VIE  DE  COURBET

 

Gustave Courbet est issu d’une famille de propriétaires terriens, son père Régis Courbet possède des terres au village de Flagey où il élève des bovins et pratique l’agriculture.

Il naît le 10 juin 1819 à Ornans dans le Doubs, sa mère donne aussi naissance à quatre filles.

A l'âge de douze ans, il entre au petit séminaire d’Ornans où il reçoit un premier enseignement artistique. Ensuite, il entre au collège Royal de Besançon où, dans la classe des beaux-arts il suit des cours de dessins d'un ancien élève de David.

Après des études considérées comme médiocres et qu’il abandonne, il part pour Paris vers la fin de 1839. Logé par son cousin Jules Oudot, il suit des études de droit

Son ami d’enfance Adolphe Marlet l’introduit à l’atelier de  Hesse un peintre d’histoire qui l’encourage dans la voie artistique.

Courbet se rend aussi au musée du Louvre pour y étudier les maîtres, en particulier les peintres de l’école espagnole du XVIIe siècle Vélasquez, Zurbaran et Ribera.

Il est admiratif du clair-obscur hollandais, de la sensualité vénitienne et du réalisme espagnol.

Le 21 juin 1840 il est réformé du service militaire. Il s’installe au Quartier Latin. Il fréquente l'académie de Charles Suisse, à l'angle du boulevard du Palais et du quai des Orfèvres.

En 1842 il peint un premier autoportrait dit Autoportrait au chien noir

A cette époque il fréquente la brasserie Andler, où s'élaboraient les grandes théories et que Champfleury appelait le temple du réalisme. Il y rencontre la bohème parisienne.

 

Courbet est au cœur de l’effervescence artistique et politique. Il se lie avec des artistes qui veulent proposer une alternative à l’antagonisme romantisme-académique (tels que Charles Baudelaire, Hector Berlioz … dont il a fait les portraits).

En août 1849 il fait un voyage en Hollande où il découvre les peintures de Frans Hals et Rembrandt.

En 1849 Courbet revient à Ornans, ce retour aux sources va changer sa manière de peindre le faisant abandonner le style romantique de ses premiers autoportraits.

Inspiré par son terroir il crée un style qu’il qualifie lui-même de réalisme. Sa première œuvre de cette période est L’après-diner à Ornans tableau exposé au salon de 1849 qui lui vaut une médaille de seconde classe, et qui est remarqué par Ingres et Delacroix.

Il peint Un enterrement à Ornans, tableau ambitieux dont le grand format est habituellement destiné aux tableaux d’histoire, qui représente un enterrement où figurent plusieurs notables d'Ornans et les membres de sa famille. Au salon de 1851 lors de son exposition le tableau fait scandale auprès de la critique.

En 1852, il décide de se mettre à de grandes compositions de nus en vue de son prochain salon.

Après avoir réformé le paysage, les scènes de guerres, le portrait, il s’attache au dernier bastion de l’académie.

« Les baigneuses » de 1853 a énormément choqué, on voit deux femmes, dont une nue avec un voile. C’est une femme normale (grosse, pas idéalisée), ce qui va choquer la société de l'époque. Les pieds sales de cette femme vont aussi choquer, car à cette époque on liait la saleté du corps à la saleté morale.

En 1853, Courbet fait la rencontre déterminante d’Alfred Bruyas (1821-1876), un collectionneur montpelliérain qui lui achète « Les baigneuses ».

En 1855, avec une série d’ambitieux tableaux, Courbet se montre sensible aux traditions (portraits, nature morte)). Il expérimente une carrière de portraitiste mondain, et apprend à s’adapter à la psychologie comme aux exigences de ses modèles

En 1859, il découvre les côtes normandes : paysages puissants et tourmentés.

Ses idées républicaines et socialistes lui font refuser la Légion d'honneur proposée par Napoléon III. Après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, il est nommé président de l'éphémère Fédération des Artistes.

Il propose au Gouvernement de la Défense nationale le déplacement de la Colonne Vendôme, qui évoque les guerres napoléoniennes, aux Invalides. Soutenant l'action de la Commune de Paris, il est élu au Conseil de la Commune par le VIe arrondissement.

La Commune décide, le 13 avril, d’abattre et non de déboulonner la Colonne Vendôme.

Après la Semaine sanglante il est arrêté le 7 juin 1871, et le conseil de guerre le condamne à six mois de prison — qu'il purgera à Paris, à Versailles et à Neuilly — et à 500 francs d'amende[4].

Mais en mai 1873, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac-Mahon, décide de faire reconstruire la Colonne Vendôme aux frais de Courbet (soit plus de 323 000 francs selon le devis établi). Il est acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées.

Il s'exile en Suisse, à La Tour-de-Peilz, près de Vevey.

Courbet obtient de payer près de 10 000 francs par an pendant 33 ans, mais meurt avant d'avoir payé la première traite.

Après quelques semaines passées dans le Jura (Le Locle, La Chaux-de-Fonds), Courbet se rend compte que c'est sur la Riviera lémanique, grâce aux nombreux étrangers qui y séjournent, qu'il aura le plus de chance de nouer des contacts et de trouver d'éventuels débouchés pour sa peinture.

Il loge brièvement à Veytaux (Château de Chillon), Clarens et Montreux, puis jette son dévolu sur la petite bourgade de La Tour-de-Peilz (au bord du lac Léman) et s'installe dans une maison au bord du lac du nom de Bon-Port. Ce sera le port d'attache des dernières années de sa vie.

De là, il circule beaucoup et les rapports que des espions envoient à la police française nous renseignent sur ses nombreux contacts et ses innombrables

 

Il peint, sculpte, expose et vend ses œuvres ; il organise sa défense face aux attaques du gouvernement de l'« Ordre moral » et veut obtenir justice auprès des députés français ; il est accueilli dans de nombreux cercles démocratiques confédérés et dans les réunions de proscrits.

Comme par le passé, il organise sa propre publicité et entretient des rapports sociaux tant dans les cafés qu'avec les représentants de l'establishment du pays qui l'accueille.

La demande de tableaux était tellement importante depuis 1872 que Courbet ne pouvait suivre et s'était assuré la collaboration d'« aides » qui préparaient ses paysages. Courbet ne faisait aucun mystère de ce mode de production. On sait, en outre, que Courbet n'hésitait pas à signer de temps à autre un tableau peint par l'un ou l'autre de ses collaborateurs[6].

Cette production inégale n'est pas limitée à la période d'exil, mais elle s'accentue depuis la menace qui pèse sur le peintre de devoir payer les frais exorbitants de reconstruction de la Colonne, l'entraînant à produire de plus en plus. Cela a incité de nombreux faussaires à profiter de la situation

Les circonstances (guerre et exil), les procès, l'étroitesse de l'espace culturel du pays qui accueille le peintre, l'éloignement de Paris sont autant de facteurs qui ne l'incitent guère à réaliser des œuvres de l'importance de celles des années 1850.

