EDGAR  DEGAS

 

Dans un premier temps nous rencontrons l'homme en évoquant brièvement sa vie

 

Ensuite, sur trois pages nous rencontrons l'artiste en présentant et en commentant environ 130 de ses oeuvres

BIOGRAPHIE DE DEGAS

 

 

 

1834 - le 19 juillet naissance d'Edgar Degas à Paris

Son père Auguste de Gas dirigeait une banque

A la révolution la famille de Gas avait émigré en Italie

La famille de sa mère était établie à la Nouvelle Orléans

 

1845 - il poursuit ses études au lycée Louis le Grand

Pas un élève particulièrement brillant sauf en dessin

Pendant ses études il se lie d'amitié avec Paul Valpinçon et Henri Rouart

 

1847 - il vit dans une ambiance bourgeoise

Sévérité des moeurs et goût pour l'art

Son père organise des soirées musicales

Il se rend souvent dans les musées

 

1852 - sa mère meurt

Il dispose d'une pièce qu'il transforme en atelier

Il exécute des portraits de ses proches et de lui-même

 

1583 - son père voulait qu'il lui succède dans la banque familiale

Il s'inscrit à la faculté de droit

Il copie les oeuvres des grands maîtres au Louvre et au Cabinet des estampes

 

1854 - il devient l'élève de Louis Lamothe, peintre traditionnel, élève d'Ingres qui lui apprend à composer des tableaux historiques

Il voyage en Italie, à Naples dans sa famille

 

1855 - il entre à l'Ecole des Beaux Arts et est présenté à  Ingres

 

1856 - nouveau voyage en Italie où il visite Florence et ses environs

La découverte de l'art italien le passionne et il copie de nombreuses oeuvres

 

1857 - séjour chez le baron Bellelli, son oncle à Florence

Il prépare son tableau " La famille Bellelli"

A Rome il travaille à la Villa Médicis où il rencontre Gustave Moreau

 

1858 - à Paris il est frappé par les expositions d'art japonais, notamment par les oeuvres de Hokusaï

Les principes de perspective et de composition japonais l'influencent

Nouveau séjour à Rome puis à Florence

 

1859 - il s'installe à Paris rue Madame et exécute le portrait de "La famille Bellelli"

 

1860 - il songe à devenir un peintre d'histoire dans la lignée d'Ingres

 

1861-1862 - dans cet esprit il réalise "Sémiramis construisant une ville"

A la campagne chez son ami Paul Valpinçon il observe les chevaux et les jockeys

Il a envie de représenter ces scènes pleines de vie

 

1865 - il est moins attiré par les peintures historiques mais par les portraits

Au célèbre café Guerbois il fait la connaissance des impressionnistes Manet, Monet, Renoir, Bazille, Sisley

Il rencontre également Emile Zola et Duranty

 

1866 à 1868 - le Salon reçoit régulièrement des oeuvres de Degas

Il assiste à de nombreuses soirées à l'Opéra et pénètre souvent dans les coulisses

"L'Orchestre de l'Opéra"

Il utilise la technique du pastel

 

1869 - Degas se refuse à la  peinture en plein air

Il exécute ses portraits dans son atelier et peint certaines scènes d'extérieur de mémoire en s'aidant de croquis pris sur le vif

 

1870 - Degas est mobilisé et fait la guerre dans un fort de Paris comme artilleur en compagnie de son ami Henri Rouart

C'est la dernière année où il présente des oeuvres au Salon

1871 - pendant la Commune il séjourne chez les Valpinçon et fait le portrait d'Hortense

 

1872 - en octobre il s'embarque avec son frère René pour la Nouvelle Orléans où il séjournera jusqu'au mois d'avril

"Bureau de coton à la Nouvelle Orléans"

1873 - il revient en France et s'installe rue Blanche

Il se lance dans des sujets représentant des scènes intimes "Bouderie", "Mélancolie"

 

1874 - les impressionnistes rassemblent un choix de leurs oeuvres chez Nadar

Degas s'occupe de l'organisation de l'exposition et présente dix oeuvres

 

1876 - il montre 24 tableaux à la seconde exposition impressionniste

 

1877- il expose 25 oeuvres à la troisième exposition impressionniste

"Chanteuse de café-concert"

Il délaisse peu à peu l'huile au profit du pastel

Il est attiré par la sculpture qui demande une moindre acuité de vision

 

1878 à 1880 - il participe aux expositions des indépendants (terme qui remplace "impressionniste"

Il fait un voyage en Espagne et travaille avec Pissarro et Mary Cassatt

 

1881 - il expose la statue de cire d'une petite danseuse de 14 ans

Il observe les évolutions des petites danseuses de l'Opéra

 

1882 à 1884 - il peint des modistes et des blanchisseuses

Il passe plusieurs mois chez ses amis Halévy et Valpinçon

 

1885 - il rencontre Gauguin pendant un séjour en Bretagne

Il dilue ses couleurs, marie pastel et huile ou ramollit ses bâtons de pastel en les humidifiant

 

1886 - il présente une série de nus au pastel à 8ème exposition impressionniste

Il se rend à Naples pour des raisons familiales

Il habite rue Pigalle

 

1889 - il fait une cure à Cauterets pour soigner sa vue et voyage en Espagne

 

1890 à 1893 - sa vue ne lui permet plus de faire des portraits

Il traite surtout des nus et des danseuse à larges traits

1898 à 1900 - séjour chez son frère René à Valery sur Somme où il peint des paysages

Il mène une vie retirée n'acceptant de voir que quelques amis et rejetant tous les progrès scientifiques de son époque

 

1900 à 1911 - il voit de moins en moins et peint par touches larges

Il se consacre de plus en plus à la sculpture

A partir de 1909 il ne peut plus peindre "... tout est long pour un aveugle qui veut faire croire qu'il y voit ..."

