Portrait de la femme dite « La Schiavona »


Le portrait de cette femme d’une certaine corpulence est titré « La Schiavona » selon l’usage vénitien car il s’agit d’une personne d’origine slave

Cette femme est représentée à la fois de face et de profil grâce à l’insertion d’un bas-relief  peint en trompe l’oeil

Titien participe à la polémique sur l’excellence des arts qui agitait alors les artistes et les intellectuels, les uns défendant la sculpture, les autres la peinture

Léonard de Vinci défendait la peinture et Michel Ange la sculpture

Aux sculpteurs qui défendaient la primauté de leur art car il permet de voir l’entièreté alors que la peinture  n’autoriserait qu’un seul point de vue, Titien avait répondu avec une œuvre aujourd’hui disparue qui représentait un guerrier retirant son armure près d’un ruisseau dont les reflets sur l’eau en multipliaient l’image  produisant ainsi cette circularité appréciée dans la sculpture


Le Concert


Ce tableau fut d'abord attribué à Giorgione avant d'être considéré comme une oeuvre de Titien réalisée vers 1512

Le thème du concert permettait aux peintres d'introduire des références symboliques et des allusions érudites à la culture et aux théories musicales des humanistes vénitiens, à un moment où l'éducation musicale faisait partie intégrante de la formation du gentilhomme

Dans la culture néoplatonicienne de l'époque, seuls les instruments à cordes et la voix humaine étaient élevés au rang de musique noble, alors que les vents et les percussions relevaient de la musique populaire, campagnarde et désordonnée

Le Concert célèbre l'harmonie et l'ordre de la musique "citadine" représentée par l'épinette, dont joue le personnage au centre de la scène, et par la viole de gambe que tient le religieux sur la droite

Certains ont interprété le geste du clerc interrompant le concert dans un sens symbolique : au sein du temps circulaire, idéal et parfait de l'harmonie musicale intervient le temps réel, devant être consacré à la dévotion institutionnalisée

LE MARI JALOUX

Entre avril et décembre 1511 Titien réalise trois peintures murales pour un cycle de fresques à Padoue

Sur chaque fresque il représente un miracle de saint Antoine

Ce tableau représente une femme, considérée à tort comme infidèle par son mari jaloux, est poignardée par celui-ci puis guérie par le saint

Le miracle se produit au fond à droite : l'homme fait pénitence en s'agenouillant devant le saint qui a ramené sa femme à la vie

Les histoires représentées dans les trois fresques de Padoue renvoient à la paix conclue entre Padoue et Venise après les événements de 1509

Cette année 1509 la Sérénissime avait traversé une crise militaire et politique profonde : excommunication par le pape Jules II le 27 avril, conquête de Padoue le 5 juin par la ligue de Cambrai

La ville fut néanmoins reprise par l'armée vénitienne le 17 juillet


LE CONCERT CHAMPÊTRE

Ce tableau du Louvre entra dans la collection de Louis XIV en 1671

Avant d'être attribué à Titien il fut longtemps considéré comme une oeuvre de Giorgione

Ce tableau illustre la théorie musicale et la culture humaniste néoplatonicienne du début du XVIème  siècle à Venise

Le thème représenté est celui du parfait accord entre le luth, instrument noble et distingué, joué par un jeune citadin élégant, et la flûte, instrument rustique mais anobli par son interprète, une femme nue, probablement une Muse, image allégorique évoquant la dimension supérieure de l'harmonie musicale

Sur la gauche, le rite de purification évoqué par la Muse versant de l'eau dans une fontaine renvoie à la fusion des sons  de l'accord musical et aux correspondances néoplatoniciennes entre musique mondaine et musique céleste, entre harmonie musicale et harmonie universelle

Le concert est interrompu par l'intrusion d'un berger ébouriffé qui surgit d'un bosquet représenté à l'arrière plan, où l'on aperçoit également son troupeau et un autre berger