Par solidarité avec ses compatriotes exilés de la Commune de Paris, Courbet refusa toujours de retourner en France avant une amnistie générale.

Sa volonté fut respectée et son corps fut inhumé à La Tour-de-Peilz le 3 janvier 1878, après son décès survenu le 31 décembre 1877, sa dépouille étant transférée à Ornans en 1919.

GUSTAVE  COURBET  

ACCUEIL

 

VOYAGES

 

PEINTRES

 

ECRIVAINS

 

CURIOSITES

 

HISTOIRE

 

Nous allons redécouvrir

l'oeuvre

De Gustave COURBET

 

À partir de tableaux commentés

 

La note ci-dessous vous présente un résumé de sa vie

Le pont de Nahin - 1838

 

Courbet a proclamé " Je dois à la vérité de déclarer que je n'ai jamais eu de maître"

Courbet arrive à Paris en 1839 ayant suivi l'enseignement de deux modestes peintres locaux : Beau et Flajoulot

Beau lui apprend le paysage fait de vers, de roses et de bleus tendres ainsi que la composition stable offerte par les longues élévations couronnées de falaises qui surplombent Ornans

Flajoulot se déclarait disciple de David et les spécialistes de Courbet considéraient qu'un classique ne pouvait rien apprendre au futur maître du réalisme

Mais les tableaux les plus ambitieux de Courbet sont peints sur de larges surfaces et la force des êtres dans la peinture de Courbet doit à la tradition classique

Avec le pont de Nahin Courbet s'essaie à l'atmosphère légère mais ne parvient pas à créer des dégradés subtils dans le ciel

Il s'intéresse aux pierres du pont, au feuillage subtil dans les arbres et aux murs des maisons

Son maître Beau s'éloignait du sujet pour mieux le décrire avec minutie

Courbet au contraire s'en approche pour capter sa présence physique

Courbet (né en 1819) a 19 ans quand il réalise ce tableau

Le Désespéré, Portrait de l'artiste - 1843

 

Le regard frontal halluciné, la dilatation des narines, la bouche entrouverte témoignent d'une tourmente existentielle

Le personnage représenté est projeté hors de la surface du tableau : le coude gauche saillant, les éclats de lumière sur le nez, le front bombé et l'épaule droite abolissent la distance entre l'espace pictural et le spectateur

Ce tableau évoque Le Caravage par sa dynamique circulaire et la construction symétrique assouplie par la disposition des mains

C'est un gros plan de Courbet sur son propre visage. Les yeux hagards, il renvoie ses cheveux vers l'arrière d'un geste crispsé

La partie éclairée du front ainsi que le nez et la pommette droite sont fortement modelés. Cette représentation angoissée de soi-même disparaît après 1848 pour faire face à l'affirmation assurée de l'artiste

Les plis de la chemise forment une séquence vivante de rythmes graphiques

L'interprétation de la chemise blanche évoque le peintre espagnol Zurbaran par la rigueur de ses plis

Le visage est presque entièrement voilé par la pénombre. Deux petits points de lumière sur l'iris intensifient l'effet théâtral

Le gros chêne - 1843

 

Courbet affectionnait les longues promenades dans la campagne. Il s'y sentait en communion avec la nature et y recherchait le sentiment de liberté que l'univers urbain entrave

Le chêne est un motif récurrent dans son oeuvre et plus généralement dans la peinture naturaliste. Il symbolise la force, la pérennité et la protection

L'ombre des sous-bois à l'arrière-plan rendue par une gamme de verts ténébreux accentue le relief du chêne dont l'écorce est traitée dans une mosaïque de tons clairs

"Le gros chêne" montre une idylle. Le garçon tourne le dos au spectateur et s'adresse à la jeune fille. On croit voir, appuyés contre le chêne imposant des appendices ténus et secondaires de l'arbre

Par leur position adossée et même par les couleurs choisies (rappel discret du ciel dans la robe, du ton de l'écorce dans le pantalon) les amoureux s'intègrent dans cette nature devenue un immense organisme

Le tronc démesuré respire d'une vie végétale qui est aussi animale que fantastique. L'attraction amoureuse rejoint le principe animiste qui fait vivre le chêne

L'arbre est coupé dans la partie supérieure. Le grand tronc est mis en évidence par sa proximité et par le contraste avec le fond sombre

Les personnages s'adossent au chêne comme s'ils en faisaient partie

Les racines, les branches mortes, le fût lui-même insinuent des formes fantastiques

L'inscription "Lise et ... " indique une idylle, peut-être un épisode autobiographique

Le coup de dames - 1844

 

Ce tableau est un essai de Courbet lors de ses débuts parisiens. Cette scène avec des personnages aux costumes pittoresques est refusée au Salon de 1844

Contre le mur des objets qui constituent l'attirail du peintre : des  pinceaux, des tableaux, un plâtre, une palette

Le tableau réunit des objets qui illustrent quelques unes des principales passions que Courbet conserve jusqu'à la fin de ses jours : l'art, la bière, la pipe, dont ont voit une collection en haut à droite

Une jarre, deux verres, le tabac et la bière sont les plaisirs quotidiens que Courbet affectionne

Les deux joueurs sont de taille excessive par rapport à ce milieu confiné, sans profondeur et encombré

Courbet au chien noir - 1844

 

En 1844 (il a 25 ans) ce devient la première oeuvre de Courbet admise à un Salon. Sur un paysage fait d'empâtements clairs, devant la masse des rochers que le ciel prolonge se dresse la silhouette noire du peintre avec son chien

Il met en évidence son visage éclairé contre le fond obscurci des cheveux et du chapeau

Une pénombre voile le regard hautain qu'il jette sur le spectateur. En contre-plongée celui-ci est contraint à une position inférieure. Il n'est plus le sujet qui regarde mais l'objet du regard

Nous découvrons les attributs de l'artiste : son chien, sa pipe, un gros album de dessinateur, le bâton du promeneur

La main, la jambe droite et le revers de la cape contrastent avec l'importante zone sombre

La canne et le livre sont caractéristiques de l'esprit romantique. Il traduisent l'inclinaison à la marche solitaire et au recueillement littéraire dans la nature

La roche scinde le tableau en deux espaces, proche et lointain. Elle laisse penser que le jeune homme et son chien se trouvent à l'intérieur d'une grotte

La tension chromatique entre la sobriété lumineuse du paysage et les noirs profonds des deux protagonistes renverse la convention en usage pour ce type de composition qui veut que des personnages clairs se détachent sur un environnement aux tons sombres

 

Portrait de Juliette Courbet - 1844

 

