EDOUARD  MANET   2/2

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51 - LA BARRICADE - 1871


Manet resté seul dans Paris assiégé a fermé son atelier et déménagé les toiles qu'il juge les plus importantes dans la cave de son ami Druet

Pendant le siège, Edouard, grâce aux ballons qui s'envolent de Montmartre fait parvenir des nouvelles de ses frères à sa famille "Paris dans ce moment a un aspect militaire étonnant. On fait de l'exercice dans toutes les rues"

Edouard et son frère vont s'armer pour leur propre survie "Nous voudrions bien nous payer chacun un bon revolver; car c'est l'arme essentielle en cas de surprise ... Je vais faire confectionner pour chacun de nous un pare-balles. Cela se fait avec deux cents feuilles de papier de soie superposées"

La situation alimentaire est difficile

Aucune mesurer de restriction alimentaire ne fut prise pendant les premiers mois du siège de Paris par les prussiens

Le troisième mois la disette apparaît et les parisiens découvrent la nourriture en conserve qu'ils dédaignaient

"Le tour des chevaux est venu. L'âne est maintenant un mets de prince"

Les bouchers  n'ouvrent plus que trois fois par semaine et l'on fait queue à leur porte depuis 4 heures du matin.

Manet souvent "ne se met à table que par la force de l'habitude"

Manet apprend avec un certain soulagement la capitulation de Paris

"C'est fini ... on  mourrait de faim ici ... il faut vraiment avoir passé par là pour savoir ce que c'est"

Le 21 mai 1871 les troupes de Versailles entrent dans la capitale et 20.000 parisiens sont tués en représailles durant la semaine sanglante

Absent de Paris pendant la Commune il reprend pour figurer la barricade la disposition de l'exécution de Maximilien

A la suite de la guerre Manet sombre dans une dépression nerveuse pour laquelle il se fait soigner

Il se remettra au travail au printemps 1872


52 - LE PORT DE BORDEAUX - 1871


En février 1871 Manet quitte Paris et rejoint sa famille dans le sud ouest de la France

Il est déprimé et meurt de faim

A Bordeaux, du premier étage d'un café sur le quai des Chartrons il peint le pont avec en arrière plan la cathédrale Saint André et l'église Saint Michel

Il peint sommairement la forêt de mâts que prolongent les tours de la cathédrale

Les personnes sur le port tournent le dos et ne semblent être là que pour donner une échelle de mesure des bateaux amarrés et pour ne pas bloquer l'attention du spectateur qui doit se diriger vers les bateaux

Gambetta fut enthousiasmé par ce tableau qui lui rappelait les heures de la Défense Nationale à Bordeaux

Il dit à Manet qui voulait lui offrir le tableau "Je ne suis pas assez riche pour l'acheter et je ne puis l'accepter comme un cadeau"


53 - BERTHE MORISOT AU BOUQUET DE VIOLETTES - 1872


La lumière vient fortement éclairer une partie du visage

Paul Valery s'émerveilla de ce portrait de femme qui vous dévisage sans chercher à séduire ou à narguer

Dans l'échancrure un bouquet de violettes

En janvier 1875 elle écrira de Eugène Manet qu'elle a épousé en décembre 1874 "J'ai trouvé un honnête et excellent garçon et qui, je crois, m'aime sincèrement. Je suis entrée dans le positif de la vie après avoir vécu bien longtemps de chimères"

Renoir dira que Berthe Morisot attirait les gens à la façon d'un aimant et qu'elle savait être conciliante "Même Degas se montrait plus aimable avec elle"

Rare portrait de Manet présenté en plan rapproché, concentré entièrement sur le visage


54 - LE BOUQUET DE VIOLETTES - 1872


Ce tableau est un message d'amitié à Berthe Morisot

Il annonce les petites natures mortes de ses dernières années qu'il offrait souvent à ses proches

Ce tableau a été peint à la suite du portrait de Berthe Morisot qui porte à son corsage le même bouquet de violettes

L'éventail dont la tranche de laque rouge contraste avec le bleu tendre des fleurs est associé à presque tous les portraits de Berthe qui en joue même pour cacher son visage

Le rapprochement des trois objets : lettre, bouquet, éventail évoque le raffinement élégant et la distinction de Berthe Morisot


55 - LES COURSES AU BOIS DE BOULOGNE - 1872


Manet prend modèle sur les gravures anglaises alors très en vogue

Les jockeys de Manet sont assis sur leur selle, car c'est en effet plus tard que les jockeys monteront dressés sur les étrières raccourcies

Les chevaux sont représentés au "galop volant" et il faudra attendre les instantanés du major Muybridge pour mettre en évidence cette erreur d'observation

Manet utilise un cadrage photographique dans sa composition

Au premier plan Manet introduit des personnages coupés aux épaules

L'un des cavaliers est coupé par le bord du tableau


56 - BERTHE MORISOT A L'EVENTAIL - 1872


D'un geste gracieux Berthe Morisot déploie un éventail devant son visage et fixe le spectateur à travers ses tiges

Vêtue de noir avec des manches de tulle transparent et les jambes croisées, elle tend sont pied droit vers la grille de la bouche du chauffage

Attribut féminin l'éventail permet à Manet de souligner l'élégance des longues mains artistes de Morisot

Avec une ironie empreinte d'une tendresse espiègle, Berthe élégamment vêtue d'une longue robe noire et chaussée d'escarpins clairs, joue avec le peintre en déployant un éventail devant son visage, empêchant ainsi son ami de faire un véritable portrait

Ses yeux vifs sont cependant visibles entre les branches de l'éventail

Le panache de l'objet semble couronner la jeune femme

La figure de Berthe enveloppée d'étoffes noires se détache sur le mur de fond monochrome

Le rouge affecte la carnation de la jeune femme dotée d'une luminosité chaude

Berthe est assise en diagonale de sorte que le regard du spectateur parcourt la totalité de son corps

Manet a laissé vide l'espace situé à droite de son amie


57 - LE CHEMIN DE FER - 1873


Une femme fixe le spectateur. Elle est assise sur le muret d'une balustrade, un livre à la main et un chiot endormi sur ses genoux

A sa gauche, une fillette, de dos, regarde au loin

Derrière elle une grille occupe toute la hauteur et la largeur de la composition, laissant entrevoir un curieux paysage

Les rails à peine esquissés et un nuage de fumée sous entendent la présence d'un train invisible

Une grappe de raisin posée sur le muret à droite fixe la représentation à une journée de septembre

La scène se passe à proximité de la gare Saint Lazare

Aspect inachevé des mains de la petite fille

Couleur répartie en couches fines sur la robe blanche de la fillette

Epaisse couche de matière pour le sobre bleu du modèle

Le rendu de la vapeur est semi-transparent

Epaisseur du pinceau pour la grille

Manet modulait son pinceau en fonction du résultat souhaité

Le regard de la femme tourné vers le spectateur dérange le visiteur du Salon comme le plan de l'oeuvre jugé trop rapproché