 

1912 - mort de son ami Henri Rouart  qui provoque la vente de sa collection comportant de nombreuses oeuvres de Degas

"Danseuses à la barre" atteignent le prix énorme de 435.000 f ce qui flatte à peine l'artiste

Il doit quitte son appartement de la rue Victor Massé qu'il habitait depuis plus de vingt ans

Ce déménagement l'affecte

Il ne déballera même pas ses chères collections de tableaux

Il achève sa vie solitaire plus isolé que jamais

Il sort peu, peint à peine

Le legs Camondo comportant des Degas entre au Louvre

 

1917 - ll meurt le 27 septembre âgé de 83 ans

Ses obsèques ont lieu dans une grande simplicité, comme il l'avait voulu, comme il avait vécu

 

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1857 – ACHILLE DE GAS

 

Les portraits de Degas à ses débuts représentaient pour la plupart ses frères, ses sœurs ou lui-même

Les membres de sa famille ont souvent rapporté comment ils posaient infatigablement pour lui

Dans le portrait sévère de son frère Achille en uniforme de cadet de la marine, l’artiste suit la tradition d’Ingres, sa grande idole en peinture

Les premiers portraits de Degas sont imprégnés de néo-classicisme :

- gamme sombre de l’ensemble : arrière plan brun rougeâtre et simple silhouette foncée

- fermeté scrupuleuse du dessin

- solide modelé

On sent déjà pourtant la franchise et la délicatesse de l’artiste

Dans ses tout premiers portraits Degas avait imité les poses chères aux maîtres de la Renaissance.

Ici la pose est plus familière : Achille jette un regard direct qui échappe entièrement au formalisme d’Ingres

Degas a visé au naturel plutôt qu’à la perfection néo-classique

Influence de Corot qui a peint des portraits pleins de compréhension et de réserve

 

 

 

1857 - RENE HILAIRE DE GAS

 

Plus que l'homme aux nombreuses amitiés Degas a été l'homme d'une famille

En 1793 son grand père menacé par la justice de la Terreur dut quitter Paris en toute hâte

Ce commerçant en céréales gagna Naples et entra dans la banque des Freppa, famille de la haute société génoise

Il épousa Aurora Freppa

Ils eurent quatre fils et trois filles ; Auguste Degas le père du peintre était l'aîné et dirigea la filiale parisienne de la banque paternelle

En 1832 à 24 ans il épousa Célestine Musson d'une famille d'origine créole qui dirigeait un commerce de coton florissant à la  Nouvelle-Orléans

Achille et René, deux frères de Degas s'installèrent à la Nouvelle-Orléans

En 1857/1858 il rend visite à son grand-père à Naples qui lui portait beaucoup d'attention : c'était l'aîné du fils aîné

En 1872/1873 il séjourne à la Nouvelle-Orléans

Dans les années 1870 la fortune familiale s'effondre

Degas qui souffrait de cette honte dut vendre une grande partie de sa collection d'art pour aider ses frères endettés

1857 – UNE MENDIANTE

 

C’est un tableau peint durant les cinq années qu’il passa en Italie

Degas s’intéressait à la vie populaire italienne

Nous retrouvons deux marques de la recherche de Degas d’effets de spontanéité et de naturel : le décentrement de la figure et l’ignorance par le personnage de la présence du spectateur

Influence d’Ingres qu’il admirera toute sa vie par la sécheresse du trait

Degas écarte les détails misérabilistes pour privilégier l’expression de la dignité du visage et de la main sur le fond sombre

La pauvreté est évoquée avec retenue par le pot ébréché, le sou et le quignon de pain

1859/1860 – ETUDE DE MAINS

 

Degas doutait toujours et voulait sans cesse reprendre ses œuvres pour les améliorer

Il travaillait beaucoup en ne croyait pas à la facilité en art

Il a réalisé cette étude de mains pour « La famille Bellelli »

 

En avance sur son temps Paul Valéry qui admirait Degas dont il fut proche, déplorait le relativisme des valeurs

« Presque tout est fait sans études … Une bonne étude doit être plus poussée qu’aucun tableau

L’idée de hiérarchie entre les œuvres et entre les genres s’est exténuée…

Si deux prunes sur une assiette valent une Descente de Croix …

La dépréciation de critères objectifs a pour premier effet de supprimer toutes les difficultés de l’art

Personne ne s’amuse plus à étudier soigneusement une étoffe jetée sur une chaise, une feuille, une main … ni à puiser dans ce tête à tête avec l’objet, sans hâte et sans utilité prochaine, une certaine science de soi-même

La littérature est devenue maîtresse toute-puissante, créatrice ou destructrice de réputations

La valeur ou l’estime accordée à une œuvre de peinture dépend du talent de l’écrivain qui l’exalte ou l’abîme

Qui ne  nous heurte ou ne nous fait hausser les épaules est imperceptible. On en conclut qu’il faut choquer et l’on s’y consacre »

 

1860 – JEUNES SPARTIATES S’EXERCANT A LA LUTTE

 