Juliette (1831-1915) est la plus jeune des soeurs de Courbet

Vouant à son frère un véritable culte, elle sera son unique héritière

Demeurée célibataire, confite en dévotions, accoutrée avec extravagance, susceptible, procédurière, elle laisse le souvenir d'un Harpagon en jupon et d'une soeur quelque peu abusive

En 1844 elle a treize ans

Courbet est influencé par les principes d'Ingres

Dessin ascétique, tonalité fraîche où dominent les jaunes et les bleus tendres, une clarté diffuse

L'attitude compassée du modèle, la préciosité du satin de la robe, la minutie des dentelles évoquent l'atelier d'Ingres

Regard fixe et absent de la petite fille

Le cannage du dossier est traité avec la régularité d'une grille au mépris de la perspective

Un miroir aveugle qui ne mire que le néant

Le rideau fait sentir son poids et resserre l'espace

La forme de la tête est très pure au contour très net

Une après-dînée à Ornans - 1849

 

Trois hommes autour d'une table écoutent un autre qui joue du violon

De gauche à droite : Regis Courbet, le père du peintre, raidi par une lourde fatigue; Urbain Cuénot a posé sa tête sur son poing et écoute pensivement le violon; Adolphe Marlet allume sa pipe; Alphonse Promayet , dans une ombre épaisse, tire des notes de son instrument

Le regard circule sans parasitage de l'attention

Le tableau décrit une paisible réunion entre des amis qui se côtoient quotidiennement

Courbet, inspiré par les frères Le Nain, veut être fidèle à la véracité de son pays

C'est l'avènement du réalisme

La massivité du bouledogue avachi sous la chaise de Marlet est précisément rendue

La matière épaisse, aux reliefs travaillés par des coups de pinceau appuyés accentue les contrastes et les volumes

Un enterrement à Ornans - 1849/1851

 

Sur une toile gigantesque (3,15*6,68) Courbet réunit une communauté anonyme qui pleure un mort dont on ignore l'identité

Il ne s'agit pas de l'hommage à un héros. C'est un évènement qui n'appartient pas au temps de l'histoire mais au temps cyclique comme celui des saisons : mourir n'a rien d'exceptionnel

Dans son atelier d'Ornans Courbet a travaillé avec peu de recul sur plusieurs pans de toile qu'il associe ensuite. Le rassemblement de 47 personnages peints à  taille réelle est un véritable exploit technique

Le point de vue du peintre n'est pas situé face à la fosse mais au porte-croix dans la partie gauche

Les quatre porteurs regardent dans des directions différentes. Le tableau est aussi un portrait de groupe qui combine l'expression de l'unité sociale et l'isolement des individus

Cassard, le fossoyeur en bras de chemise, est d'une remarquable fixité dans un tableau où tout semble animé d'un lent mouvement de procession

La masse endeuillée des femmes dans la partie droite fut l'occasion d'un exercice sur les gammes de  noir

Le chien est très présent dans l'oeuvre de Courbet. Il détourne la gueule de la tombe et du Christ en croix. Il est l'image d'une fidélité rompue avec la foi, avec le passé, avec l'académisme

Le père de Courbet est vu de face, presque au centre du tableau

A droite les trois soeurs du peintre, Juliette, Zoé et Zélie

Le visage de Zoé est couvert par un long mouchoir qui par sa blancheur attire le regard

Au bord droit du tableau la mère du peintre regarde du coin de l'oeil

Les femmes, un peu à gauche, forment une grande tache noire. Leurs visages et leurs coiffes sont fortement individualisé

 

C'est le romantisme qui est enterré dans le cimetière d'Ornans

 

Ce tableau donne à la réalité commune et triviale son droit à la représentation

Il marque la naissance d'un art réaliste

Un critique écrit en janvier 1851 : " L'heure n'est plus à peindre les  nantis. Monsieur Courbet voit le peuple de très près et le voit largement. Voici la démocratie dans l'art. Le peuple ne craint ni les mots crus ni les images fortes qui donnent mal aux nerfs aux gens de goût "

 

La présentation de ce tableau a été tumultueuse. Un ami de Courbet écrit :

" Gustave est le sujet de toutes les conversations dans le monde artistique ... On prétend que Courbet était un ouvrier, qui un beau jour, poussé par le génie, s'était mis à faire de la peinture ... On affirme que c'est un véritable socialiste, qu'il est à la tête d'une bande de conspirateurs "

 

Les habitants d'Ornans, d'abord fiers de figurer dans le tableau, s'émeuvent du scandale et s'échauffent à l'idée que les audaces picturales de Courbet ont pu les ridiculiser

Les demoiselles de village faisant l'aumône - 1841

 

Autour du mince ruisseau central s'articulent le vert tendre des prairies, un pan de ciel lumineux et les sept figures du premier plan

La critique est déconcertée par cet univers bucolique que Courbet qualifie de "gracieux" et qui contraste avec l'Enterrement présenté l'année précédente

Ce tableau ne compte que quelques feuillages épars. La végétation gagnera peu à peu en épaisseur dans les oeuvres ultérieures du peintre

Le cadre naturel est le support d'une puissante spatialité

Le groupe de femmes est constitué des trois soeurs de Courbet : Zoé, Zélie et Juliette. Malgré leurs toilettes démodées elles incarnent la vie urbaine et contrastent avec le monde sauvage de la campagne

La gardeuse de vaches n'est pas traitée sur le mode misérabiliste de la peinture sociale de l'époque. Courbet évite toute outrance excessive du visage ou de la gestuelle

Le paysage est rude, presque aride

L'aspect concave de la combe semble protéger la scène

La petite vachère reçoit quelque chose à manger de l'une des trois demoiselles.

Le groupe se prolonge par le chien qui conduit le regard vers le taureau et la génisse

Le peintre met en scène ses soeurs qui appartiennent à une bourgeoisie rurale : pas d'exotisme social, pas de folklore "typique"

Les vêtements sont particulièrement "soignés"; Courbet voulait faire du "gracieux"

Si l'échelle du couple d'animaux semble étrange par rapport à l'ensemble, ils sont bien intégrés à la scène

Les Baigneuses - 1853

 

A l'aplomb d'une mince trouée de ciel dans le feuillage serré qui couvre la scène, la tête de la baigneuse de dos s'incline vers la servante

Le visage n'est  pas visible, masqué par l'épaule et les cheveux. Ce modèle n'est qu'un corps, une architecture de chair dotée d'épaules rugueuses

De cette femme au corps grossier l'impératrice Eugénie demande si elle est une "percheronne"

La croupe digne d'un Rubens, d'une  puissance animale, choque dans le monde compassé du nu

Le fantasme lesbien est récurrent dans l'oeuvre de Courbet. Le sourire de la servante et son regard vers la poitrine invisible de sa maîtresse dénotent le désir

Les gestes parallèles des deux femmes indiquent un dialogue.