Les deux personnages regardent dans des directions différentes et on ne sait pas ce qu'ils regardent

Michel Foucault "C'est la première fois que la peinture nous montre quelque chose d'invisible"

L'avènement du train à vapeur représente l'un des évènements les plus marquants de la révolution industrielle

Victorine Meurent qui vient de rentrer des Etats-Unis a servi de modèle pour la femme

L'enfant est la fille d'un ami de Manet, Alphonse Hirsch, dont l'atelier donne sur la gare Saint Lazare

Un caricaturiste écrira "Deux folles atteintes de monomanie incurable regardent passer les wagons à travers les barreaux de leur cabanon"

On ne voit ni train, ni passagers inquiets, ni mécanicien héroïque

On admire le noeud bleu de la petite fille

Mais Philippe Bunty écrit "Nous tenons compte à M. Manet de son désir de toucher juste, sans appeler à son aide aucune ressource de pittoresque artificiel ... et de son application à peindre réellement en plein air"

Victorine Meurent revenue des Etats-Unis après une fugue amoureuse, habitait place de Clichy et venait poser en voisine. Les séances ont lieu dans le jardin attenant à l'atelier de son voisin et ami le peintre Hirsch

Burty "Tout donne l'impression de la nature mais de la nature saisie par un délicat, et traduite par un raffiné"

Mais Cham "Ces malheureuses se voyant peintes de la sorte ont voulu fuir ! mais lui, prévoyant, a placé une grille qui leur a coupé toute retraite"

Claretie "M. Manet est de ceux qui prétendent qu'on doit se contenter de l'impression ... car voilà tout  le secret de ces impressionnalistes, ils se contentent d'indications rapides qui suppriment le travail et le style"

Manet allait chaque jour en train à Versailles suivre le procès de Bazaine

Reprenant le motif du Balcon Manet représente une grille de fer dont les barreaux rythment toute la surface de l'oeuvre


58 -LE BOCK - 1873


Avec cette toile présentée au Salon de 1873 Manet connaît son premier succès depuis le Chanteur espagnol de 1861

On voit le typographe Emile Bellot assis à une table du Café Guerbois, buvant et fumant la pipe avec un contentement manifeste

En raison de ce succès Manet refuse de participer à l'exposition des Indépendants de 1874 où ses amis gagnent leur appellation "d'impressionnistes"

Trogne enluminée par le plaisir

Bedaine débordant du gilet

Mouchoir blanc en guise de foulard

Fumée qui sort de la pipe

Les jeunes collègues de Manet considèrent ce tableau comme un compromis avec les goûts du jury et du public conservateur

Manet a admiré les tableaux de Frans Hals à Harlem

80 séances de pose pour ce portrait

Cette image simple et forte apparaît comme le symbole de "l'éternelle sérénité" dans ces temps politiquement troublés

Succès car on y entrevoit "un type, un gros bonhomme ... aux moeurs simples, tranquille et philosophe"

Manet aime chez Hals l'immédiateté expressive alliée à une utilisation du noir


59 - SUR LA PLAGE - 1873


Oeuvre réalisée à Beck sur mer, petit village de pêcheurs, proche de Boulogne

Sa femme Suzanne et son frère Eugène qui devait épouser Berthe l'année suivante

La toile a été peinte en plein air

Les personnages sont placés au centre d'un espace restreint et le champ raccourci de la vision semble les plaquer directement contre la surface de la toile

Manet se concentre sur les personnages et leur rendu monumental

La disposition frontale renforce la bidimensionnalité

Les touches de noir ou de gris-bleu font reculer tout le reste et donnent aux formes du premier plan une forte présence

Sensation de repos, d'abandon, de loisir

Eugène est dans la position qu'il avait dans le Déjeuner sur l'herbe

Cadrage serré qui coupe le ciel pour n'en montrer qu'une mince bande au-dessus de l'horizon

Le choix d'une ligne d'horizon haute joint à la présentation des personnages de profil qui leur donne des allures de silhouettes triangulaires plates rapproche ce tableau de certaines estampes japonaises


60 - BAL MASQUE A L'OPERA - 1873


Le célèbre Bal masqué avait lieu chaque année à Paris à l'Opéra, rue Le Pelletier

De minuit à cinq heures du matin on pouvait se perdre entre les salles et le foyer en quête d'intrigues et d'excitation

Souvent les femmes les plus audacieuses cachaient sous un domino (grand manteau) des costumes succincts et osés

On respirait un air lourd de sensualité affichée

Ce bal devait être le dernier car le théâtre allait disparaître dans un incendie

Grâce aux chapeaux hauts de forme le rythme de la composition est marqué par des intervalles rapprochés qui font aller le regard de la gauche vers la droite et inversement

L'espace est comprimé, presque interdit au spectateur

Les figures sont projetées en avant

La disposition frontale fait du tableau une sorte de scène

Monet s'est inspiré d'une scène de bal masqué tirée d'une pièce des frères Goncourt, "Henriette Maréchal"

Le deuxième personnage à droite du tableau est Manet, reconnaissable à sa barbe blonde

Comme dans la Musique aux Tuileries la composition est frontale et horizontale

61 - LA LECTURE - 1873


En 1863 Manet avait épousé Suzanne Leenhoff, professeur de piano hollandaise qu'il connaissait depuis 1849 et avec laquelle il vivait depuis1860

Son épouse est vêtue d'une robe légère et vaporeuse en mousseline blanche

Elle est assise sur un coin de canapé de même couleur

Les rideaux de la fenêtre sont tout aussi blancs et transparents

A droite, en arrière plan, lisant, Léon Leenhoff, né en 1852 et qui appellera toujours Manet son "parrain"

La figure de Léon équilibre sur fond noir à droite la plante sur fond blanc qui se trouve à gauche du tableau

Visage construit avec une attention minutieuse

Le volume de la tête rendu par le clair-obscur se détache du reste du corps grâce au collier noir

Scène au caractère intimiste


62 - LA DAME AUX EVENTAILS, PORTRAIT DE NINA DE CALLIAS - 1874


Nina de Callias est une figure clé de la vie de bohème des années 1870

Anatole France, Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé étaient des habitués du salon de la célèbre pianiste

Manet la représente dans ses vêtements hispano-algériens, avec une expression impertinente et interrogative

Le fond multiplie à l'infini l'éventail

Nina abusait de l'alcool ce qui causera sa mort prématurée

Les touches rapides et distinctes de Manet rendent le sujet vibrant et plein de savoureuses incertitudes

