Nous allons redécouvrir l'oeuvre de Auguste RENOIR

 

 

À partir

De 112 tableaux commentés

1857 - PORTRAIT DE SA MERE

 

Renoir a montré très jeune une vivacité exceptionnelle pour voir et observer

Les blancs, bien qu'en pleine pâte, ont été exécutés avec souplesse et ont une transparence et une fluidité que nous retrouvons dans la robe de la grande "Lise" en 1867

Importance du regard aigu à l'éclat sombre

Jeune (16 ans), Renoir peint une femme vieillisante

A mesure que les années lui viennent il passera vers des modèles toujours plus jeunes aux formes toujours plus plantureuses

1862 - RETOUR D'UNE PARTIE DE BATEAU

 

Le 1er avril 1862 Renoir est reçu sur concours à l'Ecole Impériale des Beaux Arts

C'est l'époque où domine le prima du dessin avec Ingres

Après son stage pratique dans la porcelaine et l'atmosphère plutôt libre de l'atelier Gleyre, Renoir, 21 ans, n'oublie la leçon du colorisme de Rubens qu'il copie au Louvre ni l'atmosphère resplendissante de lumière de ses peintres favoris du 18ème siècle.

On retrouve dans ce tableau le souvenir de Watteau.

Le titre évoque "L'embarquement pour Cythère"

Les empâtements denses et le ciel ouvert trahissent l'influence de Boudin qui initia Monet et à travers lui les premiers impressionnistes à un plein air médité sur l'exemple des marines hollandaises du 18ème siècle

Touche légère et vibrante qui clive les petites figures et produit un effet miroitant

 

1864 - ROMAINE LACAUX

 

Extrême concentration de l'enfant qui sous ses airs de petite infante bourgeoise semble plongée dans quelque réflexion

Romaine, neuf ans, est la fille d'un fabricant de poteries de terre

Elle périra le 8 mars 1918 avec son mari et sa fille, victimes d'un bombardement aérien

La fillette est resplendissante dans la claire lumière qui l'auréole

Elle fixe le spectateur avec intensité et franchise; yeux vifs au regard direct

Robe de mousseline de soie serrée à la taille par une ceinture

Blouse légèrement de travers

Doigts à peine noués posés sur un coussin de fleurs

Pose pleine de simplicité

Harmonie entre la toilette, le visage et le fond

Le gris aux modulations atténuées de la robe évoque une Infante de Velasquez

Modelé délicat du visage

Construction spatiale imprécise : ce qui semble un bouquet de fleurs derrière la fillette hésite entre la chaise et le papier peint à motifs qui se prolonge derrière la draperie blanche

Il parvient à rendre le sous-vêtement blanc sous la blouse de Romaine

Il réussit à rendre la chair du bras droit à travers la manche de soie

Tableau d'une grande luminosité

Influence de Degas qui au début des années 1860 a fait avec Renoir des copies au Louvre

 

1866 - CABARET DE LA MERE ANTONY

 

On vient de terminer un repas

Assiettes et tasses précairement empilées

Une serveuse dessert la table

Un grand barbu debout roule une cigarette

Comme l'homme au visage glabre il écoute l'autre homme barbu coiffé d'un feutre

Sur le mur des caricatures

La poutre en bas à droite laisse deviner le plafond bas et le caractère  rustique du lieu

Renoir dira "Je me rappellerait toujours l'excellente mère Antony et son auberge de Marlotte, la vraie auberge de village"

La mère Antony est la vielle femme, de dos à droite, coiffée d'une marmotte

La servante c'est Nana

Le caniche blanc c'est Toto

L'homme qui roule une cigarette est le riche architecte de 34 ans devenu peintre, Jules Le Coeur, qui en avril 1865 avait acheté une maison et un atelier à Marlotte, village de 500 habitants au sud de la forêt de Fontainebleau

L'homme assis avec le chapeau est Alfred Sisley

L'homme assis de face est un peintre hollandais, paysagiste et animalier : Bos

Déploiement de noirs, de gris et de bruns

Suppression des demi-tons

Blancs diaprés du tablier, de la nappe empesée, des tasses de porcelaine et du journal froissé

Le cabaret baigne dans une lumière uniforme qui évoque le milieu du jour

Les artistes passaient les jours d'été à l'extérieur, emportant quelque collation

Goncourt écrit "Le dîner était la grande récréation de la journée"

"Une grosse joie de jeunesse, une joie de réfectoire de grands enfants, partait de tous ces appétits d'hommes avivés par l'air creusant de toute une journée en forêt"

Le journal posé près de Sisley est "L'évènement" dont le titre rappelle le journal républicain fondé en août 1848 par Victor Hugo

C'est le journal des gens de lettres et de théâtre

Fondé en octobre 1865 par Hippolyte de Villemassant, rédacteur en chef du Figaro, il disparaît un an plus tard

On peut y lire les premières critiques d'un jeune homme de 26 ans : Emile Zola

Zola devra démissionner du journal après son article sur Manet, dont le jury du Salon avait rejeté les deux envois

En intégrant le journal dans son tableau Renoir exprime sa solidarité

1867 - FREDERIC BAZILLE PEIGNANT


L'oeuvre à laquelle Bazille travaille est "Nature morte au héron" réalisée en novembre 1867 dans un atelier rue Visconti qu'il quittera pour un atelier beaucoup plus grand où il peindra "L'atelier de la rue Condamine"
Monet avait confié à Bazille la garde de tableaux de paysages enneigés (Paysage de neige de Monet réalisé à Honfleur en février 1867)
Bazille hébergeait gracieusement Renoir dans l'atelier de la rue Visconti depuis juillet 1866
Renoir le représente négligemment vêtu d'une blouse gris-beige et d'une chemise sans col, ses pantoufles appuyées sur la base du chevalet
Bazille a 26 ans. Il est grand, mince et porte une barbe légère
La palette automnale avec des gris, des roses, des bruns et des ocres exprime l'influence de Manet
Le gris chaud du costume joue avec le gris bleuté du fond
Le lien rouge qui relie les pantoufles rehausse l'harmonie sobre de l'ensemble
Par rapport au Cabaret, peint un an avant, Renoir a assoupli ses formes
Un esprit de corps lie Renoir, Bazille, Sisley et Monet
Manet sera propriétaire de ce tableau jusqu'en 1876 et le fera inclure dans la deuxième exposition impressionniste en 1876
Le tableau trahit cet inconfort que Bazille éprouve dans cet atelier trop petit de la rue Visconti. Impression de claustrophobie
Bazille apparaît comme un ouvrier de la peinture qui ne craint pas de se salir les mains
Renoir donne à l'élégant Bazille - dandy qui s'inquiétait de sa calvitie précoce - une allure quelque peu rustaude en l'habillant d'un costume froissé et éclaboussé de peinture
La composition de Renoir est d'une grande rigueur : les formes géométrique s'imbriquent les unes dans les autres. Elles compriment l''espace et donnent à l'atelier un aspect étouffant
Bazille vouait à Monet une admiration frisant l'idolâtrie mais Monet exigeait de ses amis dévouement et aide financière et supportait pas la contradiction
Avec Renoir qu'il tutoie Bazille a des relations plus simples
Monet conservera toujours le vouvoiement
Durant l'été 1867 Monet avait adressé à Bazille des demandes d'argent de plus en plus désespérées peu avant que Camille, la femme de Monet, ne donne naissance à leur premier enfant
En août 1867, Renoir écrivit à Bazille "Tu peux être tranquille quant à moi, vu que je n'ai ni femme ni enfant"
Ce ton donne une idée de la franchise, de la jovialité et de l'indépendance qui caractérise leur amitié
Vingt ans avant l'échange de portrait entre Van Gogh et Gauguin, Bazille a peint Renoir perché sur une chaise, fringant sans son veston et sa cravate
Renoir conserva toute sa vie son portrait par Bazille
Entre 1865 et 1870 Bazille et Renoir partagent souvent le même atelier utilisé aussi par Monet et Sisley
Manet qui n'était pas spécialement attiré par Renoir apprécia l'extrême économie de moyen de ce tableau qu'il céda en 1876 lors de la seconde exposition impressionniste au père de Bazille qui avait vu avec émotion ce portrait de son fils disparu