Les deux nobles musiciens se tournent pour regarder celui qui, inférieur par son rang et sa culture, a troublé leur sublime harmonie

Le tableau condamne la contamination des genres musicaux nobles par des éléments populaires et représente, par le contraste entre ville et campagne, le conflit entre classes sociales

L'agencement et l'atmosphère du paysage sont influencés par la poésie pastorale alors très en vogue


LA VIERGE A L’ENFANT ( LA BOHEMIENNE)

La structure de cette peinture a été rapprochée de celles de Giovanni Bellini réalisées à la même époque ou peu de temps auparavant (vers 1511)

Le rideau se trouvant derrière la Vierge et l’Enfant qui se tient debout sur un parapet de marbre est une citation directe

Importance conférée à la figure de la Vierge par rapport à l’espace de la composition

Le surnom de « Bohémienne » est lié aux cheveux bruns de la Vierge

Saint Marc entouré de saint Côme et saint Damien, saint Roch et saint Sébastien


 Ce retable fut transféré en 1656 à Santa Maria della Salute

Il fut commandé par la Sérénissime pour invoquer la fin de l'épidémie de peste de 1509, très meurtrière

A droite au premier plan apparaissent les saints Roch et Sébastien, protecteurs de la peste

À gauche les saints médecins Côme et Damien, patrons des Médicis

Ils sont représentés sous les traits de deux contemporains ayant probablement soutenu les Vénitiens

Aux valeurs de la foi sont associées celles de la science et de la solidarité

La place centrale est accordée à Saint Marc, symbole de la République

Il est assis sur un trône décoré d'un tapis d'honneur, dans une attitude généralement réservée à la Vierge et à l'Enfant

Cet emplacement sert à mettre en avant le rôle primordial que joua le patron de Venise, et donc la Sérénissime elle-même, dans la défense de la population contre la terrible épidémie

Les figures qui composent cette conversation sont disposées dans un espace défini par le sol à carreaux et les colonnes sur la droite

L'agencement est rendu dynamique par le traitement de la lumière qui tombe de façon latérale pour illuminer le corps de saint Sébastien, seul personnage à être tourné vers le spectateur

Le visage de saint Marc est laissé dans l'ombre afin d'évoquer peut-être le sombre moment que traversait la ville touchée par la peste

Le réalisme des visages les apparente à de véritables portraits


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LA VIE ET L’OEUVRE de Tiziano Vecellio  

dit TITIEN  1/4

Nous allons vous présenter brièvement

la vie de TITIEN


Et nous commenterons

103 tableaux

Vie  de  TITIEN

Titien est né en 1490 à Pieve di Cadore sur les contrefors des Dolomites de la Haute Vénétie. Cette ville se trouvait dans une position stratégique pour le contrôle de la « route d’Allemagne » et devait sa prospérité à l’exploitation de vastes forêts dont une partie du bois était réservée aux chantiers navals de Venise et en particulier à la fabrication des rames. Plus tard, Titien détiendra d’importants intérêts dans les scieries et le commerce du bois. Son grand père avait reçu plusieurs charges officielles et son père avait été capitaine de la milice territoriale et membre de l’administration publique

Titien avait trois sœurs et un frère, Francesco, son aîné de deux ans qui fut aussi peintre mais avec un moindre succès

1499-1507 Titien et son frère s’installent chez leur oncle Antonio à Venise où il est formé dans l’atelier de Gentile Bellini et ensuite dans celui de Giovanni Bellini

1508-1509  Titien collabore avec Giorgione à la décoration des façades du Fondaco dei Tedeschi près du Rialto. Une rivalité serait alors née entre eux.