Nina de Callias était un personnage baudelairien, une femme douée et généreuse, d'un tempérament névrotique qui la rendait tantôt euphorique, tantôt neurasthénique

Alcoolique elle mourut à l'âge de 39 ans après avoir perdu la raison

Elle tenait un salon littéraire des plus exotiques et des plus brillants de Paris

Elle écrivait des vers, était une excellente musicienne, pianiste et compositeur

Née Marie-Anne Gaillard elle conserva le patronyme plus pittoresque d'un époux de passage, Hector de Callias, journaliste au Figaro

Pour recevoir elle aimait porter un de ses costumes "à l'algérienne"

Manet la représente dans une sorte d'écrin ouvert, joyau noir se détachant sur  le fond clair du canapé et du mur de son atelier décoré en style japonisant

Le papier peint et les éventails japonais étaient à la mode à Paris depuis 10 ans

Pose familière et abandonnée choisie par Manet qui l'a représentée allongée, le coude gauche appuyé sur des coussins

Nina paraît absorbée et lasse

L'esquisse d'un sourire ne réussit pas à masque la mélancolie

Le peintre néglige les détails pour rendre l'impression d'ensemble

Le costume de Nina fait triompher le noir lumineux caractéristique de Manet


63 - CLAUDE MONET PEIGNANT DANS SON ATELIER - 1874


Manet a refusé de participer à l'exposition indépendante des impressionnistes au printemps 1874

Mais il continue à passer pour leur chef de file aux yeux du public

Il soutiendra financièrement Monet

Monet ayant des difficultés à régler son loyer il lui trouve une nouvelle maison à Argenteuil

L'été 1874 il séjourne dans sa maison familiale à Gennevilliers sur la rive opposée de la Seine et travaille en plein air avec Monet

Sa palette se fait plus vive

Monet choisit de peindre le fleuve et ses berges mais Manet s'attache avant tout à la figure humaine

Monet, sans argent, crie à l'aide

A Manet "Me voilà de nouveau sans le sou ... je suis entre les pattes d'un huissier qui peut me faire bien du tort. Il m'a donné jusqu'à midi"

Dans son atelier Manet mettait en bonne lumière les toiles de ses amis

Monet travaillait dans ce vieux bateau qu'il avait acheté d'occasion. Il s'arrêtait où le motif l'inspirait. Sa femme y faisait une cuisine simplifiée

Camille est assise sur le seuil de la cabine

Au loin les cheminées des usines d'Argenteuil

Influence de Monet dans le traitement de l'eau

Les touches sont juxtaposés, les tons lumineux

En main1874 les impressionnistes avaient choisi d'exposer dans l'atelier du photographe Nadar

Manet "J'entre au Salon par la grande porte et lutte avec vous"

L'idée de l'atelier flottant était de Daubigny, célèbre peintre de l'école de Barbizon

Le bateau est le personnage principal du tableau

Monet représenté de profil travaille à un tableau qui est encore à l'état d'ébauche

Son épouse Camille le regarde peintre à distance respectueuse

Tableau clair et lumineux, dominé par les tons bleus du ciel, de la cabine du bateau et surtout de l'eau

Touche mobile et vibrante analogue à celle que Monet appliquait systématiquement dans ses travaux de la même période


64 - ARGENTEUIL - 1874


Un canotier et sa compagne assis sur un ponton d'amarrage

Sur l'autre rive de la Seine très bleue on aperçoit les maisons et une petite usine d'Argenteuil

Rigueur de la composition organisée autour de verticales et d'horizontales

Le canotier est Rudolph Leenhoff, le beau-frère de Manet

Tableau le plus ensoleillé de Manet

L'oeuvre a pour cadre le Petit Gennevilliers qui était alors devant Argenteuil le rendez-vous de tous les canotiers

Les verticales et horizontales se répondent :

- mât et ponton

- piquet d'amarrage au centre et bord de la rive à l'arrière plan

- rayures de la robe et celles du maillot du canotier

Alors que les jeunes artistes tendent par des touches contrastées et rapides de fondre personnages et atmosphère, Manet accuse la forme par l'intensité accrue de la couleur

Les contours sont estompés et irréguliers, une caractéristique récemment expérimentée par le peintre qui avait l'habitude d'entourer les figures d'un fin trait noir

L'homme s'intéresse visiblement à sa compagne alors que celle-ci, inexpressive, regarde devant elle

Manet renonce aux contraste de clair-obscur en faveur d'un mélange continu de lumières et d'ombres

Vibration de la touche dans la robe de la jeune femme où les tons influent les uns sur les autres


65 - LA FAMILLE MONET AU JARDIN - 1874


En cet été 1874 Manet apprenait beaucoup de la part de ses amis Monet et Renoir

Manet avait entrepris de faire un tableau de la famille Monet. Renoir arrive et plante aussi son chevalet

Camille Monet est assise sous un arbre, son fils paresseusement allongé près d'elle, tandis que Claude Monet s'occupe du jardin

A la chemise bleue de Claude Monet répond le pantalon de son fils Jean

Manet souffle à l'oreille de Monet en désignant Renoir

"Vous qui êtes son ami dites lui donc de renoncer à la peinture ... Il n'a aucun talent ce garçon là ! "


66 - EN BARQUE A ARGENTEUIL - 1874


Dans le bas de la toile Manet coupe brusquement la composition et ne laisse aucune place à une esquisse d'horizon

Le peintre crée un effet d'aplatissement en réduisant la profondeur de champ, ce qui établit une corrélation avec les estampes japonaises

La femme est représentée dans une attitude qui n'a rien de naturel et rigoureusement de profil, expédient emprunté aux estampes japonaises

L'ensoleillement de la journée se traduit par les reflets sur les visages et sur les habits blancs du canotier

Le modèle est le frère de Suzanne Leenhoff

Dans les estampes japonaises les personnages et les objets sont fréquemment coupés par les limites même du tableau

L'oeuvre s'articule autour du contraste entre l'étendu bleue de l'eau, le marron de la barque et les deux personnages


67 - MADAME MANET SUR UN CANAPE BLEU - 18747


Premier pastel réalisé par Manet qui utilisera cette technique pour une belle série de portraits féminins de 1879 à sa mort

Suzanne Manet, étendue sur un canapé, est saisie dans un moment de repos au retour d'une promenade comme le suggèrent la présence de la veste, des souliers élégants et du chapeau aux brides justes défaites

Manet exploite l'effet "velouté" du pastel

Traitement par grandes surfaces chromatiques opposées


68 - LE GRAND CANAL A VENISE - 1875

En septembre 1875 Manet se rend à Venise avec le peintre James Tissot

De préférence il recherchait les coins peu connus

Manet traduit l'intensité des couleurs vénitiennes par une variété de touches rigoureuses