Premier essai de Degas dans la peinture d’une grande composition historique

Il choisit selon la tradition néo-classique un sujet respectable tiré du passé gréco-romain : Lycurgue et les femmes de Sparte regardant les jeux des garçons et des filles de la cité

Degas a choisi ses modèles parmi les adolescents de Montmartre qu’il côtoyait journellement, des jeunes gens maigres et efflanqués dont il a accentué l’aspect parisien plus qu’il  n’en a fait des Spartiates

Les attitudes se répètent ou s’opposent

Le groupe du fond établit une liaison entre les éléments de gauche et ceux de droite

L’héritage néo-classique se sent surtout dans le modelé achevé des personnages qui se détachent en sorte de bas-relief sur le fond d’un paysage aéré et plutôt vide

Degas a chauffé les tons de chair et répandu sur l’ensemble une lumière dorée

Dans le groupe des jeunes filles Degas a trouvé le moyen de combiner les mouvements de plusieurs personnages pour leur donner une unité : ces bras qui se tendent en avant et ces jambes qui se croisent annoncent les recherches des études de danseuses

Le charme piquant des jeunes filles donne au tableau la réalité d’une présence humaine et montre combien Degas témoigne de cette qualité quand il peint des jeunes femmes

1860/1862 – LA FAMILLE BELLELLI

 

Lors d’un voyage à Naples en 1856  Degas alla rendre visite à sa tante la baronne Bellelli entreprit le portrait grandeur nature (200*253) qui rassemble dans leur salon son oncle, sa tante et leurs deux filles

En 1860 le fait de représenter une famille dans son intérieur était inhabituel

Dans ses carnets Degas nous dit qu’il s’efforçait de peindre ses personnages dans des attitudes familières et qu’il voulait donner aux visages le même choix d’expressions que l’on réserve aux corps

Il chercha donc à caractériser chacune des quatre individualités

Stature pleine de dignité de la  baronne debout

Poses en contrastes des petites filles

Profil nettement découpé du baron qui se tourne sur son fauteuil

Personnages campés pendant un temps mort de leurs activités

Degas suggère avec une grande retenue une certaine interaction dramatique des personnalités

Le plan d’ensemble s’appuie sur une série de rectangles sur lesquels jouent les courbes des personnages

Sanguine encadrée d’Auguste Degas, père du peintre et frère de la baronne

Dans cette sévère structure d’angles droits on retrouve l’amour de Degas pour Holbein dont il a étudie les dessins

La peinture des détails brise la monotonie : motifs du papier peint à fleurs et du tapis, touches d’or et de noir, reflets dans la glace

Le contraste des noirs et des blancs, l’harmonie des bleus et des ocres témoignent d’une évolution depuis les gammes sourdes du portrait d’Achille

Froide et guindée en surface cette toile contient la promesse des futures audaces de Degas dans le portrait et montre sa précoce maîtrise

1861- LE CALVAIRE, COPIE D’APRES MANTEGNA

 

Le 3 septembre 1861 Degas s’inscrit à nouveau comme copiste au Louvre

C’est en copiant un tableau au Louvre qu’il a rencontré Manet

Outre Delacroix, Degas copie les peintres dont il est depuis longtemps familier : Dürer, les Bellini ou Mantegna

De cette copie de Mantegna il reprendra le groupe des femmes du Calvaire pour « La fille de Jephté »

 

1861 – SEMIRAMIS CONSTRUISANT BABYLONE

 

Sémiramis et sa suite examine l’avancement des travaux de construction de la ville de Babylone qu’elle a fondée de chaque côté de l’Euphrate

Degas opte momentanément pour la peinture d’histoire dont il se détournera rapidement

Les écrivains et les peintres étaient attirés par la splendeur barbare de l’Orient

Sémiramis, la légendaire reine de l’Assyrie et la fondatrice de Babylone massacra ses esclaves après une nuit d’amour

En 1860 Meyer et Rossini écrivirent un opéra sur Sémiramis

Le calme de la composition suggère une production théâtrale

Les figures ressemblent à un chœur d’opéra inconfortablement serré au bord de la scène

Degas réalisa de nombreuses esquisses pour préparer ce tableau

Influence du roman de Flaubert « Salammbo » qui vient d’être publié :

« Il n’est pas jusqu’au ciel, continuellement pur, qui ne s’étale plus lisse et plus froid à l’œil qu’une coupole de métal »

Pour le cheval Degas s’est inspiré de la frise du Parthénon et la coiffure de Sémiramis s’inspirait de pièces assyriennes récemment entrées au Louvre

Influence de Della Francesca dont il a vu à Florence « La reine de Saga adorant le bois de la  croix »

 

1865 – LA FEMME AUX CHRYSANTHEMES

 

Ce tableau est la première composition excentrée dans l’œuvre de Degas

L’axe du tableau est décalé. Le modèle relégué à droite laisse le premier rôle à un vase de fleurs du jardin qui est une exception dans l’œuvre de Degas qui avait une profonde aversion pour les fleurs

Ce n’est ni un portrait ni une nature morte

On pense que le personnage est l’épouse de son ami Valpinçon

La figure tassée dans une portion congrue de l’espace aurait été peinte après le vase de fleurs qui domine magistralement la composition

Ce tableau serait l’instantané d’un rite bourgeois

La maîtresse de maison saisie dans une pose familière fait une pause après avoir cueilli dans les  plates-bandes représentées à droite le bouquet de marguerites, de dahlias et de giroflées qui flamboient dans le vase

C’est une caractéristique des portraits de Degas des années 1870 de représenter le caractère des individus par le truchement des objets du décor

