HEURES DE LA VIERGE
L'Annonciation
Le décor est encadré par une double arcade dont la colonne centrale divise la composition en deux
L'espace intérieur est défini par l'arcade aveugle de l'arrière-
Les deux figures sont nettement séparées par la colonne qui les isole l'une de l'autre
Gabriel ne regarde pas la Vierge mais concentre plutôt son attention sur la descente du Saint Esprit
Marie baisse modestement les yeux comme si elle n'était pas encore pleinement consciente de sa présence
Les personnages restent compartimentés et repliés sur eux-
La composition se caractérise par la monumentalité de son statisme avec ses figures immobiles et distantes
Dieu le Père est représenté à un balcon soutenu par un atlante
La Visitation
La Vierge se tient devant un portail tandis que sainte Elisabeth s'approche d'elle une main tendue vers le ventre de sa cousine enceinte
Les deux femmes sont enveloppées dans un manteau bleu flottant
La Vierge porte en-
Elisabeth vêtue d'une robe d'un rose éteint a la tête et les épaules couvertes d'une étole blanche
Marie semble diriger son regard au-
Les deux personnages sont mis en valeur par le pic triangulaire qui se déploie à partir du premier plan
Pâles couleurs terrestres de l'arrière-
Gris sourds des remparts de la petite forteresse
Une source jaillit de la montagne verdoyante, allusion à la source située d'après la tradition près de la demeure de Zacharie
La Nativité
La Vierge est assise par terre et appuyée contre une clôture en clayonnage
Elle tient l'Enfant Jésus sur ses genoux et n'est abritée par rien d'autre qu'un appentis dont le chevronnage apparaît à travers les trous du toit de chaume
Un de ces trous laisse passer les rayons de l'étoile divine qui proclame la gloire de l'Enfant
Joseph, au premier plan à gauche, s'appuie sur l'encadrement
La position de ses genoux est identique à celle des genoux de Marie
A ses pieds une bonne flambée réchauffe un pot posé sur un trépied
Près du bord de l'encadrement deux berges assistent à la scène miraculeuse
L'un est agenouillé, un instrument de musique à la main
L'autre debout derrière lui désigne la Madone du doigt
Le boeuf et l'âne sont couchés derrière une mangeoire en pierre sculptée dont la majesté semble incongrue dans ce décor modeste. Allusion au sarcophage d'où le Christ ressuscitera plus tard ?
Le vert pâle du sol s'assombrit à mesure qu'il monte vers les deux pics
Un berger disparaît derrière une des cimes
Un troupeau de mouton s'égaille sur le flanc de la montagne
Les figures sont à la périphérie et il y a un vide au centre de la composition : plus tard les frères de Limbourg maîtriseront mieux la composition
L'annonce aux bergers
Deux bergers légèrement décentrés lèvent les yeux vers le ciel pour observer un trio d'anges
L'un d'eux déporte le poids de son corps, croise les pieds et s'appuie dans son déséquilibre sur un bâton
Nous ne voyons que le sommet de sa tête
Son compagnon vu de trois quarts regarde lui aussi vers le haut
Tous deux protègent leurs yeux de l'illumination céleste
Le tapis d'herbe d'un vert tendre s'assombrit progressivement
Autour des bergers un troupeau de moutons dispersés
Un chien est couché près d'un petit bois
Une chèvre se dresse sur ses pattes pour brouter les feuilles d'un arbre
A l'arrière-
Les fortes diagonales de la rangée d'arbres et du plan intermédiaire fragmentent le paysage en formes géométriques distinctes
Position strictement géométrique des trois anges chanteurs
L'accord de leurs voix obéit à une parfaite harmonie qui fait défaut au royaume terrestre
situé au-
L'Adoration des Mages
La Vierge tient fermement l'Enfant Jésus sur ses genoux
Assise, elle dépasse légèrement l'ouverture de son abri à palissades en clayonnages
Partiellement enveloppées dans le manteau bleu de Marie, les deux figures semblent se confondre
Les trois rois disposés en triangle s'agenouillent devant elles
Deux d'entre eux ôtent leur couronne
Le plus âgé a déjà déposé la sienne aux pieds du groupe sacré