Ici, la Salute à travers les pieux bleus et blancs


69 - VENISE BLEUE - 1875


Ce tableau aurait été peint de mémoire car les bâtiments du fond à gauche n'ont pas un caractère vénitien

Un critique a souligné que les lointains sont à leur place et que les formes ont une aération naturelle qui donne l'illusion d'une photographie prise sur nature


70 - L'ARTISTE AU CHIEN, MARCELLIN DESBOUTIN - 1875


Desboutin était peintre, graveur, illustrateur et poète

Surtout un dillettante

Manet lui a donné un air rêveur entre réalité et poésie

L'homme avance vers  nous en bourrant sa pipe alors que son chien essaie de boire dans un verre trop étroit pour sa gueule

C'était un ardent partisan du comte de Chambord

Il  rencontra Manet au café de  la Nouvelle Athènes devenu le rendez-vous du groupe des Batignolles après 1875

Manet représente son modèle en pied sur un fond neutre

Il abandonne la gamme des gris en faveur de tonalités marron et d'une luminosité chaude

Le chien est peint à l'aide d'une touche nerveuse et d'un jus de clair obscur qui donne une vie frémissante à cet animal

Tableau refusé par le jury du Salon de 1876

Manet organisera une contre exposition personnelle dans son atelier

Les invitations portaient la devise "Faire vrai et laisser dire"


71 - PORTRAIT DE STEPHANE MALLARME - 1876


Mallarmé est arrivé à Paris en1873 et Manet a fait sa connaissance dans le salon de Nina de Callias

Les deux hommes qui habitent dans le même quartier des Batignolles nouent une solide amitié

Après la mort de Manet, Mallarmé écrira "J'ai dix ans vu tous les jours mon cher Manet  dont l'absence me paraît aujourd'hui invraissemblable"

Au fond tenture japonaise dont il s'est déja servi pour Nina de Callias

Attitude familière de Mallarmé dont l'un des plaisirs consiste à discuter avec Manet tout en fumant le cigare

Les deux hommes admirent Baudelaire, se plaisent en compagnie des femmes et aiment à se vêtir avec élégance

Manet a illustré de cinq grands dessins le poème le Corbeau d'Allan Poe que vient de traduire Mallarmé

Manet produira quatre dessins pour illustrer le poème de Mallarmé "Prélude à l'après-midi d'un faune"

En 1874 et 1876 Mallarmé à consacré deux longs articles à Manet

En 1874 Mallarmé écrit "La foule à qui l'on ne cèle rien, vu que tout émane d'elle, se reconnaîtra dans l'oeuvre accumulée et survivante et son détachement des choses passées n'en sera cette fois que plus absolu"

Antonin Proust a décrit Mallarmé "L'oeil était grand, le nez se dessinait droit au-dessus d'une moustache épaisse"

Mallarmé a 34 ans lors de ce portrait

Le poète est renversé, le torse obligatoirement incliné dans un fauteuil. Manet le montre le regard ambigu sous les sourcils écarté, les cheveux dans un désordre voulu

Manet à Mallarmé "Mon cher ami, merci. Si j'avais quelques défenseurs comme vous, je me f... absolument du jury"

Mallarmé rendait visite à Manet tous les jours. En sortant du lycée Fontane où il enseignait l'anglais il passait dans l'atelier du peintre. C'est là qu'il rencontra Zola, Monet, Berthe Morisot qui à la veille de sa mort confiera sa fille au poète

Il y rencontra aussi celle qui allait devenir son grand amour: Merry Laurent

Mallarmé de Manet "Le seul homme qui ait tenté d'ouvrir à la peinture une voie nouvelle"

Manet renonça pour la circonstance à ses exténuantes séances de pose ce qui lui permit d'obtenir un effet de grande immédiateté

La rapidité abrégée de la touche et la position déséquilibrée du poète confèrent à cette oeuvre une atmosphère de communion intellectuelle


72 - DEVANT LA GLACE - 1876


Le modèle est Henriette Hauser, une actrice mais aussi une demi-mondaine

Sa beauté était célèbre et célébrée

Elle fut la maîtresse du prince d'Orange, fils du roi de Hollande Guillaume III

A propos de ce tableau Manet déclara à un journaliste "Le corset de satin, c'est peut-être le nu de notre époque"


73 - NANA - 1877


Le personnage de Nana apparaît à la fin de l'Assommoir, roman de Zola publié à l'automne 1877

Zola publiera en 1880 le roman Nana

Manet présente Nana au début de sa vie galante alors qu'elle "sentait bon la jeunesse, le nu de l'enfant et de la femme"

Parfaitement maîtresse de la situation elle exige toute l'attention du spectateur vers qui elle se tourne comme pour le prendre à témoin du charme qu'elle exerce et du plaisir qu'elle éprouve à faire attendre son "protecteur"

Le fait que celui-ci apparaisse à demi coupé par le châssis de la toile souligne qu'en dépit de son bel habit de soirée et de la promesse d'une nuit à ses frais, il revêt peu d'importance aux yeux de Nana

Henriette Hauser, jeune actrice populaire pose pour Manet devant un tissu japonais qui fait partie du décor de son atelier

Refusé par le Salon pour atteinte aux bonnes moeurs, le tableau fut exposé dans la vitrine d'un magasin du boulevard des Capucines où il provoqua presque des émeutes attirant du matin au soir des foules de curieux

Nana, intelligente et arriviste, choisit de devenir une prostituée de luxe pour faire son chemin dans la vie

A 15 ans "dès le matin elle s'habillait, restait des heures en chemise devant le morceau de glace accroché au-dessus de la commode"

Nana cesse un instant de retoucher son maquillage pour regarder franchement le spectateur

Le tableau fortement marqué par les blancs et les bleus respire une atmosphère de gaité

L'insertion du personnage en frac, coupé à droite, apporte une note ironique de stupidité satisfaite

Cambrée dans un corset de satin bleu, les jambes dans des bas gris-bleu, le pied posé avec aplomb, Nana se fait les lèvres

Sur la tenture lumineuse une grue à la japonaise déambule sur le sable

Oeuvre d'un réalisme cru mais sans grossièreté

Si Zola a inspiré Manet, Manet aussi inspira Zola par l'évocation de cette symphonie de bruns et de bleus à la gloire de la femme

Le thème de la cocotte qui aspire à s'élever socialement en se servant de son corps comme moyen d'ascension est l'un de ceux dont les artistes et les hommes de lettres débitaient souvent à cette époque

Apprenant le refus du Salon Manet aurait dit " Une belle nymphe qui s'offre à un satyre, on l'accepte. Une belle femme en déshabillé, c'est interdit

Les nus sans l'artifice du mythe ou de la scène allégorique choquaient les bien-pensants