 

1865 – LE DUC ET LA DUCHESSE DE MORBILLI

 

Thérèse, la sœur de Degas épousa en 1863 son cousin Edmondo Morbilli et ce portrait fut réalisé peu après leur mariage

Les personnages ne sont pas assis devant un fond neutre pour portrait académique mais posent dans leur propre salon

La porte est ouverte

Le duc est assis sur le bord du canapé de façon décontracté

Effet de vivacité et d’immédiateté : nous sentons que lui et sa femme ont interrompu leur conversation pour se tourner vers le spectateur

Le papier peint vivement coloré sera repris plus tard pour Degas comme fond pour ses nus

 

1865 – SCENE DE GUERRE AU MOYEN AGE

 

Au début de sa carrière Degas aspirait à renouveler la peinture d’histoire

Il avait commencé avec Sémiramis

Mélange hétéroclite de chevaliers médiévaux imaginaires, affublés d’armures du XVème siècle qui les empêchent de tendre sur leur cheval les grands arcs dont Degas les a dotés

Ils se livrent à de terribles actes de barbarie sur des femmes nues, livides, épuisées, figées dans des poses suggestives

L’artiste se souviendra de ses nus dans ses œuvres ultérieures

Ce tableau évoque la Guerre de Sécession et la conduite cruelle des soldats du Nord envers les femmes de la Nouvelle Orléans

 

 

1865 - DEGAS ET VALERNES

 

Degas était incertain et hésitant

Pour traduire cette incertitude il se dessine la main posée sur son menton ce qui dans le même temps lui confère une attitude

Il laisse la préséance à son ami le peintre Evariste de Valernes mais il l'utilise comme repoussoir; du fait qu'il est placé au premier plan il est censé renforcer l'effet de profondeur

Son haut-de-forme provocant et ses jambes croisées démontrent tout son effort pour exister

Les traits vides du visage conviennent à cette volonté d'affirmation de sa présence physique

Degas à l'inverse exprime dans son regard et dans son geste un questionnement de soi qui maintient une distance avec le spectateur

Son regard direct est voilé et assombri

Le tableau d'une véritable amitié aurait une tout autre allure

 

1866 – LE COLLECTIONNEUR

 

Ce tableau représente un collectionneur entouré, voire coincé, par ses objets hétéroclites

Ce tableau illustre les conceptions de Degas sur le rapport entre le modèle et l’environnement, la figure et le fond

Elément d’animation au départ, le décor finit par faire partie intégrante du personnage représenté, jusqu’à en devenir un attribut iconographique impossible à éliminer

La personnalité du personnage s’éclaire par le contexte dans lequel il s’inscrit

 

1866/1868 – EDOUARD MANET ASSIS

 

L’amitié entre Manet et Degas remonterait à une rencontre devant « L’Infante Marguerite » de Velasquez

Cette amitié se nourrit d’une admiration réciproque ponctuée de critiques et de piques de part et d’autre

Manet n’est pas le dernier à rappeler la misogynie de Degas

Degas ne pardonnera jamais à Manet son refus d’exposer avec les impressionnistes, lui reprochant son côté bourgeois

Mais Manet appréciait les talents de causeur de Degas qu’il avait surnommé le « grand théoricien »

Degas écoutait volontiers les conseils de lecture de Manet qui lui conseillait Baudelaire

 

1867 – M. et Mme EDMOND MORBILLI

 

En 1863 Thérèse de Gas, jeune sœur du peintre épousa son cousin, Edmond Morbilli, issu d’une famille noble d’Italie

Il campe fortuitement ses personnages dans leur salon dans une attitude de vie et d’aisance

Plus de peinture soigneuse des détails de l’appartement

Les personnages emplissent puissamment la toile et se détachent sur un fond neutre

Solide construction du corps, de la tête et des mains de Morbilli

Il a insisté sur la fierté et l’arrogance du jeune italien qui domine complètement la composition

A ses côtés, Mme Morbilli, aux gestes timides et au regard intense fournit un délicat contraste

Sensation d’espace obtenue par la fuite de la chaise, répétée par les diagonales croisées des jambes, des plis de la veste, des garnitures sur la robe

Influence possible de la  photographie qui passionnait Degas perceptible par les effets de lumière et d’ombres et par l’aptitude à saisir une représentation fugitive

1867 – PORTRAIT DE JEUNE FILLE

 

La femme qui posa pour ce portrait est inconnue

Avec des moyens très simples Degas a fait surgir un portrait plein de vie

La figure n’est pas celle d’une femme classiquement belle

Degas écrira plus tard de la Nouvelle-Orléans « Les femmes d’ici sont presque toutes jolies, et beaucoup ont même dans leurs charmes cette pointe de laideur sans laquelle point de salut »

Degas cherche le caractère plutôt que la beauté régulière : il n’a pas minimisé le nez trop épais ni corrigé le strabisme de l’œil gauche

Sobriété dans l’usage des tons, le noir de la robe se retrouve dans le ruban qui entoure les cheveux

Subtil rendu des formes et délicate gradation des touches

Influence des primitifs français tel Clouet

Dans sa jeunesse Degas a peint la femme avec tendresse et compréhension

 

1861/1864 – LA FILLE DE JEPHTE

 

Pour ce tableau Degas fait de nombreux emprunts

A Mantegna dont il reprend le groupe des femmes au calvaire

Et surtout à Delacroix : la couleur domine tout emporte tout

Jephté sur son cheval, l’épée à la main, levant le bras, baissant la tête, reprend le mouvement d’Attila dans un tableau de Delacroix