Les baigneuses semblent repousser le regard du spectateur et l'académisme

 

La Rencontre, Bonjour Monsieur Courbet - 1854

 

La toile est destinée à immortaliser l'arrivée de Courbet à Montpellier où il se rend à l'invitation d'Alfred Bruyas en mai 1854

Il rencontre en chemin l'hôte qui l'attend, accompagné de son domestique Callas et du chien Breton

Le site représenté est la campagne montpelliéraine

Les persiflages se multiplient dans la presse : tous souligne la monumentale vanité de Courbet. Le peintre se montre avantagé et fier devant cet humble Bruyas et son domestique qui se découvrent, presque adorateurs. Devant le génie créateur ne sont autorisés que le respect et la reconnaissance

Alfred Bruyas (1821-1877) issu de la bourgeoisie protestante de Montpellier fut un dandy qui a consacré sa vie à sa passion pour l'art et à son rêve de se constituer une galerie moderne

Courbet se montre sans veste, son attirail de peintre sur le dos. Sa grandeur, il la doit à lui-même, non pas aux dignités de convention. En 1810, refusant la Légion d'Honneur il dira "Je m'honore en restant fidèle aux principes de toute ma vie; si je les désertais je quitterai l'honneur pour en prendre le signe"

L'atmosphère du tableau est déterminée par les tons bleus et blancs du grand ciel dégagé. Le bleu éthéré s'étend jusqu'à la ligne d'horizon située très bas dans le tableau.

Les trois figures dressées paraissent monumentales.

La fierté et l'orgueil transparaissent dans l'attitude de "l'ouvrier peintre" Courbet qui se dote d'une longue barbe dressée et met en scène son rôle messianique. Il souligne le "côté assyrien de son visage", celui qu'il préfère

Bruyas en position centrale dans sa tenue de dandy salue Courbet avec déférence et son domestique s'incline

Les critiques ont souligné que Courbet est le seul à avoir droit à une ombre

"Ni le maître, ni le valet  ne dessinent leur ombre sur le sol; il n'y a d'ombre que pour M. Courbet : lui seul peut arrêter les rayons du soleil"

 

Le bord de la mer à Palavas - 1854

 

Les expériences de la lumière sont toujours déterminantes pour les peintres. Courbet est un artiste du nord, habitué aux cieux chargés du Jura et de Paris

La découverte des lumières vives de la méditerranée agit comme une révélation

Dans une composition en quatre bandes horizontales, la mer, animée de transparences et de scintillements, s'étale sagement sous un large pan de ciel qui occupe la moitié de la toile

La mer est abstraite, pas une voile, pas un bateau. La plage est vide

La petite figure de Courbet debout sur un rocher au premier plan donne son échelle au tableau. Le personnage se dresse sur le rocher comme une statue sur un socle

Courbet salue la mer de son chapeau et lui lance "Ô mer ! Ta voix est formidable, mais elle ne parviendra pas à couvrir celle de la Renommée criant mon nom au monde entier"

 

L'Atelier - 1855

 

En 1855 Courbet présente au public le portrait le plus mégalomaniaque qui soit. Il mesure 3,60 m sur 6m soit 22m2

 

L'artiste s'y montre en train de peindre dans son atelier. Il se met au beau milieu, devant son chevalet, à côté d'une femme nue, magnifique tâche claire

A droite il présente ses amis "les gens qui me servent, me soutiennent dans mon idée, qui participent à mon action "

 

Courbet reprend quelques portraits qu'il avait fait de ses amis et les transfère sur sa grande toile : on reconnaît Bruyas et Baudelaire

Ce procédé par collage d'oeuvres précédentes accentue l'impression d'isolement de chaque personnage dont aucun ne semble s'intégrer au groupe

 

Les deux figures de femmes font exception dans cette réunion de personnages masculins compassés. L'une serait une femme du monde, l'autre une jeune fille amoureuse. Courbet invente des torsions pour les deux femmes, leur conférant ainsi des postures sérieuses et élégantes. Elles apportent des couleurs et de la clarté au  tableau

 

A gauche des têtes hétéroclites ignorent le peintre et gravitent autour d'un centre occupé par quelques accessoires que Courbet appelle "les défroques romantiques"

 

Au premier plan un magnifique chasseur (ce braconnier serait la métaphore de Napoléon III). Au fond un chinois. A sa droite un personnage assis en chapeau haut de forme qui évoque le portrait de M. Bertin par Ingres, l'incarnation du bourgeois enrichi.

 

Au centre, à côté du peintre, une femme nue qui ne lui sert pas de modèle car il peint un paysage. Elle peut évoquer la représentation de la vérité. Il s'agit d'une femme en chair et en os. Courbet a le soin de laisser par terre la robe rose qu'elle vient d'enlever.

Près du peintre un chat qui est le symbole de la liberté.

Un enfant regarde le  paysage sur le chevalet. Il est le regard innocent de toute culture, de toute interprétation, de tout jugement.

 

Le paysage sur le chevalet renvoie aux sujets plusieurs fois traités par Courbet en Franche-Comté

 

Avec ce tableau Courbet éprouve le besoin de s'exposer en tant que créateur. Il veut consacrer l'artiste comme pivot de son époque et créateur indépendant des institutions artistiques et politiques

Paysage rocheux, Environs d'Ornans - 1855

 

Courbet paysagiste avait le sens inné du cadrage. Son amour du pays natal lui fait entretenir avec la nature une relation d'intimité

On a noté toutefois le silence des paysages de Courbet qui "marmorise" tout ce qui touche son pinceau

Les plateaux du Jura ont appris à Courbet à respecter le silence de la nature

Courbet était très rattaché à sa terre : il marquait un vif intérêt pour la géologie, la botanique, l'histoire et l'archéologie de la région

Courbet a contribué à la révolution qui a imposé la peinture sur le motif et la représentation du paysage pour lui-même

Les paysans de Flagey revenant de la foire - 1855

 

Un ciel lourd surplombe le site rude de cette scène rurale

L'uniformité du paysage ne laisse au public parisien aucune possibilité de rêverie pastorale

 

La figure détourée et assez plate du personnage au cochon semble maladroitement accolée à l'ensemble. Il tient son porcelet attaché par une corde à l'une des pattes de derrière. Mais Courbet renoue avec une imagerie populaire et naïve où le volume est nié au profit d'éléments plaqués

 

L'homme à cheval au centre de la composition est Régis Courbet, le père de l'artiste. Il est le type accompli du propriétaire terrien vivant convenablement de son activité agricole dans une région rurale prospère. Il est vêtu d'une blouse bleue. Pour le protéger de la sueur il porte un bonnet blanc sous son chapeau

 

Plus du tiers des habitants du Doubs travaillaient aux champs et une douzaine de foires se tenaient annuellement dans le pays d'Ornans