74 - LA PRUNE -14878


Les ravages de l'absinthe et de l'alcoolisme sont bien connus au 19ème siècle

Le tableau semble inspiré par une scène observée à Nouvelle Athènes

Légèreté de la touche et palette délicate

Le personnage semble encadré dans un jeu de lignes verticales et horizontales

Le marbre de la table est rendu avec une attention particulière

La coupe avec une prune à l'alcool donne son nom au tableau

La main gauche qui tient la cigarette est peinte avec de grandes délicatesses

La couleur subtile demeure dans le rose mauve

Manet peint la tristesse du découragement, tout le vague à l'âme de la femme esseulée et dégoûtée

La femme est rêveuse et a oublié d'allumer sa cigarette mais son état n'est nullement dépendant de la prune à l'eau de vie qui se trouve devant elle

Si elle fait commerce de ses charmes elle n'a rien de la femme déchue

Il s'agit sans doute d'une jeune femme issue de la classe ouvrière qui s'habille au-dessus de ses moyens et fréquente les cafés à ses heures perdues

Cadrage de type photographique qui serre le personnage de près

Manet s'était procuré une table à plateau en marbre

Mélancolie suggérée par les teintes claires du premier plan qui font de la jeune femme une sorte de nuage rose et rêveur, sur un fond plus sombre qui la ramène dans la réalité


75 - JEAN BAPTISTE FAURE EN HAMLET - 1877


Jean-Baptiste Faure avait fait une carrière fulgurante comme baryton

En 1868 il a joué 58 fois Hamlet d'Ambroise Thomas

En 1875 à 45 ans il se retire de la scène et commande son portrait à Manet

Faure avait insisté pour être immortalisé dans le rôle d'Hamlet

Le personnage semble surgir du fond comme d'un rêve

Faure n'aime pas le tableau et refuse de l'acheter, influencé par les critiques qui accusaient le peintre de ne pas avoir donné d'épaisseur ni de vie au portrait en pied

Faure possédait 68 oeuvres de Manet dont : Le Bal masqué à l'Opéra, le Fifre, Le Bon Bock, Le Chemin de fer, ...


76 - LE SKATING - 1877


La jeune femme est Henriettes Hauser que son amant le prince d'Orange avait surnommée "citron"

Elle avait posé pour Nana

Elle est vêtue d'une élégante jaquette brodée, d'une robe apparemment légère et de l'inévitable paire de gants qui est l'attribut obligatoire de toute élégance chez Manet

Avec une touche vive et nerveuse l'artiste traduit l'atmosphère légère de la soirée, remplissant la toile d'une foule animée

Il s'attarde sur le gandin bravache qui occupe à lui seul le centre de la patinoire

Manet orchestre une véritable "symphonie en noir majeur"


77 - LA RUE MOSSIER AUX PAVEURS - 1878


Les fenêtres de l'atelier de Manet donnaient sur la rue Mossier

Manet doit quitter son atelier car les autres locataires de l'immeuble se plaignent des visites incessantes des amis de l'artiste

Avant de quitter son atelier il multiplie les toiles de la rue qu'il voit depuis ses fenêtres. Des ouvriers sont arrivés un matin pour achever le pavage de la rue à la veille de la fête nationale du 30 juin

Tableau brossé par touches rapides et couleurs vives

Manet dépeint les ouvriers sans compatir à leur dur labeur

On peut voir les becs de gaz nouvellement installés. Derrière le fiacre à droite une scène de déménagement

Si l'on en croit Zola dans son roman Nana la rue Mossier a de "belles maisons, aux petits appartements étroits, peuplés de dames". Les fiacres noirs seraient en train d'attendre les messieurs en visite


78 - LA BLONDE AUX SEINS NUS - 1878


Tableau peint dans l'atelier prêté à Manet par le peintre suédois Rosen

Le modèle s'appelait Marguerite

Elle est aussi le modèle du "Nu au tube"

Splendide nacré de la peau sur fond vert clair

Ruissellement de lumière sur une femme blanche et rose

Ce tableau de Manet est aussi un défi à son jeune collègue Renoir devenu célèbre grâce à la férocité de la critique

Touche rapide et sûre, marquant légèrement les contours extérieurs de la figure au moyen d'un liséré sombre

Le fini soigné de la carnation contraste avec le déshabillé rapidement esquissé, la chevelure en désordre et le chapeau jaune, orné de quelques fleurs, à peine ébauché

Le fond vert-brillant sert de faire valoir optique en faisant avancer vers le spectateur la figure féminine



79 - LA RUE MOSSIER AUX DRAPEAUX - 1878


Pour Manet la rue est la représentation d'une tranche de vie

L'échelle peinte au premier plan renforce l'impression de hasard auquel Manet accordait toujours une attention particulière, invitant l'observateur à imaginer une action qui n'est pas représentée

Le véritable protagoniste du tableau est l'invalide qui avance sans bruit de sa démarche laborieuse, allusion aux mutilés de la guerre de 1870 dont on commençait à oublier la défaite

Manet a voulu immortaliser la vue qu'il avait de l'atelier où il a vécu des moments de bonheur et d'intense activité artistique

La rue Mossier est devenue la rue de Berne

Le gouvernement avait décidé de pavoiser pour la fête de l'Exposition universelle le 30 juin 1878

De grands plans lumineux dans lesquels l'animation de la rue est donnée par la touche bleue du béquillard, le fiacre et les drapeaux tricolores

Il peignit la scène de son atelier, 4,rue de Saint Petersbourg (rue Leningrad) au matin du jour décrété fête nationale


80 - AU CAFE-CONCERT, LES BUVEURS DE BOCKS - 1878


Le tableau propose un éventail de différentes classes sociales. Un homme en habit élégant et à l'allure distinguée est assis à côté d'une jeune femme d'aspect plus modeste

Derrière eux une serveuse boite distraitement une chope de bière :  chacun regarde dans une direction différente

Le tableau évoque l'inégalité sociale comme s'il n'y avait aucune relation possible entre les acteurs de la scène

Tons larges et dorés dont la bière dans les chopes semble donner le ton

Dans la glace on voit la chanteuse qui est sur la scène

Les mains sont peintes avec élégance sans trop de fini

Les bleus et les blondeurs font chanter les noirs

Manet aimait beaucoup l'atmosphère des cafés et des brasseries; il venait s'y délasser après le travail

Il s'agit de la brasserie Reichshoffen, célèbre café-concert sur le boulevard Rochechouart

A la fois théâtre et café, le " caf conc' " accueillait des chansonniers, des humoristes et des acrobates