1510-1512   Pour fuir la peste, qui a emporté Giorgione, Titien s’installe à Padoue. Il achève quelques œuvres de Giorgione

1513-1515  Sa carrière de peintre de l’aristocratie vénitienne connaît un grand succès. Intense production de portraits, de scènes allégoriques, de Madones et de saints destinés à la dévotion privée

Il abandonne la manière de Giorgione au sens d’une monumentalité sereine de figures inscrites dans des paysages

1516-1518  Titien bénéficie d’une primauté dans le domaine des commandes publiques. En 1516 après la mort de Giovanni Bellini il lui succède au titre de peinte officiel de la République de Venise, charge qu’il conservera jusqu’à sa mort et qui lui assure des avantages financiers

1520-1524  Titien entre en relation avec les Gonzague, seigneurs de Mantoue, qui étaient étroitement apparentés aux ducs de Ferrare par Isabelle de Gonzague, sœur d’Alphonse Ier d’Este

A la cour de Mantoue il fit la connaissance de l’Arétin avec lequel il se liera d’une solide amitié, le poète se transformant en véritable « attaché de presse » du peintre qu’il mettra en relation avec de grandes personnalités européennes

En 1523 sa future épouse, Cecilia Soldano donne naissance à un fils, Pomponio. En 1523 Andrea Gritti élu doge l’associe à son projet de donner une nouvelle image à Venise

En 1525 Titien épouse Cecilia Soldano qui donne le jour à leur deuxième fils, Orazio

En 1527 Jacopo Sansovino émigre de Rome à Venise et formera avec Titien et l’Arétin une triade dominant la culture vénitienne au milieu du 16ème siècle

En 1530 Cecia son épouse meurt en donnant le jour à leur fille Lavinia, disparition dont le peintre ne se remettra jamais. Orsola, la sœur de Titien s’occupera des enfants

Le 25 février 1530 Titien assiste à Bologne au couronnement de Charles Quint par le pape Clément VII de Medicis. Un rapport mutuel d’estime se  nouera entre l’artiste et l’empereur. Titien reçoit le titre de Chevalier de l’Eperon d’or qui lui donne accès à la cour

A partir de 1532 il travaille pour le duc d’Urbino ce qui entraîne un ralentissement des travaux destinés à Venise et donc un certain mécontentement

En 1534 son père meurt à Pieve di Cadore

En 1538 il peint la Vénus d’Urbino pour les Della Rovere et en raison de retards dans la livraison d’œuvres Titien est suspendu du bénéfice octroyé par l’Etat mais Titien redresse la situation et retrouve son statut de peintre de prédilection de l’aristocratie et des cours européennes

Entre 1538 et 1539 plusieurs de ses commanditaires meurent

En 1544 en compétition avec les Turcs, Venise perd d’importants comptoirs en mer Egée

Titien est confronté avec le maniérisme et observe les développements de l’art toscano-romain

En 1545-1546 bref et impétueux passage dans son atelier du jeune Tintoret

Il ressent la nécessité de se rendre à Rome, décision motivée par la fortune grandissante des Farnèse : un membre de cette famille est élu pape et prend le nom de Paul III

En septembre 1545 il découvre à Rome avec le cardinal Bembo et Vasari les trésors antiques et modernes et il rencontre Michel-Ange

Fin mai 1546, rentrant de Rome il s’arrête un mois à Florence où il est reçu à la cour par Cosme de Medicis

En janvier 1548, appelé par Charles Quint il se rend à Augsbourg en passant par Trente. Il réalise un grand nombre de portraits des acteurs du Concile de Trente et de la Diète d’Augsbourg

Durant son absence la notoriété de Tintorer augmente et Véronèse commence à se faire connaître

Il éprouve des difficultés à se faire payer par la cour d’Espagne

En novembre 1550 il retourne à Augsbourg où il restera jusqu’à l’été 1551. Désormais il quittera peu Venise

Durant les années 1550 il multiplie les compositions sur des thèmes sacrés ou mythologiques qu’il classe sous l’appellation de « poésies » dont la plupart sont destinées à Philippe II.