 

1867 - DIANE CHASSERESSE


C'est pour des raisons de convenance que la femme plantureuse est devenue une Diane
"Je ne voulais rien faire de plus qu'une étude du nu, mais le tableau était considéré comme assez inconvenant, aussi ai-je mis un arc dans la main du modèle et un daim à ses pieds. J'ai ajouté la peau d'un animal pour faire paraître sa nudité moins choquante et le tableau devint une Diane"
Tableau refusé au Salon de 1867
Renoir s'est servi du couteau ce qui est rare
A cette époque l'artiste admirait le travail en pleine pâte et le réalisme de Courbet
C'est une oeuvre d'atelier : l'éclairage du modèle est dur et la pose artificielle
Tons froids bleu argent : Renoir peint de manière froide au début de sa carrière pour aller plus tard aux tons chauds
Sens prononcé des textures variées : ciel doux uni, chair radieuse, rochers vigoureusement peints et large mouchetage épais du feuillage
Les tons froids s'échelonnent de l'angle supérieur gauche à l'angle droit tandis que les tons chauds forment l'axe opposé
La bande de peau destinée à atténuer la nudité s'inscrit dans l'axe chaud mais ses lignes suivent la direction froide
Ce tableau appartient à la peinture réaliste du 19ème siècle

 

1867 - PATINEURS AU BOIS DE BOULOGNE


Renoir "je n'ai jamais supporté le froid aussi tout mon bagage "d'effets d'hiver" se borne-t-il à cette toile. Et d'ailleurs même si on supporte le froid pourquoi peindre la neige, cette maladie de la nature ?"
D'autres peintres du groupe impressionniste, Monet en tête, avaient de l'intérêt pour ce genre de motif
Ces silhouettes de contemporains joyeusement animées rappellent certaines scènes de plage de Monet et par analogie l'art de Boudin et Jongkind
Choix d'un point de vue légèrement en surplomb
Dominante grise et brune mais quelques notations de couleurs vivent s'imposent à l'oeil
Organisation de l'espace lisible grâce à la réduction progressive de l'échelle des personnages
Transcription alerte d'une scène observée avec amusement
Dans le guide de Paris rédigé à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1867 il est écrit "en hiver, et grâce au Bois de Boulogne, on a des paysages de Sibérie; le givre change en arabesque d'argent le branchage délicat des bouleaux et la neige couvre d'un voile blanc le sombre feuillage des sapins"

 

1868 - LES FIANCES - LISE OU LA BOHEMIENNE


La jeune femme dans un geste un rien comédien s'accroche tendrement au bras du jeune homme, muni d'un haut de forme incongru à la campagne, et qui s'incline vers elle
Elle paraît guette le signal du photographe
Le décor de verdure un peu cotonneux évoque la toile de fond employée à cette époque par les photographes
Double portrait de l'ami de Renoir, le peintre Alfred Sisley et de sa compagne
La compagne de Sisley, fille d'un officier d'infanterie tué en duel, était devenue modèle après la ruine de sa famille
Sisley né à Paris de parents anglais conserva toute sa vie sa nationalité britannique.
Il avait fait la connaissance de Renoir dans l'atelier de Gleyre avant 1864
Alfred fut le compagnon de travail de Renoir à Marlotte
Influence de Courbet et de Bazille
Importance donnée à la robe de la femme
Surface un peu cassante de l'étoffe et éclat vif du bolero
Composition où les corps s'inscrivent dans un vaste losange orienté de biais
Le gris du panier (jupe) et du pantalon rehaussent l'éclat des tissus
Le blanc de la chemise et du gilet atténue l'insistance du noir
La position des corps établit des lignes brisées croisées en diagonales
Vert clair en haut, sombre à droite et uniforme sur le gazon
Expression de tendresse sur le visage de l'homme

 

1869 - LA GRENOUILLERE - MOSCOU


La "Grenouillère", à la fois guinguette et établissement de bains se trouvait sur la rive de la Seine, non loin de Bougival, sur l'île de Croissy
C'était un endroit à la mode, le Trouville des bords de Seine
"Sur une vieille péniche bien goudronnée, solidement amarrée, on a construit un baraquement en bois ... On arrive à la maison flottante au moyen d'une série de ponts fort pittoresques mais tout à fait primitifs. L'un part de l'île et s'appuie sur un petit îlot qui n'a guère plus d'une dizaine de mètres de superficie et au milieu duquel se dresse un arbre unique
De' l'îlot un autre pont conduit à l'établissement. Les bords de l'île sont garnis de canots amarrés"
Le 26 juillet 1869 Napoléon III et Eugénie y firent une visite
La foule est élégante, choisie, artistique et aristocratique
Mais Maupassant, quinze ans plus tard il est vrai, parle de "la cohue furieuse et hurlante" "qui sue la bêtise, pue la canaillerie et la galanterie de bazar"
Dans la version de Moscou, Renoir a peint les promeneurs sur la berge
L'invention conjointe par Monet et Renoir d'un "style sténographique de pinceau" pour rendre les effets du soleil sur l'eau inaugure le langage pictural de l'impressionnisme classique
La toile de Moscou montre la rive telle qu'elle se présente à l'arrivée.
Des couples vêtus à la dernière mode de l'été sont à l'ombre des sols pleureurs
En bas à droite la forme indistincte d'un serveur sur le pont, portant un plateau
Les femmes dans l'eau portent le bonnet blanc et le costume noir réglementaire
Une voile blanche à l'arrière-plan
Les femmes sont vêtues de belles robes et portent des ombrelles

 

1869 - LA GRENOUILLERE - STOCHOLM


Dans la version de Stockholm, Renoir a peint l'îlot et la passerelle qui le relie à l'établissement proprement dit
Monet a négligé la rive de l'île pour peindre la passerelle qui conduit à l'îlot et l'îlot lui-même
Renoir adopte un point plus rapproché dans la version de Stockholm pour donner une plus grande profondeur de champ aux figures
Il note rapidement à droite la silhouette de la jeune femme qui se dirige vers l'établissement principal
A gauche les baigneurs sont confondus avec les mouvements de l'eau
On a l'impression d'un décor sans profondeur où le plan d'eau et la végétation du fond qui suggère la berge de la rive opposée sont traitées de manière presque continue
Le tableau de Monet est plus structuré : l'îlot est le centre de lignes convergentes
L'échelle des personnages par rapport au paysage et bien marquée ainsi que la progression des barques du premier plan jusqu'à l'arrière-plan des arbres
Dans la version de Stocholm Renoir a placé son chevalet légèrement en hauteur et présente l'îlot central surnommé "le camenbert" ou "le pot de fleurs"
Renoir décrit les costumes des visiteurs du "pot de fleurs", leurs attitudes, le chien blanc endormi, la parisienne élégante sur la passerelle, une ombrelle à la main
Renoir évite les symétries
La touche est légère et duveteuse
Composition harmonieuse aux tons francs

 

1870 - LA PROMENADE


Ce tableau se situe par son sujet dans la lignée des "Fiancés"
Mais meilleure intégration au paysage : la branche feuillue à gauche suggère un plan entre le spectateur et la jeune femme en robe blanche
Le traitement des étoffes est de la même virtuosité que le rendu du feuillage et du sol dans une gamme de couleurs limitée
Le jeune homme qui porte un chapeau de paille aide son élégante compagne à escalader un sentier
La parisienne vêtue d'une robe blanche immaculée semble occupée à détacher sa jupe des ronces
Renoir traduit l'effet de la lumière directe et de la lumière tamisée
Petites touches brèves et rapides du chapeau fleuri de la jeune femme
Touches posées avec légèreté du sous-bois en arrière-plan et des broussailles du premier plan
Fusion fluide entre les figures et le décor
Toile peinte au début de l'été avant la déclaration de guerre à la Prusse le 19 juillet
Le geste de l'homme vers l'abri discret d'un sous-bois suggère que la conclusion de cette promenade ne sera pas platonique
La jeune femme est Lise Tréhot (1849-1922) fille d'un buraliste qui avait alors 22 ans et fut de 1866 à 1872 la compagne de Renoir
L'homme est le jeune frère de Renoir, Victor-Edmond (1849-1944)
Au début de l'été 1870 Lise était enceinte du deuxième enfant de Renoir, le premier était mort en bas âge, qui naîtra le 21 juillet 1870 (Jeanne Marguerite 1870-1934)
Rien ne permet sur le tableau de remarquer la grossesse de Lise