Personne ne prête attention à la chanteuse

Reléguée à l'arrière-plan, c'est tout juste si on la voit

Aucun échange n'a lieu entre les divers personnages

Au café les gens se mêlent mais ne se lient pas


81 - UNE AUBERGE DE CAMPAGNE, LA GUINGUETTE - 1878


Manet représente une table, une femme assise et vue de dos, les coudes appuyés sur la table, un homme corpulent figuré de profil et un mur percé d'une fenêtre

Au premier plan une bouteille et un verre qui paraissent appuyés contre le bord du tableau donnant au spectateur l'illusion qu'il se trouve dans l'estaminet

Curieuse présence d'un tronc d'arbre qui traverse la surface du tableau à droite, masquant une autre bouteille et la fenêtre située derrière

Une lumière centrale (le dos blanc de la cliente) entre la zone grise proche de notre regard et le mur rougeâtre du fond

La bouteille et le verre du premier plan reviennent inversés sur la table du deuxième plan, séparés par la ligne verticale du tronc d'arbre

La masse arrondie de la figure centrale est équilibrée par le personnage massif du fond dont la veste bleue sert de contrepoint au chapeau noir


82 - LA LISEUSE OU LA LECTURE  DE L'ILLUSTRE - 1879


Une femme de condition bourgeoise comme en témoigne son élégance vestimentaire

A l'aise dans ce décor, un bock de bière à portée de la main elle lit une revue empruntée au café

L'arrière-plan du tableau est indistinct, seul le personnage importe

Petites touches rapides et vibrantes pour mieux faire ressortir le caractère à la fois plaisant et fugitif de l'image


83 - PORTRAIT DE GEORGES MOORE - 1879


Georges Moore était un anglo-irlandais fortuné qui arriva à Paris en 1873 dans l'intention de devenir peintre

Il se tourna finalement vers la critique d'art

Il devint un habitué du café de la Nouvelle Athènes où il rencontra Zola et Manet

Ses manières étaient amusantes et son français des plus drôles

Moore n'approuva pas son portrait

Manet "Est-ce ma faute à moi si Moore a l'air d'un jaune d'oeuf écrasé ? "

La critique baptisa le portrait : "Le noyé repêché"

Ce pastel est l'un des rares visages en gros plan que Manet ait peint

Moore finit par devenir un des maîtres de la littérature anglaise de son temps

La tonalité de la  chevelure traduit l'origine irlandaise

Moore à Paris vécut dans  l'intimité de Rimbaud, de Verlaine, de Zola et de Mallarmé

Portrait fait à grands coups de crayon donnés au pastel comme au bout d'un fleuret

L'attitude, la couleur et le regard sont vivants

84 - FEMME DANS UN TUBE - 1879


La jeune femme regarde le spectateur avec une douceur languide, consciente de son regard qui ne la gêne pas

Elle est saisie dans l'instantanéité du  moment

Le modèle est Mery Laurent, une jeune femme d'une beauté exceptionnelle avec qui Manet entretient un longue correspondance et qui jouera un rôle important dans les dernières années de sa vie

Jeu des diagonales et des horizontales dans la composition

Fond décoré qui donne du relief au nu

Le thème de la femme à la toilette était la cause d'une rivalité entre Manet et Degas

On pense que pour créer cette scène d'un grand naturel Manet a demandé à la jeune femme de se figer dans une attitude qu'il aurait surprise par hasard


85 - DANS LA SERRE - 1879


La femme, Madame Guillemet, est d'une jeunesse éclatante

L'homme, M. Guillemet, semble le gros bourdon au poil déja usé

Les blanc jaunis du col et du chapeau sont encadrés de roses

Elle était une américaine réputée pour son goût

Les Guillemet s'occupaient de mode et de haute couture

Théodore de Banville a écrit "On s'attend  à voir causer la dame en robe grise et le monsieur à barbe fauve"

La construction de l'espace est soignée

La rigueur géométrique des barreaux et des lattes de la banquette noire est équilibrée par l'exubérance des plantes de la serre à l'arrière-plan

Alternant avec les personnages les plantes rythment la perception horizontale de l'espace et leur masse de verdure rehausse le jaune des accessoires du costume de Mme Guillemet

La proximité des mains introduit une dimension d'intimité pudique

La serre était devenue une pièce à la mode sous le Second Empire


86 - CHEZ LE PERE LATHUILLE - 1879


"Le père Lathuille" était un restaurant du quartier des Batignolles dans les environs du café Guerbois

Les personnages sont le fils Lathuille et l'actrice Melle Franck qui a succédé à Ellen André, amie du peintre

Contrairement à sa froideur accoutumée envers ses personnages, le peintre accorde ici une attention manifeste à la psychologie du couple

La femme, plus âgée, a une attitude un peu raide et compassée, le dos bien détaché du dossier, les lèvres pincées et les yeux baissés

Le jeune homme est plus entreprenant : penché sur sa compagne, les yeux fixés sur son visage, il allonge familièrement le bras gauche sur le dossier de la chaise de celle-ci

Par le choix des couleurs, Manet souligne aussi la réticence de la femme vêtue de couleur sombre et la chaleur du jeune homme énamouré habillé des couleurs du soleil que rehausse le foulard noir

Vaste vue du restaurant avec ses tables dressées dans un agréable jardin intérieur

Un serveur s'est arrêté un instant pour observer la scène

Melle Franck, une cousine d'Offenbach, a posé, succédant à Ellen André

Au début le jeune homme qui faisait son volontariat dans un régiment de dragons devait poser en militaire

Manet dépendait du modèle dont il ne pouvait se passe

Il disait "Quand je commence un tableau j'ai toujours peur que le modèle puisse s'absenter, peur de ne pas le voir aussi souvent que je le voudrais et dans les conditions que je souhaite.  Ils  viennent, ils posent, puis ils s'en vont en se disant : il le finira tout seul. Eh bien, non, on ne fait rien tout seul"

La critique juge le sujet vulgaire et choquant


87 - AUTOPORTRAIT A LA PALETTE - 1879


Un soir de l'hiver 1878 Manet s'effondre, victime d'un grave malaise

Il s'agit des premiers effets des complications de la syphilis que la médecine ne sait pas encore enrayer

Manet va alors réaliser cet autoportrait

Tonalité presque incolore allant de l'ocre au noir

Hardiesse dans l'accentuation de l'oeil qui est en lumière

Esquisse de la main qui tient le pinceau et qui prise dans le ton ocre du veston est à peine rehaussée de quelques pointes de vermillon

Manet n'a pas renversé ce que lui a donné la glace où il se reflétait de sorte que la peinture le montre peignant de la main gauche

Il était plus rieur, plus charmant, en réalité que dans ses portraits

Il avait des amis, on l'aimait mais on l'admirait peu

On croyait peu en lui

Seuls Monet et Renoir l'admiraient

Manet était chauve. Au nouvel Opéra de l'architecte Garnier, regardant les immenses glaces du foyer il dit mélancoliquement "Ah ! Ce Garnier, on voit bien qu'il avait des cheveux, lui !"