   Charles Quint abdique en 1555

Titien essaie d’obtenir un bénéfice ecclésiastique pour son fils Pomponio mais ce fils n’a aucune vocation

En octobre 1556 l’Arétin meurt brutalement et en septembre 1557 Charles Quint disparaît à son tour

La solitude de l’artiste va s’accroître après la mort de son frère Francesco en 1559. Son fils préféré Orazio est grièvement blessé d’un coup de poignard

Les années 1560 seront celles d’un retrait progressif de Titien alors septuagénaire

Sa fille Lavinia meurt en couches en 1561

Michel-Ange meurt en 1564

En 1566 il lui est demandé pour la première fois une déclaration de revenus mais il réussit à dissimuler sa grande prospérité

Dans les années 1566-1570 il accueille dans son atelier Palma le Jeune et le Greco

Des marchands qui ne peuvent obtenir un tableau de sa main font courir le bruit que sa vue se détériore et que sa main tremble

Il obtient que le revenu de la taxe sur le sel et sa pension versée par la cour d’Espagne soient transférés à son fils Orazio

Jacopo Sansovino meurt en novembre 1570


Le 7 octobre 1571 la flotte chrétienne remporte la bataille de Lépante contre les Ottomans


La Pietà qu’il aurait voulu faire disposer au-dessus de son tombeau constitue son œuvre ultime

Titien meurt le 25 août 1576, sans doute de la peste, alors que son fils Orazio est transporté au lazaret où il va mourir.

   Son corps est transporté dans la basilique des Frari


JUDITH

Giorgione avait peint la façade du Fondaco dei Tedeschi sur le Grand Canal à Venise

Le jeune Vecellio était son  élève

Tous les amis de Giorgione le félicitaient, lui disant que c’était ce qu’il avait fait de meilleur depuis longtemps. Giorgione fut très mécontent

Titien a su utiliser les demi-teintes afin de donner à la carnation une tendreté naturelle

Judith lève le bras droit muni de l’épée et avec le gauche se retient au bloc de marbre pour fouler aux pieds la tête d’Holopherne

Judith personnifie la Justice. En 1508 la République de Venise est menacée  par les grands états européens et particulièrement par l’empereur Maximilien qui avait des appétits territoriaux précis dans le cadre de la ligue de Cambrai


LE REPOS PENDANT LA FUITE EN EGYPTE

Le naturel s’accorde avec l’intimité de la scène. La Vierge serre contre elle l’Enfant qui se réfugie dans la sécurité de l’étreinte maternelle tandis que saint Joseph, l’esprit occupé d’une pensée secrète s’écarte

Personnages au premier plan et à droite une colline escarpée dominée par la tour ronde

Le paysage exprime les subtiles variations de la lumière


LE PORTEMENT DE CROIX

Vasari « Pour l’église San Rocco Titien fit un Christ portant sa croix, une corde au cou tirée par un juif … il a recueilli en aumônes plus d’écus que, durant toute leur vie, Titien et Giorgione réunis »

Plénitude du dialogue humain de Titien qui mise sur l’intensité dramatique du contraste des âmes entre le malfaiteur qui fixe le Christ avec arrogance  et le visage de ce dernier qui nous regarde avec un réalisme pathétique

Le visage du Christ est rendu avec une grande précision linéaire en particulier les sourcils et le nez. Cette précision explique que le tableau a été attribué à Titien et non à Giorgione dont le style est plus tendre



Portrait d’homme, dit Portrait de l’Arioste

L’identité de ce personnage demeure inconnue

Il s’agit sans doute du portrait d’un membre de la famille Barbarigo

« … Au début il commença par suivre la manière de Giorgione, alors qu’il n’avait pas plus de 18 ans, et fit le portrait d’un gentilhomme de la famille Barbarigo, qui était de ses amis, lequel fut considéré comme étant très beau en raison de la ressemblance parfaite du teint, des cheveux si bien différenciés qu’on pouvait les compter … Ce portrait fut considéré comme si bien fait qu’on l’aurait tenu pour une œuvre de Giorgione »

Passé en 1639 sur le marché à Amsterdam il fut apprécié de Rubens avant d’être acquis par Van Dyck