 

1872 - PARISIENNE HABILLEES EN ALGERIENNES
INTERIEUR DE HAREM A MONTMARTRE


Libre transpositon des "Femmes d'Alger" de Delacroix du musée du Louvre
De ce tableau il a dit "Quand on a fait cela on peut dormir tranquille"
C'est une des dernières oeuvres pour laquelle a posé Lise Tréhot avant sa rupture avec Renoi et son mariage avec l'architecte Georges Brière de l'Isle
Tout en jouant des effets que lui offre la peinture des mousselines et tapis Renoir paraît vouloir restreindre les accents de sa palette: les chairs sont peu colorées et les tons beiges du fond et du sol atténuent l'éclat de l'ensemble
Composition organisée suivant la diagonale
En s'inspirant de l'orientalisme de Delacroix Renoir semblait résister au courant plus moderne venu du Japon
Signac qui aimait peu ce tableau car il manquait selon lui d'équilibre et de rigueur a cependant écrit "Tout le charme un peu nerveux des femmes de Renoir se manifeste dèja. On sent qu'il aime les fesses, les tétons et les chairs qui apparaissent à travers la gaze"

 

1872 - LE PONT NEUF


Renoir domine depuis la rive droite le Pont Neuf
A gauche les immeubles du quai de l'Horloge sur l'île de la Cité ont peu changé
A droite la statue d'Henri IV et au premier plan à droite un établissement de bains
Edmond, le frère de Renoir :
"Nous avions établi notre quartier général dans l'entrepôt d'un petit café. Pour le prix de nos deux cafés, à dix centimes pièce, nous pouvions rester là des heures. Mon frère me demandait d'aller sur le pont et de parler aux passants pour les faire s'arrêter un instant, en leur demandant l'heure par exemple"
La vivacité des notations prouve l'observation directe
L'harmonie claire, bleu et or, de l'ensemble est soutenue par les courtes ombres postées grises
Après la Commune ce tableau marque le retour à la normalité dans la capitale
Becs de gaz, circulation intense de piétons et de fiacres
Le Pont construit de 1577 (Henri III) à 1603 (Henri IV) venait d'être restauré par Haussmann
Les échoppes qui se trouvaient dans les lunettes semi-circulaires avaient été supprimées
Le pont voyait passer 18.000 véhicules par jour
A gauche une file de piétons précédée par deux militaires attend l'autobus
Au premier plan un homme coiffé d'un canotier avec une canne et un petit chien est plongé dans sa lecture
A droite une mère et sa petite fille
Un officier de police avec un képi discute avec une petite bonne portant une coiffe blanche
Au milieu deux gamins inspectent les marchandises d'un vendeur ambulant
Un commis emporte sur son dos un lourd ballot de légumes dont on voit dépasser les tiges vertes
A gauche une élégante portant une ombrelle noire se dirige peut-être vers la Belle Jardinière ouverte en 1867
Monet a aussi représenté cette vue qui montre une journée éventée et pluvieuse
Le tableau se divise en trois zones:

A droite les éléments plus larges du pont et de l'eau avec de fortes diagonales dirigées vers l'angle extrême en bas à droite

Les sol est plus blanc que le ciel inondé de soleil
Renoir peint un des premiers contre-jours réalistes dans l'histoire de l'art
Il crée de la chaleur avec des tons froids

 

1872 - CLAUDE MONET LISANT


Monet et Renoir s'étaient liés chez Gleyre
Leur amitié et estime réciproque dura autant que leur vie
Portrait calme d'un ami fixé dans une attitude familière
La touche est très apparente
Les couleurs sont intenses
Des notations comme l'orangé qui ponctuent la barbe du modèle ou la fumée bleue de la pipe indisposaient les critiques traditionnels

 

1872 - MADAME MONET SUR UN DIVAN


Renoir séjournait fréquemment chez Monet à Argenteuil
Un jour Manet qui les avait rejoint travaillait à un portrait de Madame Monet. Renoir avait aussi dressé son chevalet
Manet prit Monet à part et lui dit "Vous qui êtes très bien avec Renoir vous devriez lui conseiller de prendre un autre métier. La peinture ce n'est pas son affaire"
Renoir admirait Manet pour son élégante clarté et son rejet de l'ombre
Ce tableau révèle la tentative de réduire la peinture à ce qui est saisissable dans un coup d'oeil furtif
Madame Monet nonchalamment étendue sur le divan lève un instant les yeux de sa lecture. L'artiste note les principales formes et zones de couleur
Presque pas de modelé, des contrastes de couleur établissent les traits, la chevelure, les détails du costume
La silhouette coupe la toile en diagonale
La moitié supérieure représente succinctement des coussins et un mur
L'autre contient des détails esquissés et une couleur plus affirmée

 

1873 - ALLEE CAVALIERE AU BOIS DE BOULOGNE


La surface un peu lisse du coloris se rattache à Courbet
Renoir se révèle par la physionomie de la femme dont les yeux remplissent l'espace et dont les traits jeunes ont cette forme que nous retrouverons chez tant de baigneuses et de femmes de mode
La cavalière est Madame Darsas, femme du capitaine de Renoir
Le tableau a été refusé au Salon de 1873
Son capitaine disait à Renoir "Vous pouvez m'en croire; des chevaux bleus cela ne s'est jamais vu"
Le capitaine Darras avait mis à la disposition de Renoir le manège de l'Ecole Militaire pour qu'il puisse étudier le galop du cheval et il avait mis à sa disposition comme grand atelier une des salles de réception non utilisée
La femme de Darras, fille d'un fabricant de plâtre de la banlieue de Dijon ne fréquentait pas le beau monde au début de la 3ème République
Le jeune qui l'accompagne est Joseph Le Coeur, fils de l'architecte Charles Le Coeur
Grande toile de 2.61 * 2.26 m
Oeuvre présentée au Salon des Refusés en mai/juin 1873 en fait "exposition des oeuvres non classées"
Renoir veut être reconnu comme peintre de figures
Remarques de certains critiques de l'époque :
"Renoir traduit la béatitude de se sentir emporté"
"La fine carnation de l'amazone qui fleurit tendrement sous son léger voile bleu"
"Les chevaux sont d'un mouvement étonnant, l'amazone pleine de grâce, le fond est ravissant"
D'autres soulignent que Renoir s'écarte de l'impressionnisme avec cette oeuvre académique, réaliste et prétentieuse
Renoir prend pour sujet la vie mondaine des privilégiés et joue sur la mode et sur un certain snobisme
Madame Darras monte en amazone dans l'un des sentiers du Bois de Boulogne réservés aux cavaliers
Traces de sabot visibles sous les pas du cheval
Entre 1825 et 1858 l'ancienne forêt royale fut transformée par la plantation de 400.000 arbres; la création de deux lacs artificiels, l'aménagement de pistes de courses à Longchamp et d'un parc au Pré Catelan
Dans les années 1860 le Bois était le principal jardin d'agrément de Paris
La promenade matinale au Bois était une des activités préférées de l'aristocratie
La bonne société se rend au Bois seulement le matin
Les modèles jouent le rôle de personnes fictives. Le supérieur de Darras soulignait "qu'il ne pouvait se payer un cheval à la mesure de ses talents équestres
Quand Renoir entreprend ce tableau, Zola publie la Curée qui fait du Bois un lieu d'intrique et de marivaudage, mais la toile de Renoir ne contient pas la moindre allusion aux jeux de la séduction