Zola "Edouard Manet ... le yeux étroits et profonds ont une vivacité et une flamme juvéniles .. le visage entier annonce le mépris de la sottise et de la banalité ... un homme d'une amabilité et d'une politesse exquises, d'allure distinguée et d'apparence sympathique"

A l'époque de cet autoportrait il a 47 ans

L'artiste s'est présenté palette et pinceau en main

Le peintre est habillé d'une veste et coiffé d'un chapeau melon

Il s'agit d'une représentation construite où le peintre est soucieux de se montrer en dandy selon les canons baudelairiens

Fond neutre de tonalité marron sur lequel ressort l'ocre de la veste repris dans les pinceaux signifiant que sa réalisation en tant qu'être humain passait par son travail


88 - LA SERVEUSE DE BOCKS - 1879


Le champ de vision réduit comprime les personnages contre la surface de la toile

La serveuse semble se retourner brusquement comme si quelque chose en dehors de la toile avait capté son attention

L'ouvrier en combinaison bleue regarde vers la loge que le spectateur ne peut pas voirf

Manet avait proposé à cette serveuse de venir poser dans son atelier

Craignant une proposition malhonnête, elle avait imposé à l'artiste la présence de son ami

On le reconnaît ici dans son sarrau bleu, une pipe de terre à la main

L'artiste applique le cadrage qui permet de couper les objets et les personnes par les limites naturelles de la toile

Le procédé est utilisé sur les quatre côtés du tableau :

- le personnage du premier plan

- les bocks de bière à droite

- les lumières en haut

- le corps de la ballerine à gauche

Le spectateur à l'impression de participer physiquement à la scène

La surface du fond est partagée physiquement en deux :

- le côté gauche a un fond rougeâtre traité en couches diagonales

- à droite le mur est tendu d'une tapisserie décorée de bouquets de fleurs devant laquelle la serveuse tourne la tête

Le visage de la serveuse est réalisé selon une technique traditionnelle par des blocs chromatiques


89 - PORTRAIT DE MONSIEUR ANTONIN PROUST - 1880


Edouard Manet et Antonin Proust se connaissaient depuis l'enfance

Ils fréquentèrent ensemble le collège Rodin puis restèrent très proches tout au long de leur vie

Proust fut journaliste, critique puis politicien auréolé de succès

Pendant la guerre franco-prussienne il s'occupa des réfugiés qui affluèrent dans la capitale

En 1880 il est ministre des Beaux-Arts dans le ministère Gambetta

Il obtint la Légion d'Honneur pour Manet

Antonin Proust pose en habit élégant, haut-de-forme et gants, une main sur la hanche, l'autre sur le pommeau de sa canne

Il émane de ce portrait une dignité qui sied à la fonction publique du personnage

Admirateur de son ami il fut l'un des organisateurs de l'exposition posthume consacrée à Manet

Proust était devenu le secrétaire de Gambetta le 4 septembre lors de la chute de l'Empire


90 - PORTRAIT DE CLEMENCEAU A LA TRIBUNE - 1880


Manet a rencontré Clémenceau par l'intermédiaire de son frère Gustave qui était conseiller municipal de Paris

La tribune est celle du Luxembourg ou se tenait le Conseil municipal de Paris, l'Hôtel de Ville ayant été incendié pendant la Commune

Clémenceau avait peu de temps pour poser et les séances se passaient souvent en bavardages "J'avais tant de plaisir à causer avec Manet ! Il était si spirituel !"

Portrait non complètement terminé ce qui se voit dans la redingote et le visage aux traits un peu hésitants


91 - PORTRAIT DE GEORGES CLEMENCEAU - 1880


C'est un des rares portraits "dessinés" de Manet

Clémenceau est là, devant nous, décidé, volontaire, autoritaire, prêt à faire front

En 1880 il était député de Montmartre

Il avait alors 39 ans

Manet a eu des difficultés à faire pose le modèle


92 - UNE ASPERGE - 1880


Charles Ephrusi avait acheté à Monet le tableau "Botte d'asperges" pour

1.000 francs alors que Manet n'en demandait que 800

Il peignit et envoya cette asperge à Ephrusi avec ce mot " Il en manquait une à votre botte "

S'il n'était pas un grand dessinateur, Manet était un "toucheur" de première force

Les tons froids du fond bleuté s'opposent aux tons chauds de l'asperge, aux verts et aux violets de la pointe

Le plan de la table occupe toute la hauteur de l'espace disponible

Raffinement de la palette chromatique

Variation ton sur ton : la matière de la table évoque la teinte ivoire de l'asperge et les veinures de marbre reprennent subtilement le violet, le rose et le vert de la pointe de l'asperge


93 - LE CITRON - 1880


Le repos obligatoire contraint Manet à réduire les grandes compositions pour revenir aux natures mortes de petites dimensions

Avec ce Citron, Manet rend hommage à la peinture hollandaise dont il s'inspira fortement

Cette étude trouve sa justification dans la phrase de défi de son ami Alfred Stevens "Tout peintre qui ne sait pas enlever un citron sur une assiette du Japon n'est pas un coloriste délicat"


94 - L'EVASION DE ROCHEFORT - 1881


Henri Rochefort, fondateur du journal La Lanterne, avait été déporté en Nouvelle Calédonie pour avoir pris position en faveur de la Commune en 1873

Il s'échappa dans la nuit du 19 au 20 mars 1874, avec cinq autres

Manet représente les six hommes dans l'embarcation avec laquelle ils tentent de gagner un trois-mâts ancré au large

Rentré en France en 1880 et amnistié il créa l'Intransigeant dans lequel il attaquait la politique coloniale de Jules Ferry

Manet a rencontré Rochefort dans le Salon de Nina de Callias et par l'intermédiaire du peintre Marcel Desboutin

En fait l'évasion eut lieu de nuit et le navire qui les recueillit se trouvait dans les eaux calme du port

En montrant la pleine mer Manet voulait exprimer la précarité du sort des évadés

Manet a fait porter dans son jardin une embarcation

S'il peut encore travailler, il est malade quand il réalise ce tableau

Intellectuel libéral, Rochefort est devenu célèbre sous le Second Empire par la pugnacité mordante de ses pamphlets contre Napoléon III

Manet a romancé l'évènement de l'évasion pour le charger d'héroïsme spectaculaire : Rochefort n'avait pas tenu le gouvernail de la baleinière

La petite embarcation de bois est au centre de la toile, totalement entourée d'eaux tumultueuses qui occupent tout l'espace interrompu seulement par une ligne d'horizon qui montre un ciel nocturne et deux embarcations lointaines