Jacopo Pesaro présenté à Saint Pierre par le pape Alexandre VI


Le tableau représente Jacopo Pesaro, évêque de Paphos, à genoux devant saint Pierre. Il porte la tenue des chevaliers de Malte et tient l'étendard des Borgia

L'Evangile dans la main gauche et la main droite levée dans un geste de bénédiction, le saint est assis sur un trône posé sur un socle décoré de reliefs à l'antique

Sur ce socle reposent les clés de l'Eglise, son attribut

A ses côtés le  pape Alexandre VI Borgia, paré d'une somptueuse chape verte et coiffé de la tiare papale. Il est représenté debout dans une attitude d'intercession.

Le tableau fut commandé pour célébrer la victoire remportée sur les Turcs en août 1502, à Santa Maura, par les flottes alliées espagnoles, vénitiennes et pontificales

La victoire navale, dont l'évêque de Paphos aurait été le principal artisan est évoquée à l'arrière-plan par les galères qui naviguent sur la mer

L'oeuvre fut achevée vers 1513 : cette date témoigne de la réussite précoce de l'artiste qui parvint à obtenir à 23 ans une commande décisive pour sa reconnaissance dans les milieux artistiques et politiques

C'est Jacopo Pesaro qui commandera le célèbre retable exposé dans l'église des Frari

Le tableau fut exécuté sur une période de cinq années ce qui explique les variations stylistiques qu'on peut y  rencontrer

La figure archaïsante du pontife évoque le style de Gentile Bellini, celle de Saint Pierre celui de Giovanni Bellini

Le portrait de Pesaro caractérisé  par un réalisme vigoureux témoigne du tournant que l'artiste sut imposer à sa peinture sur une brève période

Influence du naturalisme flamand et allemand

Les Trois Âges de la vie


Ce tableau exploite le rapport entre musique et amour, un thème au coeur des réflexions développées à Venise par les cercles humanistes néoplatoniciens de cette période

Les humanistes associent en effet le "bon amour" correspondant au désir de beauté "divine et immortelle" aux "nobles" instruments à cordes, symboles d'une musique ordonnée, distinguée et citadine

A celui-ci s'oppose l'amour charnel, vain et éphémère, associé au son désordonné, rustique et campagnard des vents et des percussions, joués par les paysans, les bergers, les satyres, et par la suite Dionysos

Le thème des Trois Ages c'est aussi :

la douce innocence de l'enfance représentée à droite par les deux enfants endormis, veillés et protégés par Cupidon

sur la gauche, deux jeunes gens, un jeune homme dénudé et une jeune fille tenant deux flûtes à bec. Ils représentent le deuxième âge, la jeunesse, dominé par l'amour charnel auquel le couple s'abandonne

sur la pente de la colline à l'arrière plan, l'allégorie de la vieillesse : un homme d'âge avancé repose dans une attitude de profonde méditation

Il tient dans ses mains les deux crânes des jeunes amoureux, symbole de l'aspect illusoire et éphémère de leur amour sensuel


Noli me tangere

La scène se réfère à la première apparition du Christ après la Résurrection au moment ou Marie Madeleine le confond avec le jardinier

Les fabriques situées sur la droite sont reprises par Titien dans plusieurs de ses tableaux

Jésus reprend « Cesse de me tenir, je ne suis pas encore monté vers le Père »

Dicit ei Jesus « Jam noli me tenere, nondum enim ascendi ad Patrem »

La Vierge et l’Enfant avec sainte Catherine, saint Dominique et le donateur

Circulation libre des masses colorées qui se détachent à gauche sur un arrière plan plongé dans l’ombre et s’élèvent à droite contre des pans ouverts de nature

Les personnages avancés au premier plan prennent possession de l’espace et se présentent au spectateur dans un ensemble lié de poses et de gestes qui reflètent la valeur affective de l’événement

Le donateur est saisi dans la ferveur de l’adoration et se tend tout entier vers la Vierge avec autant de passion que saint Dominique, garant de sa dévotion