 

1873 - MONET PEIGNANT A ARGENTEUIL


Cette toile évoque l'amitié et l'identité de recherches de Renoir et de Monet au début des années 1870
Renoir a représenté Monet dans le jardin de sa maison à Argenteuil en train de peindre en plein air une haie de dahlias multicolores
On reconnaît Monet à son inséparable chapeau rond
Monet utilisait un matériel léger susceptible d'être aisément transporté sur le motif
Organisation stricte de la composition : l'arrière-plan avec les maisons surmontées de leurs toits gris bleutés se profile sur un ciel opaque et met en valeur la profusion exubérante du buisson de dahlias à peine contenu par la palissade
La ligne générale oblique correspondant au sommet de la haie conduit l'oeil à la silhouette du peintre devant son chevalet
Renoir joue de l'accumulation de nombreuses petites touches nerveuses pour conférer à la matière picturale une richesse scintillante
Cette toile est proche ce celles de Monet et de Pissaro
Ce tableau illustre le principe essentiel de l'impressionnisme : l'artiste devant la nature transcrit spontanément tout ce qu'il voit
En 1880 Monet dira "Mon atelier, mais je n'ai jamais eu d'atelier moi et je ne comprends pas qu'on s'enferme dans une chambre. Pour dessiner, oui, pour peindre, non"
A 15 minutes de la gare Saint Lazare le village d'Argenteuil, 8000 habitants, est un port de plaisance très fréquenté par les parisiens
La boîte de couleurs et le parasol sont posés sur le sol à ses pieds
La palette carrée est placée en équilibre sur son bras gauche
Toile de format paysage recouverte d'un apprêt blanc
Les rehauts orange animent la surface des buissons en fleurs
Renoir rend à la fois l'exubérance de la nature et l'impression d'étouffement créée par les maisons massées les unes contre les autres
Affinités de cette toile avec celle de Monet de 1873 "Le jardin de Monet à Argenteuil"
Plus fidèle à la réalité Renoir n'ignore pas le manque d'intimité qui caractérise les banlieues. Son tableau souligne le caractère artificiel du jardin clos et l'exiguïté de la propriété
Le tableau de Monet comporte une part de mise en scène : Monet est équipé pour une journée à la campagne plutôt que pour une simple sortie dans le jardin

 

1873 - LES MOISSONNEURS
Paysage d'été : au milieu d'un champ trois hommes coiffés d'un chapeau coupent les blés mûrs
A droite le paysan est enfoui jusqu'à la taille au milieu des épis
Un autre penché en avant nous montre son postérieur
Le troisième se tourne vers les deux femmes qui arrivent avec un panier de provisions
Des gerbes de blé sont alignées en bon ordre à droite du sentier
L'oeil est conduit vers la ligne d'horizon où la terre et le ciel se rejoignent
Le fond beige saumon est utilisé au premier plan moucheté de rouge
Le ciel de midi parsemé de nuages est peint de manière fine
Bonne évocation de la profondeur du champ qui s'étend à perte de vue
Caractère d'instantanéité bien rendu
Avec sa vive lumière et sa perspective dynamique ce tableau évoquait Turner pour les spectateurs les plus éclairés
Affinités avec des scènes de moisson de Pissarro

 

1874 - FEMME A L'OMBRELLE ET ENFANT


Composition avec de grandes subtilités de tons qui doit beaucoup à la technique de Manet
La femme est Camille, l'épouse de Monet
Renoir a laissé les traits de la figure centrale dans un flou délicat
Harmonie d'ensemble obtenue par le contraste des tons sombres et des tons clairs modelés en fines couches superposées
Renoir fait passer le sentiment d'une relation humaine dans un coin de campagne baigné de lumière
Femme à demi allongée et placée en diagonale et occupant presque toute la surface du tableau
Elle fait face au spectateur mais son regard s'en détourne légèrement
Sa robe blanche concentre la lumière du soleil
La femme se fond dans le paysage tout en conservant un brin d'élégance à la mode
Le jeune enfant part explorer le monde
La jeune femme est sereine dans l'environnement naturel
Renoir montre souvent des images de femmes en accord avec la nature
Les ombres bleutées de la robe blanche et les petits souliers qui dépassent rappellent Manet.

 

1874 - LA LOGE


Edmond Renoir, le frère de l'artiste est un modèle
La femme est Nini, dite Gueule de raie, horrible prénom pour cette figure charmante
L'idée rappelle Degas mais à l'époque le théâtre était une source d'inspiration fréquente pour les artistes
La jeune femme se laisse admirer tandis que son compagnon lorgne vers le public des loges voisines
Le modelé des chairs se colore par le contraste avec le rendu des étoffes et des fleurs
Ce tableau est un hymne à la beauté de la femme
"La beauté, dit Stendhal, est la promesse du bonheur"
Pour Renoir "Le noir est la reine des couleurs"
Ici, il joue le rôle d'un trait d'union entre l'homme et la femme
Les rayures alternées coulent du visage et du sein de la femme comme des radiations de la chair
Correspondances de deux à deux :

Les diagonales forment un mouvement majeur vers le haut
La perfection du visage de poupée est renforcée par les mèches folles des cheveux qui évitent toute fadeur

 

1874 - LA SEINE A ARGENTEUIL


Sujet traité également par Monet
Renoir se rapproche de Monet en fragmentant plus qu'à l'ordinaire les touches destinées à rendre les reflets colorés sur l'eau
La facture plus floue de Renoir rend les ombres chatoyantes alors que Monet joue d'effets d'opposition plus tranchés
Monet réside à Argenteuil depuis décembre 1971 et Renoir est venu peindre à ses côtés
Les mains dans les poches, l'homme coiffé d'un chapeau et portant une veste semble minuscule à côté du foc triangulaire
Il semble en conversation avec le marin du voilier
Le foc fasseye doucement
A droite un deuxième bateau, les voiles ferlées
On voit peu de monde sauf les canards du premier plan
La scène de Renoir est plus spontanée, voire chaotique, que celle de Monet, manifestation précoce de son credo de l'irrégularité
En faisant voir une rivière étincelante de mouvements et de reflets du soleil, Renoir semble vouloir faire encore plus Monet que Monet
Nous n'assistons pas à une régate car l'été le vent était insuffisant
Ce tableau fut acheté 100 francs par Durand-Ruel et resta 50 années dans son stock

1874 - PARIS, LE QUAI MALAQUAIS


Le quai Malaquais est en face du Louvre entre les quais Conti et Voltaire
C'est le quartier de l'Institut avec son Dôme
Ici, l'Institut est dans le dos du peintre qui regarde en direction de l'ouest
Le tableau est structuré le long de deux diagonales divergentes, l'une bordée d'immeubles sur la gauche et d'une ligne d'arbres encore jeunes sur la droite, une amélioration urbaine due à l'administration d'Haussmann
Derrière les arbres on aperçoit le pont du Carrousel
Dans le lointain la ville se fond dans la brume
Scène animée avec allées et venues de parisiens, de militaires et des hommes en chapeau occupés à fouiller dans les caisses des bouquinistes
Des calèches roulent au milieu de la foule
Sont ici réunis tous les aspects de la vie parisienne qu'aimait Renoir : fleuve, beaux bâtiments anciens, arbres verts et animation des rues
Style rapide plein d'improvisation, proche d'une esquisse, avec des taches de couleur qui évoquent des formes, selon une économie de moyens visant à un effet instantané
 

 

1874 - LA LISEUSE


Renoir travaillant sur une toile aperçut son modèle au repos dans un coin ensoleillé de l'atelier et saisi par l'éclat du visage en lumière réfléchie s'empara d'une autre toile
Elle avait "une peau qui prend la lumière"
La lumière renvoyée par le livre rend les ombres du visage transparentes
Variété de teintes fraîches
La tête rayonne comme éclairée de l'intérieur
L'aisance naturelle de la pose rappelle la meilleure peinture du 18ème siècle
Des touches rapides font flamboyer l'or de la chevelure qui se répète sur le livre
Le thème majeur de l'oeuvre est celui de l'insouciance

