaque, sur lequel se distinguent les signes

Au centre de la composition, un miroir à la main, l'Eté

A droite, assoupi, l'Automne

A gauche l'Hiver se chauffe à un brasier

Le Temps (Saturne muni de grandes ailes grises) présente à Apollon le miroir de la vérité

Belles trouvailles de couleur et raffinement de lumière

Phaéton  périra, précipité de son char pour avoir provoqué un incendie qui menace de détruire le monde

Le mariage mystique de Sainte Catherine   1630

Tableau peint sur un panneau de bois

Coloris intense et raffiné

Expression tendre et enjouée

En août 1830 Poussin se voir refuser la décoration d'une chapelle

A partir de cette date il se détourne des commandes officielles et de la décoration monumentale

Il se consacre à des tableaux destinés à des personnes privées, à des amateurs sensibles à la rigueur et à la poésie

Sa conception de l'art et un rythme de travail assez lent s'accordent à une vie personnelle réglée et retirée

En 1630 il épouse Anne-Marie Dughet, la fille du voisin cuisinier qui avait soigné Poussin durant une maladie

La Peste d'Asdod (ou d'Azoth)

ou Les Philistins frappés par la peste

ou Le miracle de l'Arche    1630

Le tableau fut d'abord acquis par Valguarnera, un aventurier sicilien, qui venait d'écouler des diamants volés en Espagne pour se procurer des tableaux

Après un procès le tableau fut vendu aux enchères et acquis par le duc de Richelieu qui le perdit au jeu de paume au profit de Louis XIV

A cette époque (1631) une redoutable épidémie de peste ravageait l'Italie du Nord

Le sujet est tiré du livre de Samuel : les Philistins ayant vaincu les Israélites s'emparent de l'Arche d'Alliance

Ils la placent à Asdod dans le temple de Dagon

Le lendemain les Asdodites vinrent au temple et voilà que Dagon gisait  par terre devant l'Arche

Ils le remirent en place mais le lendemain Dagon était retombé … Et la main du Seigneur s'appesantit sur les Asdodites … Il sortit des champs et des villages une multitude de souris et l'on vit dans toute la ville une confusion de mourants et de morts

Grand succès du tableau car Poussin a réussi l'étude des expressions

Le groupe du centre de la composition fut particulièrement remarqué : un Philistin écarte un nouveau né du sein de sa mère morte, tout en se bouchant le nez

Caractère lugubre établi par une lumière faible, des teintes sombres et une langueur qui paraît dans le mouvement de chaque figure

L'effroi nous envahit : les rats qui rôdent, les agonisants, les cadavres, les corps en putréfaction

L'actualité de la peste aux portes de Rome ne doit pas faire oublier la morale de l'œuvre : Dieu se venge de qui ose l'affronter

L'empire de Flore    1631

Le tableau pourrait avoir pour titre "L'origine des fleurs"

Sur la gauche le guerrier Ajax, casqué, se perce de son épée : de son sang, jaillit un œillet

Sur sa droite, Narcisse, les bras ouverts, contemple son image : devant lui une nymphe qui tient une jarre (identifiée à Echo) fait allusion à l'eau qui donne vie aux fleurs (au second plan une vasque)

Derrière Narcisse, Clythie, (le tournesol), se  tourne vers le ciel, vers son amant Apollon, dont l'éclat l'éblouit

Sur la droite au  premier plan, Crocus et Smilax (le liseron) sont enlacés

Derrière eux Adonis, le chasseur armé d'une lance et accompagné de ses chiens, se penche sur sa blessure à la cuisse, causée par un sanglier, et Hyacinthe touche sa blessure mortelle à la tête et admire la fleur à laquelle il donnera son nom

Trois dieux règnent sur ces mortels qu'unit une fin tragique : Pan (ou Priape), dieu de la fertilité, Apollon sur son char, source de la vie des plantes et des fleurs, et Flore dansant avec des amours, symbole du printemps toujours renaissant

Allégorie du retour annuel de la vie, symbole aussi bien de la réincarnation que de la résurrection

Cette peinture lumineuse de gaité et de joie de vivre est le contre-pied de la sombre "Peste d'Asdod"

Ce  tableau marque l'entrée de Poussin dans le monde de la peinture claire et des bacchanales païennes

Apollon et les Muses   1632

Tableau dominé par des bleus vifs et des ors

Il célèbre les arts et tout particulièrement les vertus de la poésie

Influence de la fresque de Raphaël dans la Chambre de la Signature au Vatican

Poussin rend hommage à Raphaël et veut se proclamer son successeur

Apollon est entouré des neuf muses, de gauche à droite :

Thalie - poésie pastorale, comédie

Uranie - astronomie

Clio - histoire

Melpomène - tragédie

Terpsichore - danse

Erato - art lyrique et choral

Polymnie - rhétorique

Euterpe - musique

Calliope - éloquence, poésie lyrique

Neuf poètes entourent Apollon

Apollon tend une coupe au poète couronné

A ses pieds une nymphe des eaux et une source à laquelle deux pitti viennent puiser l'eau inspiratrice

A gauche, Homère, Le Tasse et Virgile

Toile d'une allégresse juvénile et d'une grande fraîcheur d'inspiration

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