Chevaux et vaches appartiennent à des races locales rustiques

Bouquet de fleurs - 1855

 

Pendant son séjour en Saintonge en 1862/1863 chez un jeune amateur d'art, Etienne Baudry, Courbet fit des tableaux de fleurs inspirés de la tradition hollandaise qui annoncent le goût des impressionnistes pour les bouquets

Baudry était passionné de botanique ce qui influença le peintre dans le choix de ce thème

Courbet introduit volontiers des fleurs dans ses portraits mais il est rare qu'il les prenne comme motif d'un tableau avant son séjour à Saintes; c'est pourquoi en un sens ce tableau de 1855 est une exception

Les cribleuses de blé - 1855

 

Ce tableau est une exception dans l'oeuvre de Courbet, sur le plan chromatique. Etrangement clair, surtout pour une scène d'intérieur, il est construit autour des couleurs chaudes du personnage central qui domine par l'orangé de la jupe

Les tissus sont traités dans une touche épaisse qui rend au mieux leur présence physique et tactile

La jeune fille au tamis à la consistance de la sculpture. Elle est fermement campée sur ses genoux. Sa jupe semble coulée dans le bronze. Un garçon furète dans le meuble à droite. La jeune fille à gauche fait le tri des grains dans un grand plat. Le peintre sème des objets aux formes arrondies dans toute la scène

Sur les beiges et les crèmes du fond, l'éclat d'ocre brun des grains

"Les Cribleuses" est une composition familiale : Zoé Courbet a posé pour la figure de dos; la figure assise à gauche représente Juliette; l'enfant serait le fils de l'artiste Désiré Binet

Le tableau s'inscrit dans une série d'oeuvres consacrée aux moeurs campagnardes comme "Après dîner à Ornans", "Les paysans de Flagey" et "Les Demoiselles de village"

Le tableau a été interprété comme une métaphore de l'acte créateur du peintre. Le drap blanc est pareil à une toile sur laquelle s'écrasent, tels des pigments, les grains de blé qui tombent du crible-palette

Dans ses toiles Courbet rend souvent hommage au fait même de peindre

 

Les Demoiselles des bords de la Seine - 1857

 

Inintelligence et inaction correspondent aux caractéristiques de la plupart des femmes peintes par Courbet

Dans ce tableau leurs corps adhèrent au sol dans une pesanteur inerte. Elles ne pensent pas. Elles digèrent, lasses et un peu maussades

La Seine coule au second plan évoquant les loisirs estivaux et les plaisirs sensuels de la baignade. Elle isole les deux demoiselles dans un espace édénique dont elles seraient les fruits défendus

Courbet ramène ses personnages au premier plan pour leur donner une dimension monumentale

Les gros troncs des arbres dont les feuilles sont tranchées  par le bord de la toile accentuent l'impression de rapprochement

Les verts tendres donnent au parterre la douceur accueillante d'un lit

Courbet rend les draps avec une grande maîtrise technique. Il soigne les froissés et les nuances des tons.

Les contemporains ont considéré comme très vulgaires le contraste entre la finesse des vêtements et les corps avachis de femmes du peuple robustes et massives

Le public été indigné par les deux bouquets de fleurs qui s'affichent comme les marques de reconnaissance de clients.

Cette représentation du vice dans une parure mobile fait scandale

Le regard frontal du modèle du premier plan en deshabillé renvoie le spectateur à sa condition de voyeur (comme le fera six ans plus tard l'Olympie de Manet)

Le regard de la femme allongée évoque le poème de Baudelaire " Comme un bétail pensif sur les sables allongées, elles tournent dans leurs yeux vers l'horizon des mers "

Cette jeune femme est montrée en somptueux sous-vêtements. La robe qu'elle a enlevée lui sert d'oreiller

Un critique s'est moqué du réalisme de Courbet à cause de la couleur qu'il choisit pour figurer la rivière

 

La femme aux bas blancs - 1861

 

"La femme aux bas blancs" est la première oeuvre licencieuse de Courbet

Le tableau met en scène dans un cadrage resserré une jeune fille occupée à enfiler ses bas. Cette scène intime a pour cadre un coin de  nature et personne ne peut douter qu'elle succède à une scène d'amour.

Le corps nu apparaît hors de tout écrin de verdure ou de tissu

Le point de vue adopté par Courbet accentue l'aspect ramassé de la figure

Laissant toute une partie du corps dans l'ombre, un rai de lumière éclaire le visage de la jeune femme, ses jambes et ses cuisses relevées

Cet éclairage dessine sur l'herbe un long éclat de lumière qui souligne l'appui des fesses

Une diagonale marquée par le pied gauche, la jambe et un alignement d'arbres mène à une trouée sur le ciel bleu en haut à droite

Mais l'oeil du spectateur est retenu par le visage de la jeune femme qui le fixe et le sillon de ses cuisses relevées

L'amateur de l'époque, accoutumé à l'irréalité picturale des nus, est transformé en voyeur

La Rêverie, Gabrielle Borreau - 1862

 

Gabrielle, née en 1848, fille d'une amie du peintre, était affectueusement surnommée Briolette par Courbet

Elle a 14 ans et montre un visage acide et satisfait

Cette oeuvre fait songer à un portrait de la Renaissance

La pâte riche, le raffinement de la toilette, les lueurs éclatantes du couchant témoignent que Courbet a retenu les enseignements des grands vénitiens

Gabrielle visitera Courbet dans sa prison de Sainte Pélagie

La source de la Loue - 1864

 

Située à l'ouest d'Ornans, la source de la Loue est une impressionnante cavité rocheuse, mystérieuse et gorgée d'ombre, d'où la rivière s'échappe en flots bouillonnants

Courbet a souvent peint ce site mythique de la région

Le peintre ne cherche pas tant à tirer de la grotte un parti romantique qu'à rendre sa matérialité

Tous les éléments semblent ramenés au minéral dans une unité organisée par des contrastes entre trous d'ombre et jaillissements lumineux

 

Le chêne de Flagey - 1864

 

En peignant ce chêne Courbet a resserré le cadre pour mieux en saisir l'individualité

De ce chêne dont les racines s'enfoncent dans sa terre natale il dégage la puissance, l'autonomie et la résistance et en fait un monument imposant

Un chien courant dans la plaine, esquissé d'un trait blanc, intervient comme contrepoint dans la composition massive et majestueuse

La construction de Courbet est ramassée

L'immense feuillage du chêne coupé par le cadre obstrue les lointains et le ciel

Il est traité dans un vert épais, opaque

Des empâtements au couteau confèrent une énergie ferme et vibrante au tronc

L'horizon est adouci par des ondulations ou le bleu et le vert se mêlent

 

"Le chêne de Flagey", dit aussi "Chêne de Vercingétorix" a été présenté par Courbet sous le titre "Camp de César, près d'Alesia, Franche-Comté". Ce parti pris polémique va à l'encontre de la thèse officielle qui, fondée sur des fouilles commandée par Napoléon III, situe l'antique Alesia en Côte-d'or

Portrait d'Euphrasie Proudhon - 1865

 

Euphrasie Piegard (1822-1900) est une jeune fille d'humble condition ouvrière dans un atelier de passementerie.