 

1875 - AUTOPORTRAIT


Rude autoportrait : le peintre regarde au-delà du spectateur avec intensité
Renoir considérant ce portrait comme une esquisse l'avait jeté dans la poubelle. Mr Chocquet lui demanda de la lui laisser prendre. Quelques jours après il lui apporte 1.000 francs car un amateur s'était emballé pour cette toile
Audace de la touche (un critique a écrit "tacheté comme un jaguar") et intransigeance de l'expression
Mise en page élégante
Une photographie de la même année authentifie le portrait : front dégarni sous les cheveux, barbe et moustache hérissées, taillées à la hâte, col amidonné et costume de bonne coupe
Cravate lavallière qu'il portera jusque dans sa vieillesse
Un biographe qui a connu Renoir dans les années 1870 parle de "son visage sérieux, sillonné de rides, sa barbe courte et rude qui le faisait paraître un peu plus que son âge"
Edmond, son jeune frère, évoquera en 1879 "l'air pensif, songeur, sombre, l'oeil perdu" de son aîné

 

1875 - PRINTEMPS A CHATOU


Au fond d'une prairie luxuriante un homme se tient seul debout dans l'herbe qui lui monte jusqu'aux genoux
Il n'a pas de veste et son canotier est posé sur sa tête
Il porte des fleurs sur le bras droit
Bien que la scène soit baignée de soleil on ne voit pas de ciel
Nous avons l'impression d'être placé en hauteur sous l'arbre dont on voit l'ombre au premier plan
Le premier plan est riche en fleurs sauvages rendues par de petites touches de rouge, de blanc et de bleu
La scène est ancrée par les troncs minces des arbres à gauche et à droite
Paysage délicat traité de façon complètement impressionniste
Des dépôts de pigment blanc animent la composition
Les ombres sont traitées à la manière coloriste
Renoir obtient une informalité certaine avec cette composition soigneusement cadrée, le pré d'herbe douce et la lumière chatoyante du soleil

 

1875 - LES AMOUREUX


Bien que situant la scène en plein air Renoir conserve une certaine modération dans la représentation du jeu de la lumière sur les figures
La jeune femme est l'actrice Henriette Henriot qui a souvent posé pour Renoir à cette époque

Par rapport à "La Promenade" l'insertion de figures humaines dans le dialogue entre la lumière et les couleurs d'un paysage est traitée dans des tons adoucis et plus flous
A remarquer la gracieuse nature morte d'épis de blé et de fleurs des champs du premier plan à droite

 

1875 - TORSE, EFFET DE SOLEIL


A propos de ce tableau le critique du Figaro écrivait "Essayez donc d'expliquer à M. Renoir que le torse d'une femme n'est pas un amas de chairs en décomposition avec des taches vertes violacées qui dénotent l'état de complète putréfaction dans un cadavre"
L'audace du cadrage, légèrement décentré, de la figure sur un fond par endroits tout à fait abstrait souligne la liberté du rendu des taches de lumière filtrant à travers une frondaison sur la peau nue du modèle
Le visage aux traits flous accentue la deshumanisation du modèle traité comme un objet
Le modèle est Anna, 19 ans. Elle mourra à 23 ans
Le thème du tableau est la rondeur : masses sphériques des hanches et du ventre, des seins, des épaules, de la tête et des rondeurs des bras et du cou
Pour éviter toute diversion à cette plénitude Renoir a éliminé les surfaces marquantes : les bouts des seins et le nombril
La jeune fille fait partie de la nature : seuls le bracelet et la bague apportent une note de vanité féminine

 

1875 - LES GRANDS BOULEVARDS


Le baron Haussmann a transformé Paris en perçant de larges avenues bordées d'arbres et propices à la flânerie
On pense qu'il s'agit du boulevard des Italiens
C'est le printemps : la ville fourmille d'activité : des voitures descendent l'avenue, des femmes et des enfants flânent, des hommes conversent
Les arbres récemment plantés se couvrent de feuilles
Le tableau de Renoir présente le nouveau Paris sous un aspect vif et attachant
Renoir veut produire des impressions fugitives plutôt qu'un instant figé dans le temps
Les taches de pigment et les couleurs vives sont les caractéristiques de la peinture impressionniste
Ce tableau montre la ville moderne qui émerge mais l'impression subjective et poétique de l'artiste domine sur la toile

 

1875 - LA YOLE


Deux jeunes femmes assises dans un canot orange partagent les joies d'un après-midi ensoleillé sur le fleuve
Contraste vif des couleurs complémentaires : rouge orangé et bleu cobalt
Diversité et énergie des coups de pinceau pour rendre les courants dans l'eau
Jeu complexe des reflets projetés sur l'eau par le canot et ses occupantes
La couleur énergique des roseaux verts du premier plan est reprise dans l'ensemble du paysage
Les couleurs du premier plan sont redéployées sur la toile comme le rouge orangé du canot et la robe blanche de la jeune femme qui réapparaissent sur le voilier de l'angle supérieur gauche
La composition repose sur une série de formes résolument horizontales incluant le canot et le rivage avec le mur blanc
L'oeuvre est ouverte car rien, ni à gauche ni à droite, ne limite notre regard

1875 - DEJEUNER CHEZ FOURNAISE


Renoir immortalisera plus tard le restaurant "Chez Fournaise" dans "Le Déjeuner des Canotiers"
Les figures sont assises au premier plan, encadrées par les montants d'une tonnelle
L'attitude et la tenue vestimentaire donnent une impression de convivialité
Touche légère et aérienne en harmonie avec l'atmosphère de la scène
L'homme à droite est rendu par des tons bleus resplendissants avec des notes de rouge
Le procédé pictural de la jeune femme qui tourne le dos est assez inhabituel chez Renoir
Le paysage est moins un décor naturel qu'un moderne jardin d'Eden où hommes et femmes viennent se reposer le dimanche laissant derrière eux la bousculade de Paris
A l'arrière plan une yole et deux canots
Contraste avec le déploiement d'énergie à l'arrière plan et l'attitude nonchalante des figures du premier plan
La tonnelle laisse entrer la lumière et s'ouvre à nos regards comme un rideau de théâtre sur le monde extérieur
Le motif du treillage permet à Renoir d'unir l'espace du premier plan à la petite scène secondaire que constituent canots et canotiers sur le fleuve

 

1876 - MADAME HENRIOT


Vision aérienne d'une personnalité tout en conservant sa présence, sa chaleur et son humanité
Gamme atmosphérique diffuse, opalescente
Renoir donne de la fluidité à la légèreté bleuie de l'ensemble
La lumière culmine au niveau de la tête
La masse nettement sombre des cheveux et l'éclat scintillant des yeux assurent la prédominance du visage
La délicieuse couleur de porcelaine, sans ombre, de la peau et l'importance frappante des yeux confèrent à l'expression du visage une harmonie sereine
Le modèle est Madame Henriot, actrice de la Comédie Française qui posa souvent pour Renoir à l'époque
Elle connut un succès modeste comme vedette de vaudeville
Sa fille Jeanne périra asphyxiée à 21 ans dans l'incendie qui ravagea la Comédie Française en mars 1900
Grande adresse dans le traitement de la soie et de la gaze
L'artiste décrit avec volupté les yeux bleus foncés et les lèvres rouges de son modèle
Des aplats de pâte dans le blanc du corsage recréent les effets de la lumière ambiante
Renoir peint avec une économie de moyens : des blancs sur blanc
Il dira à Vollard "C'est joliment difficile mais rien n'est plus excitant à peindre ni d'un plus joli effet"

 

