Les acrobates 1918
Abandon de l'élément spatial au profit d'un étalement en surface
La distance spatiale entre les figures et l'observateur est abolie
Les figures s'avancent hors de l'espace et du milieu en direction du spectateur
La surface a une fonction ornementale : elle se compose de plans géométriques, de compartiments tachetés de hachures
L'alternance d'éléments cubiques et cylindriques agite la surface
A deux endroits des lettres typographiques du domaine publicitaire suggèrent la présence de la civilisation urbaine
Les couleurs sont vives, lisses, métalliques
Le modelé des volumes est renforcé
Un tube vertical isole un quart de la surface du tableau et confère à l'ensemble une grande solidité
Aux valeurs géométriques s'oppose l'agitation des éléments composant le tableau
Dans le jeu de formes coloriées le thème de l'exhibition acrobatique n'a guère d'importance
L'homme est réduit à l'état de mannequin perdu au milieu d'une mosaïque
Le tableau évoque le Cirque de Georges Seurat de 1891
Comme chez Seurat le personnage central est présenté à bord perdu en bas du tableau
Très loin (en haut, à gauche) on distingue aussi des spectateurs
Les disques 1918
De nombreux disques, petits et grands, de ce tableau ne sont pas simplement des cercles isolés mais constituent une machinerie complexe et animée, faite d'un ensemble de tiges, de leviers, de tubes et de chevilles
"Je ne me suis jamais amusé à copier une machine. J'invente des images de machines, comme d'autres font, d'imagination, des paysages"
"L'élément mécanique est pour moi ... un moyen d'arriver à donner une sensation de force et de puissance"
La machine l'inspire par sa précision, son poli, son dynamisme, sa fonctionnalité
Pour Léger la machine était l'application des lois de la géométrie
Le thème principal du tableau est le cercle
Les cercles sont entourés de larges bordures colorées
Même là où ils se trouvent coupés et fragmentés il reste des segments de couleurs
L'artiste avait de nombreux échanges de vues avec Delaunay
Le cercle était pour Delaunay " la forme absolue" et il considérait "le disque de couleurs" comme le symbole définitif de la lumière
Mais ce qui attirait Léger ce n'était pas la lumière pure de Delaunay mais la lumière du monde moderne : des disques multicolores de machines qui tournent autour de leurs axes en teintes claires, pures, transparentes
"La Machine agricole elle-
Les formes sur le tableau se sont aplaties : plus de sphères ni de tubes mais des disques et des rubans
Mais le dynamisme de la structure mécaniste ne permet pas aux formes de s'apaiser selon un plan géométrique
La rencontre de diagonales et de cercles donne un mouvement dynamique
La machine est au premier plan
Au fond le mur du hall pourvu de rampes en fonte (sur la droite au milieu)
Les Hélices 1918
Léger a compris que la machine transporte une qualité nouvelle de civilisation "Il n'y a pas de beau catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout"
L'oeuvre de Léger repose sur une orientation nouvelle de la sensibilité, non plus par une femme nue, un violon ou un pot à tabac, mais par ces produits de la technique qu'il sut hardiment convertir
Il voit, il pense au niveau de l'expérience technique qui assume l'insertion systématique de la machine dans la vie quotidienne
Il veut dans les cylindres, les hélices, les engrenages dont il s'inspire quasi exclusivement de 1918 à 1920 appréhender dans la machine "le geste humain, fixé et cristallisé en structures qui fonctionnent"
Le typographe 1919
Le Typographe est une toile qui rend hommage aux ouvriers qui composent les livres
Partout dans les villes surgissent les panneaux-
Léger s'inspire de ces lettres géantes placardées sur les murs
Il disperse dans la page les grosses lettres d'imprimerie en jouant avec leur taille et leurs couleurs, ce qui choque les ouvriers chargés d'imprimer ses livres
Composition abstraite 1919
Pour Léger la peinture manifeste les rapports que l'homme entretient avec l'univers
Il marque toujours un vif intérêt pour l'architecture
Il considère que la couleur a une fonction psychologique et physiologique
"La couleur pure est une matière première formidable, aussi indispensable à la vie que l'eau et le feu"
Il est porté par une générosité sociale "L'espace coloré est une nécessité vitale pour le pauvre"
Cirque 1920
Léger se souvient des cirques de son enfance qui débarquaient avec la ménagerie
Sa jeune femme, Jeanne Lohy, ne sort jamais sans son ouistiti blotti sous son manteau
Avec ses amis Guillaume Apollinaire, Max Jacob et Blaise Cendrars il aime passer sa soirée au cirque Medrano
(fragment d'affiche MEDRA 8h1/2)
Tout est rond : la cuvette de la piste, la croupe du cheval, le chien savant prêt à sauter dans le cerceau et les jambes arquées du trapéziste
La ville 1920
Après la guerre c'est la vision de la grande ville qui fournit à son art des thèmes nouveaux
La grande ville c'est pour lui le modernisme, le dynamisme, la géométrie, la couleur
Dan la ville "La couleur pénètre comme une marée, elle dévore les murs, les rues ... On ouvre une fenêtre, un réclame criarde s'y engouffre ..."