Son père professe des opinions politiques affirmées. Il est monarchiste légitimiste. Les rébellions partisanes n'effraient pas Euphrasie.

Le 31 décembre 1849 elle épouse Proudhon à la chapelle de Sainte Pélagie

Cette cérémonie religieuse suscite les quolibets des autres détenus qui surnomment le nouveau marié "le socialiste bigot"

Le prisonnier n'est libéré qu'en 1852 mais il bénéficiait d'une permission hebdomadaire ce qui fait qu'à sa libération son foyer est déjà riche de deux enfants

Proudhon expliquait à un ami son mariage " J'ai épousé à 40 ans une jeune et pauvre ouvrière, non par passion mais par sympathie pour sa position ... parce que je me trouvais sans famille ... parce que j'avais la fantaisie du ménage et de la paternité "

Euphrasie, veuve en 1865, a vu mourir trois de ses quatre enfants

La confection du bonnet  n'est pas due à un grand faiseur

Le taffetas noir a pâli jusqu'à la subtilité de ce bleu grisâtre

 

La trombe - 1865

 

La  trombe est une colonne d'eau en rotation dont on ne sait plus si elle s'élève ou si elle s'abat

Courbet joue du contraste entre les épais empâtements au couteau de la bande de mer horizontale et la matière fluide et transparente de la trombe, appliquée en rapides coups de brosse

Il rend dans des tons gris, bleutés et blancs l'aspect spectaculaire du phénomène qui ne semble pas toucher les abords de la côte mais se dresse sur l'horizon comme une barrière

En 1866, Victor Hugo écrit dans Les travailleurs de la mer " ... une montagne d'écume qui s'élève, une montagne de nuée qui descend ... Devant la trombe le tonnerre se tait. Il semble qu'il avait peur"

Une femme au podoscaphe - 1865

 

A l'automne 1865 Courbet découvre sur les plages normande l'univers balnéaire mis à la mode par le duc de Morny. Il se plaît à flâner au milieu de la riche société qui l'accueille avec enthousiasme

Les plus belle dames de Trouville veulent qu'il fasse leur portrait

Il tombe amoureux de Jo, la belle irlandaise, la maîtresse de Whistler

La femme au podoscaphe est une des rares exceptions où Courbet peint une femme en activité

Le modèle est peint dans l'atelier et découpé selon un contour ferme. Le résultat est une sensation d'immobilité

La stabilité de la ligne d'horizon est perturbée par les trois obliques qui partent du coin droit du tableau et s'ouvrent en éventail

Il s'agit d'un des rares sujets modernes dans l'art de Courbet

Il a été frappé par une jeune femme qui faisait sensation à Trouville par son habileté au maniement de l'embarcation

Les cheveux mouillés et épais dessinent une animation libre dans l'air

L'eau, comme souvent chez Courbet, est épaisse et puissante

Le tableau est inachevé. Les jambes et les bras sont traités de façon sommaire

La fille aux mouettes - 1865

 

La fille aux mouettes associe la volupté des cheveux à celle des plumes

Les oiseaux morts, aux ailes écartées, dessinent des formes complexes, pointues, acérées mais très structurées

Le corps de la jeune fille se réduit à une masse sombre

Une fois n'est pas coutume : elle nous regarde. Mais son visage est séparé du spectateur par la longue baguette, obstacle à toute approche

Le visage inexpressif de la fillette est empreint de mélancolie. Il participe d'une imagerie romantique de l'adolescence entre une beauté pure et une innocence qui s'enfuit

Les touches vigoureuses de jaune sur les cheveux torsadés diffusent une lumière froide dans le paysage nuageux, à la manière d'un soleil d'hiver

La perche qui porte les mouettes traverse le tableau en isolant dans l'angle supérieur droit la tête du modèle

La chevelure sous le bâton se mêle au plumage

Les trois mouettes forment une construction symétrique rompue par l'échappée d'une aile blanche vers le bas

 

Portrait de Proudhon - 1865

 

En 1853, date à laquelle Courbet commence ce portrait Proudhon sort de prison et travaille à son oeuvre majeure qui paraîtra en 1858 "De la justice dans la République et dans l'Eglise"

La scène se déroule sur le perron de la maison du philosophe. Proudhon est montré avec ses livres et de quoi écrire.

Catherine sa fille aînée épelle un alphabet. Elle symbolise l'éveil de la raison et de la conscience de soi

Sa soeur Marcelle emportée par le choléra en 1854 est représentée ici un an avant sa mort. Presque diaphane elle est traitée dans des tons qui rendent sa candeur.

La critique hostile parla des tons blafards des visages. Mais ces couleurs passées évoquent l'effet de voile du souvenir

Un rideau de feuillage ferme la composition, concentrant la profondeur du tableau dans le regard frontal et absorbé de Proudhon

Proudhon refusait de poser et Courbet lui demanda des photographies pour représenter son visage

La posture convenue de "penseur" lui donne un caractère intemporel

La composition suit une oblique en profondeur

Dans son ouvrage sur l'art, Proudhon octroie une place importante à Courbet

Pour Proudhon l'activité créatrice est "une représentation de la nature et de nous-mêmes en vue du perfectionnement physique et moral de notre espèce"

Mais dans son souci d'instituer une société communautariste sans privilèges, il  condamne la nature indépendante de Courbet

Proudhon a dit de Courbet " Indépendant de tempérament, de caractère, de volonté, comme les enfants gâtés qui ne font que ce qu'ils veulent "

 

La femme au perroquet - 1866

 

Ce tableau vaut au peintre des accusations de céder au goût de la peinture mondaine

Courbet veut montrer qu'il sait aussi flatter le goût du public

Ce tableau fut ressenti comme une trahison par certains de ses amis

Le corps est solide et ferme mais les gestes sont très délicats

Le peintre concentre la sensualité dans la chair laiteuse qui se détache du fond sombre et sur la magnifique couronne de cheveux, à l'érotisme baudelairien

Sur la blancheur du drap Courbet étale en couronne la superbe chevelure du modèle

En mai 1866 le jeune Frédéric Bazille décrit l'extraordinaire succès de Courbet " J'ai vu Courbet hier, il nage dans l'or. Les tiroirs sont bourrés de billets de banque, il ne sait qu'en faire ... Voilà la galerie Bruyas qui triple de valeur "

Aux yeux de Bazille Courbet s'enrichit mais compromet aussi sa puissance créatrice en sacrifiant au bon goût