1876 - AUTOPORTRAIT A 35 ANS


Un Renoir juvénile faisant moins que ses 35 ans se tourne pour jeter au spectateur un regard timide et quasi triste
Renoir a travaillé les contours de sa figure au moyen de généreuses touches de gris, de garance et de bleu de cobalt
Petit chapeau rendu par un riche accord de bleus et de noirs
Les traits sont quelque peu idéalisé : le visage est plus doux, plus plein
Cet autoportrait laisse deviner la réticence de l'artiste : il était réservé, timide, ayant horreur instinctive de tout ce qui pouvait le mettre en évidence
Toutefois l'immersion dans le travail a le don de lui faire perdre toute timidité
Si on voulait voir son visage s'illuminer ou l'entendre chantonner il fallait le surprendre en train de travailler

 

1876 - LA BALANCOIRE

 

Le divisionnisme de la touche éparpille les apparence que ne contraignent plus les notions de contour et de surface
Technique fluide et légère sans empâtements comme un pastel
Un critique a écrit "Les effets de soleil sont combinés d'une façon si bizarre qu'ils produisent exactement l'effet de taches de graisse sur les habits des personnages"
Publiée en 1878 le roman de Zola "Une page d'amour" décrit son héroïne "Montée debout sur la planchette, les bras élargis et se tenant aux cordes ... elle portait une robe grise garnie de noeuds mauves ... Ce jour-là, dans le ciel pâle, le soleil mettait une poussière blonde. C'était entre les branches sans feuilles, une pluie lente de rayons ... Sa fille Jeanne jouait à regarder le soleil qui la gagnait petit à petit"

 

1876 - LE MOULIN DE LA GALETTE


Renoir dira "Le monde savait rire à cette époque ! Le machinisme n'avait pas absorbé toute la vie : on avait le loisir de se distraire et personne ne s'en trouvait plus mal"
La toile célèbre le triomphe de la jeunesse
Les personnages s'animent dans une étonnante variété de poses et d'actions, toutes gracieuses et naturelles
Armature légère et chatoyante du décor
La composition est étudiée : le groupe triangulaire au premier plan correspond au groupe contre les arbres

A gauche large ouverture de l'espace au-dessus du sol pommelé de rose et de bleu, manière de Renoir de rendre les effets de soleil et d'ombre sans recours aux valeurs sombres
Verticalité des danseurs accentuée par des contrastes de couleurs
Le thème des verticales est repris à l'arrière-plan dans les fûts des lampadaires
La lumière papillote à travers la scène
Ayant obtenu une commande royalement payée, Renoir loua à Montmartre une maison entourée d'un grand jardin
Renoir "J'avais eu la chance d'y trouver des fillettes qui ne demandaient pas mieux que de poser, comme les deux qui sont au premier plan de mon tableau. L'une d'elle m'écrivait sur du papier doré sur tranches. Et c'était la même que je rencontrais portant des pots de lait dans Montmartre"
Les amants, plus ou moins de coeur, étaient aussi de "bien bons bougres". Ils acceptaient de venir poser
Renoir n'a jamais peint une composition avec autant de personnages
Certains sont de véritables portraits, les autres sont traités en silhouettes

 

1876 - LA SEINE A CHAMPROSAY


Tableau réalisé par Renoir alors qu'il séjournait à Champrosay invité par Alphonse Daudet pour faire le portrait de sa femme
La vue du fleuve par grand vent est rendue par les couleurs automnales du feuillage et les bleus profonds du ciel et de l'eau
Au premier plan longs traits minces des herbes hautes
L'alternance des roux et des bleus donne une profondeur et montre les effets du vent qui souffle le long des berges
Le milieu du fleuve est figuré par des traits sans grand relief qui reflètent les couleurs du ciel et donnent une impression de calme
Le ciel plus agité et rendu par des traînées de pigment larges qui expriment un tumulte atmosphérique répondant aux remous des herbes hautes

 

1876 - FEMME A L'OMBRELLE DANS UN JARDIN


En 1875 Renoir loue un second atelier rue de Cortot, dans une maison entourée d'un grand jardin, au coeur de Montmartre
Il venait de recevoir 1.200 francs pour le portrait d'une dame, qui couvrait le loyer d'une année entière
Le grand jardin ressemblait à un beau parc abandonné
La profusion de roses, de pavots et d'iris envahit le jardin et divise la composition en deux secteurs selon une diagonale fléchie vers la droite
Au premier rang un écran de fleurs vibrant d'énergie
Une élégante parisienne s'abrite sous une ombrelle blanche
A ses côtés un homme coiffé d'un chapeau de paille se penche sur ses plantations
L'espace du jardin est construit avec soin : à droite des massifs de fleurs, au centre et à gauche une pelouse et des haies touffues à l'arrière-plan
On n'aperçoit que de petites plages de ciel mais la lumière baigne toute la toile

 

1876 - LA SORTIE DU CONSERVATOIRE
Le titre fait allusion à l'école parisienne d'art dramatique et lyrique
Tableau commencé en octobre 1876 devant la porte de l'artiste, rue Cortot, à Montmartre
Les modèles sont de jeunes ouvrières du quartier
Renoir était patient pour convaincre les jeunes filles et leur mère de poser pour lui
L'épisode suggéré d'amicale galanterie est traité sur un ton léger
Renoir évoque un monde petit bourgeois, plébéien
Renoir ne précise pas le lieu de l'action; il supprime l'accessoire ce qui le libère de l'anecdote
Par sa gamme froide de gris, de beige et de bleu cette scène annonce "Les Parapluies"
La simplicité de la gamme de couleurs volontairement restreinte confère monumentalité et force aux figures tout en faisant ressortir la fraîcheur des chairs
Cette toile fut acquise par le compositeur Emmanuel Chabrier qui était un ami de Renoir

 

1876 - PORTRAIT DE VICTOR CHOCQUET
Obscur employé des douanes, Victor Chocquet, était un amateur passionné de l'art d'avant-garde
Assailli de problèmes financiers Renoir avait douloureusement besoin d'un amateur
Tonalité délicate, lumineuse et légèreté de la touche caractérisent ce portrait parfaitement détendu
Cézanne aussi a peint Chocquet mais sa facture est plus rude et il se préoccupe de la structure des os sous la chair
Renoir veut exprimer le rayonnement spirituel de l'homme
L'amour du naturel de Renoir se voit dans le rendu spontané, presque négligé, de la chemise et de la chevelure
Exécution libre et délicate des doigts
Chocquet constitua une éblouissante collection des oeuvres des impressionnistes avant qu'ils fussent appréciés du grand public

1876 - PREMIERE SORTIE
Renoir a saisi l'ardente vitalité, la fraîcheur aux grands yeux ouverts de cette enfant gracieuse
Elle est vêtue dans ses atours du dimanche, un bouquet de fleurs à la main, fascinée par son entrée dans la vie joyeuse de Paris
Renoir concentre sur elle l'intérêt et peint en touches rapides le reste de la scène
La courbe de la cloison répète le contour de la ligne du dos
Séparation abrupte entre le premier plan et le lointain mais la cloison les rapproche car elle est peinte dans la technique et les couleurs de l'arrière-plan

 

1877 - JEANNE SAMARY EN BUSTE - LA RÊVERIE


Jeanne Samary fut aussi célèbre en son temps que Sarah Bernhardt
Elle excelle dans les rôles de servantes et de soubrettes
Elle épouse le fils d'un agent de change dont les parents n'apparaissent pas à la cérémonie
Elle meurt à 33 ans d'une fièvre typhoïde
En 1877, sur ce tableau, elle a 20 ans
Le menton dans la paume, le coude sur une table à peine visible, l'actrice pose dans une robe du soir décolletée, le teint fait d'une pâte de rose et les lèvres d'un rouge sanglant
Certains critiques s'étonnent des hachures croisées qui modèlent les épaules de vert
Un autre considère que "le portrait rend si bien une jolie physionomie de soubrette éveillée"

 