 

Jephté, rappelé d’exil par Israël, pour repousser les Ammonites fait le vœu s’il défait son adversaire de sacrifier la première personne qui sortira de sa maison pour venir à sa rencontre : ce sera sa fille, son enfant unique

Ce sujet est tiré du livre des Juges qui raconte les combats d’Israël pour recouvrer l’intégrité de son territoire

Lien avec les récents événements italiens qui préoccupent Degas, affecté par le sort de sa tante Bellelli

Le 12 juillet 1859 Napoléon III a signé avec l’Autriche la paix de Villafranca qui met fin à la guerre marquée  par les victoires de Solférino et de Magenta

Cet accord avec l’Autriche désespère les indépendantistes italiens et ruine en Italie le crédit français

 

1856 – AUTOPORTRAIT AU CHAPEAU MOU

 

Pochade vive avec des qualités de « fait à la va-vite » dans le traitement des vêtements

Le chapeau mou ombre la moitié du visage et donne au regard une expression rêveuse et lointaine

Mais il confère aussi comme le foulard orangé et la blouse blanche un aspect artiste à la physionomie du jeune homme qui a manifestement voulu se montrer au travail

Avec ce portrait Degas exprime une liberté nouvelle d’allure et de tons

1867/1868 – PORTRAIT DE MADEMOISELLE EUGENIE FIOCRE

 

Avec Eugénie Fiocre Degas transgresse les conventions du portrait puisqu’il ne représente la ballerine ni dans son rôle professionnel de danseuse ni dans celui d’artiste mondaine qui lui avait conféré sa célébrité

Rien dans le traitement du fond ne laisse deviner un décor de théâtre : les rochers ne sont pas des trompe-l’œil mais de véritables éléments  naturels aussi « solides » que ceux peint par Courbet dont l’influence est ici nette

1868/1869 – INTERIEUR,  LE VIOL

 

Cette œuvre troublante est une forte étude d’un conflit intime et exprime une hostilité sexuelle

Les deux personnages, tous deux d’humeur sombre, sont rejetés aux extrémités de la pièce et séparés par une table

La perspective plongeante semble suggérer qu’ils sont cernés dans un espace confiné et oppressant

L’atmosphère lourde est accentuée par la lumière de la lampe et le feu qui rehausse la sensuelle beauté des épaules de la femme et projette une ombre menaçante derrière l’homme

En rendant « l’effet de nui » Degas a su créer entre les deux personnages une atmosphère extrêmement tendue

Certains critiques pensent que ce tableau fut inspiré par le roman de Zola « Thérèse Raquin » et montre la nuit de noce de Thérèse et de son amant. Le couple avait auparavant assassiné le précédent mari de Thérèse et la culpabilité avait détruit leur amour

 

1868/1869 – MONSIEUR ET MADAME EDOUARD MANET

 

Ce tableau offre un exemple de l’âpreté de l’amitié entre Degas et Manet

Degas avait échangé avec Manet le double portrait des époux Manet contre une nature morte de prunes

Manet ne se trouvant pas satisfait du portrait de Suzanne au piano lacéra la figure de sa femme de toute sa hauteur, conférant au tableau cette instantanéité qui allait devenir une marque de fabrique de Degas

La mise débraillée et la pose relâchée de Manet témoignent indirectement de l’intimité entre les deux artistes

Degas écrira « Faire les portraits des gens dans les attitudes familières et typiques et surtout donner à leur figure le même choix d’expression qu’on donne à leur corps. Ainsi, si le rire est le type d’un personnage, le faire rire »

1869 - MADAME MORBILLI

 

Thérèse est extraite du contexte de prospérité bourgeoise

Elle est défiante, d'une froideur absente qu'exprime sa robe d'apparat serrée

Elle refoule toute émotion

La main est posée sur la joue et la soutient, cette position de la main signifie hésitation et doute de soi

 

1869/1872 – LE FAUX DEPART

 

Degas a été le premier parmi le groupe impressionniste à peindre des scènes de courses de chevaux

Il a su exprimer le mouvement des pur sang nerveux et la couleur chatoyante des casques de jockeys

Beaucoup de dessins et de petits modèles sculptés de chevaux de courses parsemaient son atelier

Influence aussi des toiles ramenées d’Epsom par Géricault, le peintre romantique des années 1820

Grandes zones de couleurs éteintes

Silhouettes attentivement rendues des chevaux et des cavaliers

La tribune et le cheval au galop ont été rejetées sur la gauche ce qui crée la profondeur dans laquelle l’animal va s’élancer

Au second plan Degas a brouillé la foule des spectateurs

1869/1872 – LE PERE DE DEGAS ECOUTANT PAGANS

 

Degas a étudié avec sensibilité des gens écoutant de la musique

Auguste de Gas, père de l’artiste, s’enthousiasmait pour la musique italienne et était lui-même un bon musicien amateur

Le chanteur espagnol Lorenzo Pagans était célèbre à Paris, où il participait à de nombreux concerts en s’accompagnant lui-même à la guitare

Il prenait souvent part à des soirées musicales chez Degas et chez Manet

Dans cette version Degas donne une expression intense à la scène : il oppose le chanteur debout, repoussé vers la gauche, au vieillard voûté, assis à droite

La toile est divisée par la verticale de la guitare et le contraste est accentué par les têtes qui se découpent sur un fond clair : Pagans sur le mur et Auguste de Gas devant un cahier de musique