95 - PORTRAIT D'IRMA BRUNNER - 1881


Fatigué, Manet se consacre de plus en plus souvent à l'exécution au pastel de portraits féminins

L'artiste demandait à ses amies de revêtir leurs tenues les plus élégantes, souvent couronnées par de grands chapeaux

Irma Brunner est figurée de profil, pose qui met en relief la régularité de ses traits évoquant les dames de la Renaissance italienne

La masse noire du chapeau et des cheveux fait ressortir la blancheur de la partie avant du visage

Pour équilibrer ce noir Manet oppose le rose du vêtement moulant qui modèle les formes du corps de la jeune femme

Le fond neutre d'un gris lumineux complète l'harmonie chromatique, rehaussée par le vermillon des lèvres


96 - PORTRAIT DE MERY LAURENT - 1881


Mery Laurent (Anne Rose Louviot de son vrai nom) était l'égérie de Mallarmé et deviendra l'un des modèles d'Odette de Crécy dans La Recherche de Proust

Elle était une amie attentive de Manet

Elle avait posé pour ce tableau qui devait s'appeler l'Automne à cause de la pelisse qu'elle possédait, pelisse qui avait charmé Manet

Mery est représentée de trois quarts en contre-plongée ce qui lui donne une majesté de statue et exalte la splendeur de la pelisse admirée par Manet

La couleur foncée de la pelisse contraste avec le bleu brillant et lumineux du fond, ponctué de petites fleurs aux tons vifs

Mery, âgée de 32 ans, était célèbre pour le rose délicat de sa carnation, célébré par Mallarmé dans un quatrain qu'elle avait fait graver au-dessus de la porte de son hôtel particulier


97 - UN BAR AUX FOLIES-BERGERES - 1882


En peignant ce tableau, Manet dut en raison de l'aggravation de son état de santé interrompre les séances

Il utilisait les pauses pour réfléchir à ce qui apparaissait progressivement sur sa toile

Un témoin a écrit "Manet peignait en regardant le modèle, pourtant il ne copiait pas du tout la nature; je me rendais compte de ses extraordinaires simplifications ... les tons étaient plus clairs, ... les couleurs plus vives"

Le modèle, l'anglaise Suzon, est une véritable serveuse des Folies-Bergères

Elle est représentée derrière le comptoir d'un des bars situé au second étage de l'établissement

Le regard dans le vide semble tourner vers l'homme qui est devant elle mais dont nous ne voyons que le reflet dans le miroir

Sur le comptoir de marbre quelques bouteilles de champagne et de bière soulignent la diversité d'appartenance sociale des habitués de l'établissement

A droite un compotier débordant de mandarines et un verre avec des fleurs

Le grand miroir reflète le spectacle qui se déroule dans la salle

On voit en haut à gauche les jambes d'une trapéziste suspendue à une balançoire

La femme en blanc à gauche est Mery Laurent

Le miroir reflète le "désir", véritable protagoniste du tableau

Le spectateur placé devant le tableau finit par s'identifier avec le mystérieux "homme du miroir"

Dans la coupe de fruits Manet à lâché le citron pour la mandarine

Manet a passé au cou de la fille le collier de velours qu'il affectionne

Dans le grand miroir au cadre doré qui se trouve derrière la serveuse se reflète la foule assise dans la galerie circulaire sous le grand lustre

Anomalie dans les reflets représentés : la serveuse que nous voyons de face et en léger retrait semble dans le miroir très proche de l'homme en haut-de-forme

Manet nous donne une image caractéristique d'une scène de la vie urbaine

On retrouve dans cette toile de nombreux éléments caractéristiques de l'évolution du peintre :

- atmosphère parisienne

- "tranche de vie" moderne

- usage du noir

- nature morte

- composition calculée

Manet crée un dialogue entre celui qui regarde et celui qui est regardé

Le client au huit-reflets vers lequel la serveuse se tourne sans le voir coïncide avec l'observateur lui-même

Pour Manet la réalité n'est pas ce qui est visible : la jeune fille qui paraît attentive quand on la regarde de dos est en réalité absente

Les Folies-Bergère, café-concert très à la mode et lieu de rencontre par excellence se transforme ainsi en un lieu d'absence et de solitude


98 - LA MAISON DE RUEIL - 1882


Fatigué, Manet se résout à prendre du repos et s'installe à Rueil dans une villa avec jardin

Mais il se sent "en pénitence" loin de Paris

Il occupe ses journées à peindre le jardin

Suzanne cueillait les fleurs car lui-même ne pouvait plus faire le tour du jardin

Un médecin lui prescrivit du seigle ergoté mais le remède se révéla pire que le mal

Manet fit son testament, désignant Théodore Duret comme exécuteur testamentaire

Il était inquiet de voir se disperser l'ensemble de ses oeuvres

"Je ne veux pas pénétrer dans les musées par morceaux. J'y veux arriver tout entier ou pas"

Le peintre qui rend de manière charmante la maison de style restauration n'aimait pas la campagne

Pour lui elle n'avait "de charme que pour ceux qui ne sont pas forcés d'y rester"

Assis à l'ombre d'un arbre il peint la façade de la maison qui donne sur le jardin

Aucun personnage même si le banc et la fenêtre ouverte laissent supposer que la demeure est habitée

Oeuvre de facture impressionniste exécutée par touches très variées et avec un fort contraste lumineux

Schéma de composition clairement définit par les horizontales de la maison et la verticale de l'arbre

Au cours des mois suivants Manet ne pourra guère plus peindre que des fleurs


99 - OEILLETS ET CLEMATITES DANS UN VASE DE CRISTAL - 1882


Dans un vase de verre à pied carré Manet a peint un petit bouquet de fleurs toutes simples de jardin

Il a planté telles quelles dans le vase les tiges liées sans aucun souci d'arrangement et de mise en scène en faisant valoir le rose des oeillets de chine sur un fond gris bleu

L'harmonie subtile est tonifiée par la clématite violette


100 - ROSES ET LILAS BLANCS DANS UN VASE - 1883


Ne pouvant se mouvoir il peint ce qu'on peut lui apporter sur sa table dans la salle à manger

Un mieux lui ayant permis de rentrer à Paris c'est rue d'Amsterdam qu'il peignit ce tableau

Mery Laurent, son ancien modèle, venait lui apporter des fleurs

Bouquet de fraîcheur, on dirait que la peinture a été faite à l'instant

Dans le vase les reflets captent toute la lumière brillante

Le lilas en s'étalant semble dessiner la forme du crucifix

Ce sont les dernières touches de Manet

Le 20 avril 1883 il subit une opération de la jambe gauche

Il meurt le 30 avril 1883


EDOUARD  MANET   2/2

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