La Vierge, retenant l’Enfant distrait par un événement extérieur au tableau, a un mouvement contorsionné du buste pour répondre à l’acte de prière confiant du fidèle adorateur

Comprimée à l’extrême gauche sainte Catherine est le témoin attentif de la sainte entrevue

La « mise en page » se déroule large et monumentale

Ardente beauté de sainte Catherine malgré l’aspect massif du corps


L'Amour sacré et l'Amour profane


Le tableau, qui représente deux femmes, l'une vêtue, l'autre nue, assises au bord d'une fontaine en compagnie de Cupidon, a trait aux thèmes de l'amour et de la conciliation entre la vie et la mort (la fontaine est en réalité un sarcophage décoré de reliefs à l'antique)

Il évoque aussi l'opposition, adoucie par l'intermédiaire de Cupidon, entre deux figures féminines

Celle qui est nue peut être identifiée à Vénus; celle qui est vêtue à Proserpine.

Le tableau fut peint pour célébrer le mariage de Niccolo Aurelio, un important homme politique vénitien, avec Laura Bagarotto, fille du juriste padouan Bertuccio, condamné à mort pour trahison par le Conseil des Dix en 1509, au moment même où Niccolo était secrétaire du Conseil

Les bas-reliefs sur le sarcophage feraient allusion aux viles passions réfrénées par les liens du mariage

Vierge à l’Enfant avec saint Georges, saint Zacharie et le petit saint Jean, dite « Vierge aux cerises »

Pour affermir ses rapports avec les commanditaires issus de l’aristocratie, Titien s’oriente vers une nouvelle manière dans le domaine technique et chromatique, comme dans celui de la composition

Tableau réalisé en 1516, année de la mort de Giovanni Bellini

A partir de cette date sa primauté absolue dans l’école vénitienne ne lui sera plus contestée

Titien a suivi un parcours sous l’influence de Giorgione : les saintes Conversations, les grandes toiles allégoriques et profanes, les portraits de femmes représentées à mi-corps sont les étapes de ce parcours

Cette Vierge s’insère dans la phase de transition entre l’activité des jeunes années de l’artiste et l’activité de la maturité qui trouvera une première expression dans « L’Assomption »


L’Assomption

Ce tableau fut commandé à Titien en 1516 pour le maître-autel de l’église franciscaine gothique des Frari à Venise

Son installation loirs d’une cérémonie solennelle en mai 1518 a marqué l’entrée de Titien dans la sphère des grandes commandes religieuses

Titien abandonne les références à la mort, à la lamentation funèbre et à la sépulture de la Madone. Il représente dans le registre supérieur l’événement miraculeux de l’ascension au paradis et du couronnement de la Vierge comme reine du ciel. Dans la partie médiane, l’émerveillement joyeux des anges. Dans la partie inférieure le trouble des apôtres

Il exprime les orientations théologiques des Franciscains relatives au dogme de l’Assomption et au culte de l’Immaculée Conception

L’année 1516 est celle du traité de Noyon qui mit fin à la crise vénitienne résultant de la création en 1508 de la ligue de Cambrai

Les éléments contrastent avec « les choses mortes et froides » des Bellini et des Vivarini

Usage inédit de la couleur : les lueurs éclatantes et les contrastes accentuent l’intensité dramatique de la scène et lui confèrent une grande unité



Flore

Cette toile (vers 1515) est un des chefs-d’œuvre du jeune Titien

L’identité de la jeune femme est discutée : elle tient dans sa main droite une poignée de fleurs printanières fait penser à la Flore d’Ovide, déesse du printemps et de la végétation mais certains pensent qu’il s’agit du portrait d’une courtisane ou de l maîtresse de Titien (Violante, la fille de Palma le Vieux)

Il peut s’agir d’une allégorie nuptiale jouant sur le rapport entre pudicita et voluptas, suggéré par le contraste entre le sein caché et l’autre découvert par la chemise légère qui glisse sur l’épaule