1877 - DANS LES BOIS


Dans ce sous-bois le soleil filtre à travers les feuilles et crée sur le sol des taches d'ombre et de lumière
Pas de figure humaine
Echeveau de couleurs mouchetées, déposées en petits points pour représenter les feuilles
A part les grands troncs d'arbre à droite rien ne suggère d'objets tangibles dans la nature
La toile danse de milliers de touches de pigment désincarnés
Côté droit composé de tons verts et bleu sombre
Pigments rouges dans le bas
Eclats dorés dans l'angle supérieur gauche
Ces tons dominants se fondent au centre de la toile pour créer une brume pastel et la route disparaît en s'enfonçant dans les bois
Sensation d'espace car le regard, attiré par la route, essaie de suivre le sentier vers la source de lumière qui enveloppe le tout
Seul Monet ira plus loin dans la dissolution des formes dans les paysages de son jardin de Giverny

 

1878 - MADAME CHARPENTIER ET SES ENFANTS

Georges Charpentier est un éditeur qui à lui seul est à l'époque "Galligrasseuil"
Renoir fréquente leur célèbre salon de la rue de Grenelle
Marguerite Charpentier usera de son influence considérable pour que son portrait d'elle et ses enfants soit parfaitement exposé au Salon de 1879
L'appui de Marguerite Charpentie établira Renoir comme portraitiste à succès
Dans ce salon Charpentier Renoir tentera vainement d'obtenir une fonction de conservateur de musée de province
Entre 1877 et 1879 Gambetta et Ferry sont fidèles aux "Vendredis" des Charpentier
Charpentier était l'éditeur de Zola, Flaubert et Edmond de Goncourt
Renoir réalise le portrait de Madame Charpentier et de ses enfants Georgette et Paul en septembre 1878
Le tableau occupe la place d'honneur au Salon de 1879 et la presse lui réserve un accueil enthousiaste
Renoir dira que Madame Charpentier "voulait être en bonne situation et connaissait les membres du jury qu'elle secoua vigoureusement"

Sur un sofa de tapisserie à fleurs, Marguerite Charpentier, 30 ans, étend son bras protecteur au-dessus de la tête de son fils Paul, trois ans, filleul de Zola, habillé de la même robe bleue et blanche que sa soeur aînée Georgette, six ans
Robe noire à traîne de velours et dentelle blanche
Georgette est assise sur le bonasse terreneuve
A droite une chaise et une table à thé en vannerie. Sur la table un compotier rempli de raisins et un service à vins de dessert
Au fond un paravent japonais
Les Charpentier sont d'avides japonistes
Renoir dira "C'est peut-être d'avoir vu tant de japonaiseries que m'est venue cette horreur de l'art japonais"
Dans ce portrait de groupe le chic de la robe de Marguerite et le mobilier à la mode cèdent le pas au charme du sujet : une mère et ses enfants
Georgette se marie trois fois. Elle a seize ans lors de son premier mariage
Paul mourra à vingt ans d'une péritonite
Marguerite consacrera les dernières années de sa vie à échapper à la neurasthénie en s'occupant activement d'une institution "La Pouponnière" créée pour aider les jeunes mères sans ressources
L'idée d'une garderie destinée aux enfants d'ouvrières lui était venue de Renoir qui dans les années 1870 avait tenté en vain d'obtenir son mécénat pour aider les jeunes mères de Montmartre
Proust évoque le tableau dans "Le temps retrouvé". Il considère que le modèle est "une petite bourgeoise ridicule" mais s'émerveille du tableau "morceau de peinture comparable aux plus beaux Titien"
Il écrit "La poésie d'un élégant foyer et des belles toilettes de notre temps ne se trouvera-t-elle pas plutôt, pour la postérité dans le salon de l'éditeur Charpentier par Renoir que dans le portrait de la princesse de Sagan ou de la comtesse de La Rochefoucauld par Cot ou Chaplin ?"

 

1879 - MARGUERITE BERARD - MARGOT


Portrait peint à Wargemont à l'été 1879
La petite fille de cinq ans à la chevelure indisciplinée et aux immenses prunelles s'est immobilisée le temps que l'artiste capte ses traits mais on sent qu'elle va s'échapper à la première occasion
Application dans le rendu des traits du visage et des cheveux brun roux
Saisissante instantanéité du portrait
L'enfant porte le tablier blanc du travail en classe
Renoir avait croisé Margot pleurant dans l'escalier et pour la consoler avait voulu faire son portrait avec les traits d'une petite fille réjouie. Renoir transmet la sensation d'une accalmie après l'orage
Margot vivra jusqu'en 1966 (92 ans)
A la fin de la seconde guerre mondiale elle faisait tous les jours 20km en vélo pour aller soigner les blessés à l'hôpital de Dieppe
Renoir a fait en "quelques instants" le portrait de Margot pour laquelle il éprouvait une profonde affection

 

1879 - LA VAGUE


Vue réalisée aux environs de la station balnéaire de Berneval en Normandie
Vue de vagues qui viennent s'écraser sur la grève au milieu d'une mer turbulente et houleuse
Tableau de composition abstraite avec de délicates tonalités lavande ponctuées d'éclats de blanc et de cobalt
Renoir recrée les éclats d'écume que projettent les vagues quand elles s'écrasent sur la grève
Ciel pluvieux peint avec délicatesse d'une touche plus fine
C'est la première fois depuis dix ans que Renoir revoit la mer. Il nous transmet la splendeur visuelle et émotionnelle que lui inspire la vue de l'océan
Maupassant écrira dans "Une vie" : "La Méditerranée ? ... l'eau bleue d'un baquet de lessive. Regarde donc celle-ci; comme est effrayante avec ses crêtes d'écume"

 

1879 - FALAISE A BERNEVAL


Durant l'été 1879 Renoir se rend pour la première fois en Normandie chez Paul Berar, diplomate et banquier, dans son château de Wargemont près de Dieppe
Il y passe deux mois
Renoir cherche à saisir les éléments principaux du paysage sans insister sur les détails
Unité d'ensemble dans des tons sourds
Falaises de craie qui dominent la plage et la mer
La ligne de falaises ondule dans la partie droite de la toile
Les fioritures de cette ligne graphique contrastent avec l'étendue vaste et calme de la mer et du ciel
En bas une ligne de vagues écumantes rencontre la grève où flânent quelques minuscules figures
Au premier plan un jeune homme assis dans l'herbe jouit de la vue, son canotier fièrement posé sur sa tête

 

1879 - AU BORD DE L'EAU


Image d'un couple en conversation sur une terrasse, sans doute la terrasse du restaurant Fournaise
Renoir nous fait regarder un monde brillamment éclairé à partir d'un porche couvert qui protège le spectateur du soleil
Un fort contraste ente l'ombre et la lumière sépare l'espace intime du monde extérieur
Effet obtenu par le déploiement de tonalités distinctes et par l'ajout au sommet de la toile d'une ligne horizontale sombre qui bloque la vue du ciel et du monde extérieur
Personnages rendus par un pigment épais, brisé en petits coups de pinceaux
Vue kaléidoscopique du monde, dans laquelle tout semble simplifié en éléments chromatiques
Le monde naturel semble décrit comme une sensation à la fois optique et physique

 

1879 - LES CANOTIERS A CHATOU


Renoir est revenu à l'un de ses coins favoris sur les bords de la Seine pour y explorer à nouveau les beautés de l'eau miroitante
Il suggère par sa touche la "sensation" de l'herbe, de l'eau et du ciel plein de nuages et de vent
La présence des quatre personnages esquissés en bas à gauche rappelle que Renoir aime inclure ses amis dans ses toiles
Le groupe a aussi pour fonction d'immobiliser la diagonale du bateau qui contrebalance la fuite du fleuve et de ses rives vers le lointain en haut à gauche
Les verticales des figures servent de repère aux éléments horizontaux des bateaux
Les rives délimitent et amplifient le flot des eaux larges et miroitantes
Rôle important des rouges dans la conciliation de l'espace et de la surface. La gamme des rouges va de l'écarlate aux roses pâles
Renoir nous présente un monde au coeur léger qu'embrase une chatoyante lumière d'été

 