En 1866 entre Monet ressassant sa misère et Bazille sous la pression de sa famille de haute bourgeoisie, l'obsession de l'argent bat son plein chez les artistes

 

Remise de chevreuils en hiver - 1866

 

Les paysages enneigés constituent un défi pour le peintre

Il faut éviter la fadeur, donner vie aux blancs en les irriguant de lumière colorée, en les faisant contraster avec des noirs, et jouant des ombres et des reflets

Monet et Sisley furent les maîtres des paysages enneigés mais il furent influencés par les représentations hivernales de Courbet

Dans ce tableau la neige est un parterre cristallin et accueillant

L'animal paraît protégé par une nature immaculée

Le Sommeil - 1866

 

Le bleu de Prusse foncé du mur de la chambre inscrit l'atmosphère du Sommeil dans une humeur nocturne propice aux caresses langoureuses et à la rêverie. Le vase débordant de fleurs est une allusion à l'épanouissement des sens. Les corps qui s'enchevêtrent reposent sur les soieries délicates d'une chambre richement décorée

Contraste entre la chair blanche et rosée de Jo, et celle mate et ferme de sa compagne, dont on ignore l'identité

La thématique de l'homosexualité féminine exprime la fascination pour ce qui apparaissait comme une déviance au regard des bonnes moeurs

Mais c'est à l'érotisme de la poésie baudelairienne que font écho les chevelures dénouées et les bijoux éparpillés

Cette toile licencieuse reprend plastiquement le soufre littéraire des "Fleurs du Mal"

Le Sommeil instaure un monde paradisiaque entièrement féminin, d'où l'homme a été expulsé

Corps amples et superbes sur une grande toile de 1,35m sur 2,00m

Un critique a écrit :

" Ainsi devaient finir Les Demoiselles du bord de la Seine", qui avaient d'ailleurs l'air d'en mourir d'envie

Ce tableau a été acheté pour une somme très élevée par l'ambassadeur de l'empire ottoman Khalil Bey

 

La remise de chevreuils - 1866

 

En 1866 Zola se demande si Courbet est devenu un peintre ordinaire

" Courbet était lapidé par le public scandalisé. Aujourd'hui personne ne rit, personne ne jette des pierres. Courbet a rentré ses serres d'aigle et tout le monde lui décerne des couronnes "

Pour cette toile Courbet loue ses modèles à un marchand d'animaux

Les chevreuils ont été peints à Paris et le paysage dans son atelier d'Ornans

" Cet hiver j'ai loué des chevreuil et j'en ai fait une remise. Il y a au milieu une petite chevrette assise qui reçoit, c'est comme dans un salon, à côté d'elle est son mâle qui broute le lierre d'un arbre à gauche; se dessinant sur le rocher, un autre chevreuil traverse le ruisseau "

Ce glissement de la nature vers l'artifice est le résultat d'un travail réfléchi, possible seulement en atelier

 

Le chevreuil chassé aux écoutes, Printemps - 1867

 

Ce tableau est typique des sous-bois que Courbet anime d'animaux des forêts

Ces thèmes connaissent une grande faveur et Courbet exprime une émotion en variant l'atmosphère au gré des saisons

Le 12 mai 1868 il écrit " Je viens de vendre à M. Boucicaut (la maison du Bon Marché) le Chevreuil aux écoutes. Quatre mille. Ca tombe à pic"

La pauvresse du village, Ornans - 1867

 

La palette de Courbet n'est jamais riche. Il préfère travailler avec quelques tons seulement; ses tableaux atteignent parfois une quasi monochromie. Il évite les tons chatoyants, séduisants mais il sait faire vibrer sur ces gammes austères quelques teintes vigoureuses

Ce tableau est conçu presque entièrement à partir d'intensités diverses de gris, à l'exception de quelques tons bruns ou roux dans les personnages, dans l'arbuste, dans le fagot

La petite fille, la femme et la chèvre se découpent sur fond blanc

Le titre confère à ce tableau une idée de misérabilisme

Mais cette femme avec son fagot n'est pas misérable : elle possède une chèvre

La petite fille est habillée correctement et porte un gros pain qui a été cuit au four banal

Le titre "Femme à la chèvre" serait plus juste

 

Femme nue au chien - 1868

 

Courbet, le peintre des chairs voluptueuses, est aussi un grand amateur de femmes

Il adore séduire, refuse de s'engager et multiplie les conquêtes

De nature orgueilleuse il ne supporte pas qu'une femme le trompe

Quand Léontine Renaude qui posa pour lui et fut sa maîtresse le cocufie avec le photographe Nadar, elle s'attire un flot de haine torrentiel.

Il écrit en juin 1862 " Si vous avez cru me rendre jaloux, je vous jure que vous vous êtes trompée ... Avec vous je savais très bien que j'étais au bordel et dans ces cas là on ne peut jamais savoir après qui on passe ... Je n'ai jamais avec vous été jaloux que de ma dignité personnelle "

La comédienne servira toutefois de modèle à Femme au chien en 1868

La femme à la vague - 1868

 

La femme à la vague est une jeune fille à la sublime carnation

Ses seins sont sans doute les plus beaux de toute l'histoire de la peinture

Elle est immobile dans sa pose d'atelier, adossée à quelque chose que nous ne voyons pas. Elle se laisse envahir par l'écume

Le regard absent elle se montre indifférente au spectateur

Le muscle sous l'aisselle est visible

Les bras délicats montrent cependant les articulations des os

La structure du corps, bien construite, ferme, matérielle, est différente de celle que l'on peut trouver chez Renoir, toujours plus ou moins dissoute dans le traitement pictural

Les cheveux se terminent par des sinuosités que l'on retrouve sous les aisselles: motif formel qui est aussi tactile et sensuel

Courbet joue avec de tonalités très subtiles pour les seins, qui se terminent par des intensités d'un rose exquis

La blanche écume caresse la peau

Le modèle est celui de la femme brune du Reveil

L'Hallali du cerf - 1869

 

Courbet avait la passion de la chasse.

En 1859 il écrit à sa soeur Juliette " J'ai tué à la chasse dans les montagnes de l'Allemagne un cerf énorme de 13 ans. C'est le plus grand qu'on ait tué en Allemagne depuis 25 ans "

Dans les années 1860 il réalise une série de grands tableaux avec des cerfs et des chasseurs

Le tableau est construit sur l'opposition entre le paysage couvert de neige et la tache sombre du corps contorsionné du cerf

Les deux chasseurs, figés en plein mouvement par le peintre, contemplent sans expression la mise à mort dont ils sont les acteurs essentiels.