La jeune femme s’inscrit de manière dynamique dans l’espace et non selon un schéma rigoureusement frontal

Son corps épanoui se déploie harmonieusement suivant un mouvement circulaire, dessiné par le geste de la main droite qui offre les fleurs, par celui de la gauche posée sous le sein et par la position de la tête légèrement inclinée

L’harmonie de la scène est mise en valeur par l’orchestration de couleurs douces

Bacchanales pour Alphonse Ier d’Este, duc de Ferrare

Offrande à Vénus

Le cycle des Bacchanales peint pour le prince Alphonse d’Este est le triomphe de la peinture d’inspiration mythologique de Titien

Ce travail sera exécuté avec beaucoup de retard, Titien étant connu pour ne pas respecter les délais prévus

Le sujet est emprunté à un poème du poète grec Philostrate qui décrit en détail les peintures qui décoraient une villa située près de Naples au Ier siècle après JC

La peinture antique représentait des cupidons occupés à cueillir des pommes dans un verger à proximité d’un autel de Vénus

Bacchanales pour Alphonse Ier d’Este, duc de Ferrare

Les Andriens

Ce tableau a été offert au roi d’Espagne Philippe IV

Titien veut décrire l’arrivée de Dionysos sur l’île d’Andros, événement perçu comme l’occasion de se libérer des soucis du monde, ce qu’Alphonse allait précisément chercher dans l’espace privé de son camerino (cabinet de travail)

Lors du festin l’eau de la rivière se transforme en vin et les habitants d’Andros s’abandonnent aux plaisirs du vin, de la danse, de la musique pastorale et de l’érotisme, incarné sur la droite par la nymphe-bacchante épanouie, plongée dans le sommeil

Sur la page de musique au centre du tableau il est écrit « Qui boit et ne reboit, il ne sait ce que boire est »

Titien introduit un élément moralisant dans cette exaltation de l’abandon orgiaque : au sommet de la  colline, à l’arrière-plan, gît un vieil homme épuisé, symbole de l’aspect éphémère de l’idylle pastorale

Bacchanales pour Alphonse Ier d’Este, duc de Ferrare

Bacchus et Ariane

Les œuvres du studiolo sont pour Titien l’occasion d’aborder le thème du rapport entre l’amour et la musique, un sujet au cœur de certaines œuvres de jeunesse (Le Concert champêtre et les Trois âges)

Titien exalte la dimension dionysiaque entendue comme une libération par rapport aux vicissitudes du monde

Il représente Bacchus avec sa suite dansante et exotique, composée de ménades et de satyres, d’un char traîné par deux léopards et de Lacoon entouré de serpents

Bacchanales pour Alphonse Ier d’Este, duc de Ferrare

Le festin des dieux

Ce tableau fut commencé par Bellini et repeint par Titien

Titien a voulu rajeunir le paysage de Bellini en ajoutant le ruisseau, la montagne escarpée et les arbres agités par le vent

Thème inspiré par les Métamorphoses d’Ovide selon lequel les convives témoins de la tentative de viol de Lotis par Priape étaient de simples mortels

Lotis était une naïade qui dort tranquillement à droite tandis que Priape s’approche avec certaines intentions

Mais l’âne se met à braire, réveillant Lotis endormie qui s’échappe avec force cris ce qui met en alerte d’autres dieux qui tournent Priape en dérision

La Naissance de Vénus

Née de l’écume des flots, Vénus fut ramenée par la mer, portée par une conque, sur le rivage de Chypre

Titien a tenté de recréer une célèbre œuvre d’art de l’antiquité, une Vénus anadyomène (sortie des eaux) peinte par Apelle, puis ramenée à Rome depuis la Grèce, dont l’unique description connue nous est fournie par Pline l’Ancien

Vierge avec saint François, saint Blaise et le donateur Alvise Gozzi, dit Retable Gozzi

L’évolution de Titien se marque par l’épanouissement des couleurs, l’éloquence des gestes, la liberté de la composition