Exécution libre : le pinceau applique de brefs accents qui construisent les formes en laissant à la composition un effet impromptu et pris sur le vif

Il y a peu de tons : les ocres, les bruns, les gris et les blancs constituent une harmonie dans une gamme réduite

1870 – L’ORCHESTRE DE L’OPERA

 

Ce tableau représente le bassoniste Désiré Dihau, un ami de Degas qui l’accompagne dans ses missions de reconnaissance devant et derrière la scène à l’Opéra

Le père de Degas disait de Dihau « Ce n’est que grâce à lui qu’il est  parvenu à la réalisation d’une œuvre « finie », d’un vrai tableau »

Dihau est entouré du flûtiste, des deux premiers violons et du contrebassiste

Pour mettre en valeur Dihau, Degas bouscule la disposition traditionnelle des membres de l’orchestre pour mettre en avant le joueur de basson habituellement masqué par un rideau de violoncelles et de contrebasses

Bipartition du tableau : en bas les musiciens figurés avec réalisme, en haut les danseuses immergées dans la lumière artificielle de la scène et tronquées par le bord supérieur de la toile

Au centre pour raccorder les deux parties l’idée heureuse de la  clé de contrebasse, volute décorative ressortant en contre-jour

1870/1873 – LA VOITURE AUX COURSES

 

Aux courses l’œil de Degas se fixait aussi bien sur le public que sur les jockeys

La composition a dû paraître audacieuse car l’élément principal – la victoria – placé dans le coin inférieur droit, est coupé à vif par le cadre

La photographie à laquelle Degas s’intéressait vivement vers 1870 a sans doute inspiré ce cadrage

Degas s’est sévèrement limité à quelques teintes finement accordées et fondues en grisaille. Il disait « Les plus belles choses en art viennent de la renonciation »

Fraîcheur du vert printanier de la prairie et délicat ciel neutre

Clarté de la conception par le dessin ferme et incisif

Technique sans éclat mais Degas professait que « la  nature était douceur »

Le genre anglais était alors à la mode chez les gens aisés

Quelques détails « font anglais » : la victoria, le haut-de-forme du conducteur et le bull-dog

 

1871 – CLASSE DE DANSE

 

Première œuvre de Degas consacrée au monde de la danse

Présentée à la première exposition impressionniste chez Nadar en 1874

Degas est fasciné par le monde artificiel de l’Opéra et les petites danseuses qui façonnent leur jeune corps en le montrant au-delà des limites fixées par la morale bourgeoise du 19ème siècle

En mai 1870 son ami  Ludovic Halévy publie un roman satirique « Madame Cardinal » qui raconte les aventures galantes de deux jeunes danseuses

C’est la première fois que Degas orchestre un groupe dans un intérieur

Il circonscrit la pièce par les deux murs du fond ce qui donne à la composition un développement triangulaire

Il multiplie les espaces par le truchement des miroirs, des boiseries et des percées lumineuses

Ayant quitté la barre son modèle Joséphine Gaujeline se prépare pour ses exercices au centre de la pièce

Atmosphère calme et tranquille traduite par une palette de tons intermédiaires

Lumière dorée qui confère une patine presque monocorde à la composition ravivée par le rai de lumière que laisse passer la porte et la feuille de papier dans le haut de forme au premier plan à gauche

Pointe d’humour : l’arrosoir en bas à gauche reprend en écho le geste du bras du violoniste

 

1871 – HORTENSE VALPINCON ENFANT

 

En 1871 après s’être enrôlé dans l’artillerie aux côtés de son ami Manet pour défendre sa chère capitale assiégée Degas quitte Paris devant l’imminence des épisodes sanglants de la Commune et trouve refuge chez son ami d’enfance, Paul Valpinçon

Fraîcheur et immédiateté de la pose de l’enfant

Degas « Faire les portraits des gens dans les attitudes familières et typiques »

Influencé par les estampes japonaises, Degas efface le relief de l’image

L’hypertrophie décorative donne l’impression que les différents éléments s’alignent sur une surface uniforme conférant à l’œuvre un caractère abstrait qui vaudra à Degas quinze ans plus tard la sympathie des symbolistes

Le quartier de pomme qu’Hortense serre dans ses mains est une ruse pour amadouer l’enfant pendant la séance de pose

Mais pour Degas, de solide formation classique, c’est aussi l’emblème qui marque la séparation entre l’Eden qu’est le premier âge de l’homme et la dure initiation de l’âge adulte

Le trait noir et fluide qui détoure la silhouette d’Hortense indique un probable repentir

Degas, perfectionniste, voulait toujours retoucher ses tableaux ce qui lui valut la réputation de peintre de tableaux « inachevés »

Les collectionneurs avaient beaucoup de peine pour « soutirer » au peintre les tableaux déjà vendus

Degas montrait une grande sympathie à l’égard des enfantsLa petite fille au simple tablier blanc et au sobre chapeau est opposée aux dessins riches et brillamment colorés du tapis et des étoffes qui recouvrent la table

Les motifs du mur à l’arrière plan répètent dans une gamme adoucie les couleurs et les formes du premier plan

La tête est modelée avec soin et le visage dessiné avec délicatesse

1871/1877 – CAFE-CONCERT : LA CHANSON DU CHIEN

 

Dans les scènes qu’il a peintes de nuit dans les cafés des Champs-Elysées, Degas a été frappé par la vulgarité vigoureuse des artistes