Ce décalage produit sur le spectateur un effet d'empathie avec l'animal en souffrance. La meute des chiens est surexcitée par la mort et le festin qui s'annoncent

La violence de la chasse et ses ressorts que sont le désir de possession et le meurtre sont mis à nu par Courbet dans un tableau d'une élégante composition

 

Courbet est face au problème de la représentation du mouvement

Le fouet de ses chasseurs dessine une arabesque immobile dans le ciel

Le cheval, les chiens et les arbres participent à la clarté générale des tons

 

La falaise d'Etretat après l'orage - 1869

 

Depuis le début du siècle, Etretat attire les peintres

Claude Monet en rapportera des toiles magistrales

Courbet est à Etretat en été 1869

Jamais encore il n'a entrepris d'aussi vastes toiles pour un paysage pur complètement dénué de vie humaine ou animale

La toile mesure 1,33 m sur 1,62m

La Porte d'Aval d'Etretat est encore telle que nous la voyons dans ce tableau

Paysage exceptionnel par la limpidité de son atmosphère

Composition qui se distingue par l'équilibre de la terre, du rocher, du ciel et de l'eau

Ce tableau a été souvent copié par de nombreux faussaires

La Truite - 1873

 

A la suite de sa participation à la Commune de 1871 Courbet dut répondre de l'accusation d'avoir incité à la destruction de la colonne Vendôme et fut pour cela condamné à six mois de prison

Après avoir purgé sa peine il séjourna à partir de 1872 pour une courte période à Ornans où il réalisa un grand nombre de tableaux, destinés  à des collectionneurs privés, dont une bonne partie était constituée de natures mortes, genre que l'artiste avait développé pendant sa détention à Sainte Pélagie

Les natures mortes réalisées en liberté eurent comme sujet les gigantesques truites capturées par les pêcheurs le long de la Loue, la rivière qui baigne Ornans

La représentation des poissons sert de base à une couche de peinture dont on ne saurait trouver application plus libre et plus abstraite dans toute l'oeuvre de Courbet

L'utilisation du clair obscur contribue à une dramatisation du sujet

Capturée à l'hameçon la truite agonise

Le motif de l'animal capturé et blessé, suspendu entre la vie et la mort, renvoie au souvenir de sa souffrance et de son emprisonnement

Paysage de montagne - 1873

 

Courbet peignait très vite. Pour lui la rapidité d'exécution n'est pas une véhémence gestuelle mais la construction par masses biens solides

Ce paysage de montagne est fait de bandes superposées

La partie centrale plus large, constituée par les coteaux, s'incline en obliques

En haut une organisation complexe et agitée réunit les pics enneigés et les nuages et s'oppose au calme de la surface du lac en bas

La masse énorme de la montagne semble s'approcher du premier plan

Les empâtements pour figurer la neige sont larges et révèlent clairement les marques du couteau

Portrait de l'artiste à Sainte Pélagie - 1874

 

Durant le Second Empire Courbet s'emploie à bâtir une image de démocrate, républicain et socialiste

Il n'est nullement un homme de parti et il ne s'est pas engagé dans une réelle action politique. Les espions de la police impériale constatent plus de bruit que de danger.

Mais il refuse la Légion d'Honneur. Il peint des tableaux scandaleux. Il méprise les gloires artistiques de son temps. Sa vantardise est sans limite

 

Les conservateurs profitent de l'affaire de la colonne Vendôme pour l'abattre

Courbet avait proposé de "déboulonner" la colonne Vendôme, monument à la gloire militaire et d'en faire porter les sculptures aux Invalides

Mais un décret de la Commune du 12 avril, qu'il n'a pas signé puisqu'il ne siégeait pas encore à la Commune, décide de démolir définitivement le monument

Courbet  n'est pas coupable mais il est le parfait bouc émissaire, l'exutoire rêvé à tous les ressentiments

 

Une fois emprisonné il peint à nouveau son image, ce qu'il n'a plus fait depuis l'Atelier, cette immense projection de lui-même

On le voit comprimé par les bords de la toile, par les murs, par le grillage

Il fume sa pipe

Il regarde au-dehors, l'air sérieux

Son foulard est d'un rouge puissant

Les barreaux de la fenêtre sont secondés par les orthogonales des carreaux

D'autres formes rectilignes (banc, chambranle de la fenêtre) emprisonnent visuellement le peintre

Le corps est peint en contre-plongée. A cette contre-plongée répond la perspective plongeante sur la cour

Même s'il soigne son apparence en s'amincissant cet autoportrait est le plus dramatique de sa carrière

 

Courbet sort de prison le 30 décembre 1871 et purge le reste de sa peine sur parole à la clinique de Neuilly où il se fait opérer avec succès des hémorroïdes qui lui gâchent la vie depuis l'adolescence

 

En mai 1872 il quitte Paris qu'il ne reverra plus jamais

Le 24 mai 1873 Mac Mahon devient président de la république

Ce retour à l'ordre est une mauvaise nouvelle pour Courbet, le communard

La Chambre a proposé en janvier le rétablissement de la colonne Vendôme aux frais du peintre

 

En juillet 1873 il écrit au préfet du Doubs :

" Veuillez me dire s'il m'est encore permis de faire des tableaux et de les vendre librement à mon profit ou si je suis un esclave condamné à travailler au bénéfice d'un maître qui est l'Etat de France "

Le château de Chillon - 1874

 

En mai 1873, en attendant que le tribunal civil de la Seine établisse la somme à imputer à Courbet pour la reconstruction de la colonne Vendôme, le ministère des Finances décide de confisquer ses biens

Le 23 juillet le peintre s'exile définitivement en Suisse et séjourne à Genève et Lausanne avant d'acheter un vieil hôtel à La Tour de Peilz

Fatigué, malade, couvert de dettes, il peint pour faire face aux difficultés financières qui l'assaillent

La vue du château de Chillon, un lieu de l'imaginaire romantique exprime ses sentiments de nostalgie

Le château de Chillon compte 25 corps de bâtiments construits depuis le 11ème siècle

La composition classique qui confine au cliché s'explique en partie par un objectif commercial compte tenu de l'étendue de ses dettes

Les tons froids et bleutés dominent. Ils sont de trois ordres :

- vaporeux et tirant sur le blanc au niveau du ciel

- verts et bruns dans la zone montagneuse

- teintés de turquoise sur les eaux profondes

Rongé par les dettes et l'essoufflement des soutiens le peintre est fatigué

Il fuit dans l'alcool. Son état de santé se dégrade

Son appétit viscéral ne fut pas sans rançon

Il meurt à 58 ans, veillé par son père Régis, méconnaissable avec ses 145cm de tour de taille

Il s'éteint le 31décembre 1877 après avoir refusé la présence d'un curé

Le lendemain de son décès il aurait dû s'acquitter de son premier versement pour le remboursement de la colonne Vendôme

 

ACCUEIL

 

VOYAGES

 

PEINTRES

 

ECRIVAINS

 

CURIOSITES

 

HISTOIRE