Commandé pour l’église San Francesco à Ancône par un marchand établi à Raguse (Dubrovnik) que l’on voit représenté près du saint protecteur de cette ville, ce retable montre à l’arrière plan une vue de Venise. Ainsi se trouvent réunies en une même composition les trois plus importantes cités de l’Adriatique

Dans les années 1520, au moment où Titient peignit ce retable, le pape avait rendu à Venise le droit de contrôle et de maîtrise de l’Adriatique

Ce tableau célèbre le succès diplomatique remporté par Venise, ce que signifie la place dominante de la Vierge au-dessus de Saint Marc, cœur du pouvoir politique vénitien

Dans le bas du tableau les saints François, à gauche, et Blaise, à droite, symbolisent les villes d’Ancône et de Raguse qui rendent hommage à Venise

Polyptyque Averoldi

La forme du polyptique fut sans doute imposée par le commanditaire Averoldi, légat du pape à Venise

Toutes les figures convergent en direction de la grande scène centrale de la résurrection. Traitement dynamique de la lumière, riche en clairs-obscurs

Grande unité de la composition dont le centre de gravité est la scène de la Résurrection

Le Christ ressuscité brandit devant l’assistance stupéfaite l’étendard représentant la victoire sur la mort

Sur le volet de gauche les saints patrons saint Nazaire et saint Celse ont comme Averoldi perdu l’aspect figé qui caractérisait les images du même type

Sur le panneau de droite la figure de saint Sébastien par son anatomie vigoureuse et son énergie contenue exprime le goût renaissant mêlant la statuaire antique et les Esclaves de Michel-Ange

Une lumière dorée surgie de la  nuit unifie les deux panneaux supérieurs, éclairant l’ange dans le dos et le visage de la Vierge. Tous deux recueillis sont enveloppés dans une atmosphère de lyrisme et de paix

La Mise au tombeau    1525

La Mise au tombeau, la Déposition et la Pieta sont des thèmes obsessionnels pour Titien qui reviendront jusqu’aux dernières années de sa carrière (cette toile est la version du Louvre)

La composition est rythmée est saccadée mais aussi logique comme un bas-relief classique

Théophile Gautier a écrit de Titien « Il est le seul artiste entièrement sain qui est paru depuis l’Antiquité. Il a la sérénité puissante et forte de Phidias »

Le Bravo   vers 1520

« Rien ne charmait tant ses soldats (de Marius) que sa droiture dans les jugements… Il avait parmi ses officiers un neveu Caïus Lucius qui aimait un jeune homme de sa compagnie Trebonius et l’avait déjà sollicité plusieurs fois inutilement. Une nuit il le fait appeler. Le jeune homme se rend à ses ordres. Dès qu’il est entré dans la tente de Lucius cet officier voulut lui faire violence. Trebonius tire son épée et le tue. Marius était absent. A son retour il fit citer Trebonius à son tribunal où il se présenta contre lui beaucoup d’accusateurs. Le jeune homme avec confiance exposa ce qui s’était passé, il nomma plusieurs témoins de ses refus persévérants aux sollicitations fréquentes de Lucius… Marius, ravi d’admiration fit apporter une couronne qui récompensait les grands traits de courage et la mit lui-même sur la tête de Trebonius »

« Qui ne voit la simplicité de ce jeune frappé de crainte "

Portrait d’un gentilhomme (Tommaso Mosti)

Le jeune homme est vêtu d’une chemise blanche dont on aperçoit le col et sur laquelle se superpose un manteau de pelisse

Le premier plan est occupé par une simple manche doublée de fourrure. Le visage du jeune homme est tourné vers le spectateur avec lequel il engage le dialogue par son regard intense

Tommaso aurait été peint en 1520 avant son accession au sacerdoce. Il est membre d’une puissante famille liée au duc de Ferrare, Alphonse d’Este

La qualité picturale et la modernité de la composition rapprochent ce portrait de « L’homme au gant » réalisé également aux alentours de 1520



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