Composition de caractère géométrique aux verticales appuyées avec des éléments plans rayonnants de couleurs
Certaines indications évoquent des maisons, des constructions métalliques, des affiches, des signaux
"La Ville est peinte en tons plats et purs. Pas de couleur complémentaire car j 'ai voulu renforcer la force colorée et constructive"
Pureté et froideur des couleurs
Ce qui intéresse Léger ce n'est pas l'action des hommes, c'est l'activité des formes colorées
"J'ai composé ce tableau uniquement avec des couleurs pures à plat ... La couleur est devenue libre"
Léger a exercé par ce tableau une grande influence sur l'art de la publicité commerciale et sur la composition d'étalages
Le Mécanicien 1920
Un simple gars du peuple fumant la cigarette
Le mécanicien n'est pas enfermé dans un espace : il se tient dans un vide dépourvu de toute atmosphère, devant un mur compartimenté selon un schéma géométrique
Les tons sont nus
Impression de forte corporalité : les mains apparaissent, grâce à leur structure anatomique, colossales
Contraste entre la géométrie du fond et la plasticité monochrome de l'homme
Frontalité du corps et tête de profil, comme sur les reliefs égyptiens
Une impression de "naïveté" se dégage du tableau, due à la courbe altière de la moustache, à la vigueur des muscles, au tatouage sur le bras gauche
On dirait qu'un personnage de Rousseau a posé pour Léger
Léger avait rendu de fréquentes visites à Rousseau
On pense aussi à Charles Chaplin
Apollinaire avait conduit Léger voir un film de Chaplin
"J'en étais épaté : ce petit homme qui réussit à être une espèce "d'objet vivant", sec, mobile, blanc et noir
"Charlot est mondial parce que visuel. Le point de départ c'est Charlot comme mécanisme"
La femme au miroir 1920
Léger était un peintre très masculin
Le monde des machines est un mode masculin
Depuis 1920 la femme apparaît de plus en plus dans son oeuvre
La Femme au miroir s'efface un peu devant les objets et formes d'allure géométrique
La tête, réduite à un oeil sur un fond jaune, se cache derrière le miroir qu'elle tient de ses mains de robot
Aucune concession n'est faite à la féminité. La coiffure pourrait représenter un établi de menuisier
Pour Léger la figure humaine n'a pas plus de vie que les choses et les formes qui l'entourent
Les cheveux et le corps sont des segments de circonférences, les bras des cylindres
L'homme à la pipe 1920
Contrairement aux cubistes, Léger n'a jamais créé de collages. Mais sur ce tableau il "colle" l'une contre l'autre deux moitiés de tableau qui semblent appartenir à deux contextes différents
Une montre un homme dressé sur une plate forme fumant la pipe; l'autre moitié reproduit essentiellement un escalier
A l'intérieur de ces deux parties d'images les différents éléments font l'effet de pièces découpées et collées
A cette époque Léger essaie de fragmenter non seulement les objets mais encore les surfaces géométriques
Rarement apparaît un cercle dans sa pure intégrité comme le signa jaune-
C'est dans cette abondance de recoupements que se manifeste le mouvement
Ce sont les diagonales qui suggèrent l'espace
Un homme fume pendant un arrêt de travail
Il est peint en grisaille et l'artiste n'établit pas de différence entre son corps et son vêtement
L'homme apparaît fortement modelé en contraste avec les formes environnantes
Le corps est composé d'une multitude d'éléments
Les raccords des différentes parties du corps se trouvent déplacés et leurs surfaces de coupe deviennent apparentes
C'est l'image qui impose sa loi à l'homme et le force à se mouvoir d'une manière "contraire à la nature"
Trois boules de fumée s'échappent du foyer
L'homme est dépouillé de toute individualité : c'est l'ouvrier anonyme plongé dans le monde de son travail
La tête est une sphère surmontée de cheveux, ornée d'un nez, d'yeux, d'une bouche, mais sans aucune animation psychique