Il n’y a rien d’élégant dans la pose de cette femme dont les mains évoquent le mouvement d’un chien pour illustrer une chanson populaire du temps

Geste rendu par un dessin vif

Le tracé de la bouche, la satisfaction avec laquelle elle force sa mimique révèlent ce qu’est le « café-chantant » et la classe sociale des amateurs qu’attire ce genre de distraction

Degas fait sentir l’atmosphère nocturne : arrière plan vert foncé sur lequel joue la chevelure fauve de la chanteuse

Il détache le profil sur une colonne jaune qui coupe la composition

Il oppose au visage éclairé crûment la guirlande formée par la répétition des globes électriques

1872 – PORTRAIT D’ESTELLE MUSSON DE GAS

 

Estelle Musson était la femme de son frère René, établi à la Nouvelle-Orléans à qui il rendit visite en 1872/1873

Estelle était aveugle et Degas qui craignait de souffrir lui-même de la vue compatissait

Le portrait a été réalisé dans son salon mais manque de décontraction

La maigre et blafarde figure coincée entre la chaise et le mur semble presque menacée par la vive couleur et les feuilles envahissantes de la plante

1872 – LES MUSICIENS DANS L’ORCHESTRE

 

Dihau, le joueur de basson, au centre est moins reconnaissable

Avec le contrebassiste et le violoncelliste qui l’entourent il est représenté d’un point de vue très rapproché ce qui les transforme en bustes monumentaux

La toile verticale est abruptement divisée en rectangles qui structurent fortement le tableau

La composition accentue le contraste entre le premier plan sombre avec les musiciens sobrement habillés et l’artificielle lumière de la scène, lumière séduisante et brillante

Degas marque le contraste entre la réalité de l’orchestre et l’artifice de la scène : la danseuse étoile qui salue en s’inclinant, ses compagnes sorties des rangs et le décor d’arbres et de verdure apparaissent dans leur intégralité

Dans la partie inférieure les musiciens ont les yeux sur leur partition

Le tableau montre les danseuses en entier, danseuses qui rivalisent avec les musiciens pour attirer l’attention du spectateur

Degas était passionné par les rapprochements inattendus qu’offraient les spectacles de ballet

1872 – LE FOYER DE DANSE A L’OPERA, RUE LE PELETIER

 

Le tableau montre le chorégraphe et le maître de ballet, Louis François Merante, instruisant une jeune danseuse

Degas souligne la rigueur et la monotonie des exercices préparatoires des danseuses et leurs efforts qui en scène disparaîtront derrière une apparente facilité

Le tableau peut donner l’impression d’une grande improvisation, avec pour signe le tutu que l’on aperçoit à travers la porte

Mais ce ne peut être par hasard que ce tutu fait écho à la danseuse au premier plan à gauche

En fait l’ensemble du tableau est calculé avec une précision mathématique qui semble symbolisée par la ferme ligne rouge de la barre d’exercice

Le moment présenté est celui de la pose silencieuse  quand la danseuse prend sa position, quand elle vient de se lever de la chaise au premier plan sur laquelle elle a laissé son éventail

Le maître de ballet et la danseuse en répétition sont liés par un fort lien psychologique, souligné par l’impression d’un moment où le mouvement est figé

La lumière vient de la droite et tombe sur la manche blanche du maître de ballet et crée une ombre forte sur le visage de la danseuse assise

1867/1868 – JAMES TISSOT

 

L’amitié entre le peintre nantais, James Tissot, portraitiste du Tout-Paris durera quinze ans de 1860 à 1875

Degas ne lui pardonnera ni sa participation à la Commune ni son refus d’adhérer à la 1ère exposition impressionniste

Les Goncourt le décrivent comme un mélange raté « de mysticisme et de fourberie »

Tissot pose dans un atelier de peintre avec une élégante nonchalance et l’affectation d’un artiste « parvenu »

L’espace de l’atelier répond à une organisation géométrique : les fausses toiles divisent la surface du tableau en rectangles

Seule la petite toile à gauche et le tableau sur le chevalet donnent une impression de profondeur

Il s’agit d’un atelier imaginaire : le choix des œuvres est un abrégé des goûts que partagent les deux peintres

A gauche une scène contemporaine, en haut une japonerie et sur le chevalet un tableau représentant une scène en plein air

Derrière le chevalet un épisode biblique

Seul tableau reconnaissable : Frédéric III Le Sage de Lucas Cranach

Frédéric III, protecteur de Luther, menace le peintre nantais de son regard sévère de réformateur qui n’apprécie pas le dandysme affiché du protagoniste du tableau

 

1869 - REPASSEUSE

 

La repasseuse regarde frontalement le spectateur

Elle a interrompu son travail pour le peintre

Le regard ne témoigne ni d'une fatigue ni d'un ennui

Rien n'est enjolivé

Le linge pendu et la robe sur la planche à repasser enserrent la personne dans la matière dont le nettoyage constitue son moyen de subsistance et son unique monde

1869/1872 – DEVANT LES TRIBUNES

 

Les vues de champs de courses traités par Degas représentent le plus souvent le défilé des cavaliers devant les tribunes ou sous le soleil pâle et frais de Paris

Le goût de l’artiste pour silhouetter se voit nettement dans ce tableau

Il a simplifié les chevaux en les peignant largement et crûment contre le soleil

Les ombres se découpent sur l’herbe dans un style presque oriental

La vigueur des contours donne à la composition un côté décoratif

L’échantillonnage varié des bruns trouve son écho dans les tribunes et son contraste dans les rouges et les jaunes des casaques et du public