1880 - JEUNE FILLE ENDORMIE - JEUNE FILLE AU CHAT


Ce qui frappe avant tout est le bleu vif de la robe de cette jeune femme rendu plus intense encore par le rouge du fauteuil sur lequel le modèle est assis, isolé dans un espace indéterminé
Le modèle est Angèle, une gamine de Montmartre délurée, parlant argot qui gardait l'illusion d'être une petite fille bien sage parce qu'elle habitait chez sa mère même si elle découchait plusieurs fois par semaine
On est surpris par le chapeau incongru qui coiffe la dormeuse et les bas rayés de paysanne qui jurent avec le fauteuil crapaud très bourgeois
Les amis de Renoir avait sollicité par l'intermédiaire de Cezanne un article de Zola qui publia un texte sans passion pour ce tableau d'inspiration pourtant naturaliste

 

1880 - NU


La fille est jeune nette et fraîche
C'est une créature complètement naturelle et sa rêverie est libre de tout conflit intérieur
Le corps assume une posture détendue et spontanée en tournant simplement sur son axe
Chaque forme est délicatement atténuée
Douceur de la courbe du cou
Sauf la surface de la tête le modelé n'est que légèrement suggéré par une gamme restreinte de teintes pâles alternant entre des roses chauds et des roses délavés
Visage haut en couleur avec des accents de rouge orangé dans la petite bouche pincée et les joues épanouies
La surface légèrement brossée de vert de l'arrière-plan et le sombre de la chevelure accentuent la transparence des couleurs de la peau
Le jaune aigu et le rose sourd du fond donnent une certaine profondeur lumineuse au traitement plat de la composition

 

1881 - LES DEUX SOEURS - SUR LA TERRASSE


Renoir peint ce tableau à Chatou au début d'avril 1881 à son retour d'Algérie
Le restaurant Fournaise se fait discret
La terrasse plus exigüe que dans le Déjeuner des Canotiers est bordée d'une balustrade en fer forgé différente
Les deux soeurs regardent dans des directions opposées, indifférentes au spectateur qui ignore ce qui attire leur attention
La cadette a posé un tablier blanc par-dessus sa robe bleue
L'aînée coiffée d'un chapeau à large bord piqué d'une fleur rouge porte la robe de flanelle bleu foncé des canotières
Nous sommes au coeur du pays des canotiers : deux rameurs manoeuvrent au milieu de la Seine
Renoir crée tout à la fois une impression de confinement et d'ouverture
Il enferme ses personnages coupés aux genoux dans l'espace étroit de la terrasse diagonale mais en même temps au-delà des plantes grimpantes il ouvre l'horizon à travers l'écran des arbres
Les jeunes filles sont vues d'en-haut et le fleuve est presque vu d'en-bas
Fini satiné du visage et des mains
Empâtements des pelotes de laine au premier plan
Touches de blanc décrivant les fleurs à gauche
Luminosité remarquable : Renoir a presque supprimé les ombres et les reflets
Il s'en tient aux couleurs primaires rehaussées de blanc, son apprêt de prédilection dans les années 1880
Les verticales et les diagonales de la terrasse, des bateaux et des arbres créent un réseau dynamique sur lequel les broussailles et le feuillage s'estompent graduellement
Contre les touches brèves des fleurs des feuilles et de l'eau viennent s'ancrer les formes plus lourdes des deux jeunes filles et du tonneau transformé en pot de fleurs
La plus âgée est Jeanne Darlaud, future étoile du théâtre du Gymnase. Elle a 18ans. Elle était très riche ayant pour protecteur le fabricant de chocolat Gaston Meunier qui lui offrira un somptueux hôtel, avenue de Friedland
Elle meurt à 51 ans en 1914
Un critique écrira "Elle a un regard de Joconde moderne qui sait l'amour, la séduisante effronterie d'une oeillade"

 

1881 - LE DEJEUNER DES CANOTIERS


Tableau de 1.30 * 1.73 m
Le tableau a été commencé en été 1880 et remanié au cours de l'hiver suivant
Renoir "Je fais un tableau de Canotiers qui me démangeait depuis longtemps ... Il faut de temps en temps tenter des choses au-dessus de ses forces"
Zola avait lancé aux impressionnistes un défi, leur enjoignant de peindre des sujets de la vie moderne, plutôt que de se contenter d'esquisses
La touche et les couleurs sont variées et servent à individualiser les traits au lieu de tout noyer dans une atmosphère colorée dominant l'ensemble
La structure générale de la composition est claire : elle est encadrée de chaque côté par des figures de premier plan
La profondeur est exprimée par une légère diagonale
Les jeux de lumière colorée se limitent aux formes individuelles
La nappe blanche et les maillots des deux hommes assurent par leur valeur claire la solidité de l'ensemble de la composition en se détachant sur les couleurs lumineuses qui les entourent
Contraste de tonalités chaudes et froides, de valeurs claires et foncées
Le tableau a été peint par additions successives, les différents modèles posant lorsqu'ils avaient la possibilité d'aller à Chatou
Au premier plan, à gauche, Aline Charigot que Renoir épousera
Debout, derrière elle, Alphonse Fournaise, fils du patron du restaurant où la scène est située
Au milieu, de dos, avec un chapeau, le baron Barbie, ex officier de cavalerie, ami de Renoir et intime de Maupassant
Au fond, avec un chapeau haut de forme, le banquier Ephrussi
Juste devant lui, Angèle, un modèle, est en train de boire
Alphonsine Fournaise est accoudée à la balustrade
A droite le journaliste Maggiolo se penche sur Angèle qui apparaît une seconde fois
Au premier plan, à droite, Gustave Caillebote
La scène se déroule sur la terrasse en haut de l'escalier du restaurant Fournaise, sur une île de la Seine à Chatou
Renoir s'est appliqué à éviter que son tableau soit interprété en termes anecdotiques : les gestes et expressions des personnages sont amicaux mais imprécis : on ne nous souffle pas le contenu des paroles qu'ils échangent
Renoir a voulu évoquer une atmosphère plutôt que raconter une histoire
Ce tableau est peut-être un hommage aux "Noces de Cana" de Véronèse que Renoir a étudié tout au long de sa carrière
Dans le tableau de Véronèse le groupe en bas à gauche est aussi une image de la festivité contemporaine
Renoir aimait les compositions complexes et détestait les espaces vides dans les tableaux
Avant-plan et arrière-plan sont unis par la tente qui combine dans ses rayures les teintes du feuillage avec les tons les plus chauds du groupe
La perspective du balcon conduit l'oeil vers le haut à droite mais la plongée visuelle vers le lointain offre une attraction opposée

 

1881 - MOSQUEE - LA FETE ARABE


La fête arabe est le seul tableau que Renoir a rapporté d'Algérie qui représente une scène de la vie locale au lieu de paysages ou de personnages
Le point de vue élevé d'où le regard plonge est un cliché de la composition picturale impressionniste
L'attention de la foule est attirée par un groupe d'acteurs ambulants
Les acteurs se trouvent au centre de la composition et le spectateur du tableau est si éloigné que le sujet principal devient les rangs tourbillonnants de l'auditoire, une mer ce couleurs éblouissantes dans laquelle se noie le spectacle
Renoir considérait qu'en Algérie la lumière du soleil transformait les mendiants les plus humbles en êtres de légende
"En Algérie j'ai découvert le blanc. Tout est blanc, les burnous, les murs, les minarets, la route"
Renoir dira plus tard "Lorsque je livrai cette toile à Durand-Ruel, elle avait l'air d'un tas de plâtras. Durand-Ruel me fit confiance et quelques années après, le travail de la couleur s'étant fait, le sujet sortit de la toile tel que je l'avais conçu"
Tôt dans sa carrière Renoir avait songé à compenser ce qu'il craignait le plus en peinture, la modification que subissent les couleurs à l'huile
Imagerie orientaliste s'inspirant des tableaux d'Eugène Delacroix des années 1830 et 1840
Le spectacle se déroule parmi les ruines des remparts situés derrière la ville d'Alger
Renoir emprunte à la palette brillante de Delacroix, opposant des rouges et des blancs intenses au bleu de la Méditerranée
Prédominance de petites touches de couleur vive

 

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