Nous sommes devant une scène de la vie quotidienne : Degas nous montre le mouvement de la foule à gauche et le mouvement contraire des cavaliers à droite

La perspective est soigneusement établie dans le dessin : la taille des personnages diminue avec le recul suivant deux diagonales qui fuient vers le centre et retrouvent la ligne de la barrière

Les deux cavaliers du premier plan, tournés l’un vers la gauche, l’autre vers la droite, brisent la monotonie de la composition et nous donnent l’impression de nous trouver en plein milieu du sujet

Afin d’obtenir une substance capable de sécher rapidement et de se prêter à ses exigences de dessinateur, Degas laissait sécher l’huile de ses couleurs et délayait celles-ci avec un produit volatil, la térébenthine sans doute ; c’est ce qu’on appelle la peinture à l’essence

1872/1873 - LA MALADE, LA CONVALESCENTE

 

Cette jeune fille dirige un regard lourd d'une réflexion rêveuse vers un lointain qu'elle enferme dans son intériorité

Sa main appuyée sur sa tête inclinée exprime la tension d'une attente sur le qui-vive

Tout n'est qu'abattement et effondrement

Sa chemise de nuit flotte sur son corps sans force

Les yeux dirigés vers le bas constituent les deux seuls signes de vie

 

1872/1873 – Mme RENE DE GAS

 

Incapable de s’arrêter de peindre, Degas exécuta plusieurs portraits de membres de sa famille lors de sa visite à la Nouvelle-Orléans

Sa sympathie pour sa belle sœur Estelle Musson, qui était aveugle, nous a valu un portrait subtil et délicieux

Pourtant il grommelait quelque peu contre sa famille « Des portraits de famille, il faut les faire assez au goût de la famille, dans des lumières impossibles, très dérangé, avec des modèles plein d’affection mais un peu sans gêne et vous prenant bien moins au sérieux parce que vous êtes leur neveu ou leur cousin »

Il peignit sa belle sœur juste avant la  naissance de son quatrième enfant et la jupe vague était destiné à cacher son état

L’artiste a trouvé « de la tendresse à la dix-huitième siècle » dans les manières de sa famille de Louisiane

Estelle Degas était musicienne de talent et aimait l’opéra : il semble qu’en posant elle écoute de la musique

Degas est parvenu à évoquer la solitude de l’aveugle : pose calme, yeux ouverts, sans regard, qui se détournent du spectateur

Répétition délicate des gris et du rose pâle dans la gamme des teintes

1873 – REPASSEUSE

 

Les blanchisseuses, les repasseuses et les danseuses sont les nouveaux acteurs de la vie moderne décrits dans les romans naturalistes comme « Manette Salomon » des frères Goncourt (1867) et « L’Assommoir » de Zola (1877)

Curiosité scientifique du regard de Degas qui étudie chaque geste pour se l’approprier et le traduire en détail dans son œuvre

Figure imposante dont la monumentalité est accentuée par la vue de trois-quarts

La repasseuse se détache dans un contre-jour marqué

Considérant le blanc calcaire palpable qui ronge le tableau les Goncourt l’ont accusé d’inachèvement

1873 – LA REPETITION

 

Le père de Degas qui aimait la musique réunissait souvent des exécutants de talent à l’occasion de soirées musicales

C’est sa sœur Marguerite, elle-même chanteuse, qui a posé pour les deux femmes ; habitude caractéristique de Degas

Gestes saisis avec la fidélité d’un instantané photographique

L’attitude opposée des deux femmes crée une tension à laquelle contribue l’espace qui les sépare

Degas s’est servi de la perspective pour rehausser son effet dans le décor théâtral qu’il a créé

L’éparpillement des meubles et le niveau de notre œil rend plus intense le sentiment d’entrer soudainement dans la pièce et de surprendre les personnages en pleine action dramatique

Le tableau est à l’état d’esquisse et n’a pas été terminé

On ne le découvrit qu’à la vente qui suivit la mort de Degas

 

1873 – LE BUREAU DE COTONS A LA NOUVELLE ORLEANS

 

Décrivant son œuvre le peintre indique qu’on y voit environ une quinzaine d’individus plus ou moins occupés autour d’une table recouverte de la précieuse matière sur laquelle deux hommes sont, l’un  à moitié penché, l’autre à moitié assis ; l’acheteur et le courtier discutent l’échantillon

Degas était parti pour l’Amérique rendre visite à ses frères qui s’occupaient de coton et il avait envie de peindre une série de personnes identifiables dans des gestes caractéristiques

L’homme âgé au premier plan qui éprouve un échantillon de coton est Michel Musson, le beau-père de René Degas

A l’extrême droite le caissier John Livandais qui se penche sur ses livres de comptes

Au centre René lisant un journal local

Achille, frère de  Degas s’appuie négligemment contre une fenêtre en observant la scène

Pour unifier le tableau Degas fait jouer une série de formes blanches irrégulières  (le coton, le journal) en opposition avec les vêtements sombres des hommes

Savante composition de l’architecture de la salle avec sa répétition de rectangles

Détails du premier plan soigneusement accentués

Perspective rendue par la diminution de la taille des personnages

Le dessin de Degas donne à la composition son unité

Compromis entre une sensation de mouvement et d’agitation et une précision photographique

Ce tableau est le témoignage fidèle et sympathique d’une époque révolue

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