Profil très pur de Joseph, agenouillé lui aussi
Composition fondée sur des obliques parallèles définies par le toit de chaume de
la grange, la colline du plan intermédiaire et celle de l'arrière-
Sur la colline un berger s'agenouille
Derrière lui un cavalier
Personnages disposés à la périphérie de l'espace pictural
Les riches couleurs éclatantes des vêtements des rois sont rehaussées par les pâles tonalités du sol
La Présentation au Temple
La Vierge aidée par le grand prêtre dépose un robuste Enfant Jésus sur un autel en forme d'édicule
Marie et le prêtre ont tous deux les mains protégées par les langes du Christ
Sainte Anne un cierge à la main observe la scène qu'encadre la structure sommaire d'un temple
A travers les murs dématérialisés on aperçoit un paysage de collines monochromes dans un vert privé de toute définition topographique
La composition est dominée par les imposants personnages principaux
Complexité des plis des drapés qui enveloppent Marie, sainte Anne et le prêtre
L'économie de la composition souligne l'importance dramatique de l'évènement
Le Massacre des Innocents
Une épée à la main, Hérode est assis, jambes croisées, sur un socle surélevé
Tandis qu'un de ses conseillers se tient debout derrière lui il donne ses ordres à un serviteur agenouillé qui porte une bannière accrochée à une longue lance
Le spectateur est introduit dans la scène d'intérieur grâce à l'expédient de la suppression d'un mur
Juste à côté de la structure architecturale les ordres du roi sont en cours d'exécution
Deux soldats en armure mettent à mort des bébés sous le regard horrifié de leurs mères
Les cadavres en morceaux d'autres enfants gisent au sol
Le coteau triangulaire vert de la colline du plan intermédiaire sert de toile de fond à la scène macabre
A l'arrière-
Le manteau bleu du roi et celui d'une des mères attire l'attention sur les deux actions
LA GRANDE LITANIE
Selon La Légende Dorée la Grande Litanie était célébrée le jour de la Saint Marc
En 590 la peste s'abattit sur Rome et le pape Pélage en fut victime. Son successeur Grégoire Ier prêcha devant le peuple le jour de son intronisation et conduisit une procession et récita des litanies
L'Institution de la Grande Litanie
Grégoire le Grand, coiffé de la tiare papale et inspiré par le Saint Esprit que représente une colombe s'adresse à la foule rassemblée autour de lui du haut d'une chaire installée en plein air
A gauche un groupe de cardinaux se détache d'un portail voûté
D'autres assis devant la chaire sont absorbés dans la lecture de leurs livres
Des diacres portent des bannières tandis que de nombreux fidèles prient Dieu à genoux
Au premier plan un homme frappé par la maladie est étendu sur le dos, les genoux repliés
Un autre homme est sur le point de tomber en avant
Derrière cet homme deux autres s'enveloppent dans leurs manteaux et s'éloignent avec horreur
Grande variété des poses qui définit bien l'espace
Palette de rouges orangés très chauds, de bleus saturés, de blancs brillants et de pastels roses pâles
La procession de la grande litanie
Grégoire coiffé de la mitre épiscopale, les mains levées vers le ciel en signe de prière, occupe le centre d'une procession qui traverse la porte Flaminienne
Des diacres et des acolytes levant des bannières ouvrent le défilé que ferment des cardinaux, un moine et des laïcs
Deux pénitents sont prostrés à l'angle intérieur gauche de la composition tandis qu'une victime est étendue sur le dos, les membres déjà en proie à une rigidité cadavérique
Un curieux personnage coiffé d'un chapeau pointu et vêtu d'une tunique jaune pâle lève un bras et s'apprête à bénir la victime
La fin de la peste
Un ange apparut au-
Il essuya la lame de son glaive ensanglanté et le remit dans son fourreau, signifiant ainsi la fin de la peste
Depuis lors on désigna la forteresse sous le nom de château Saint-
L'encadrement de l'enluminure a été élargi dans sa partie supérieure pour y intégrer
la totalité de la structure architecturale à tourelles et l'ange qui plane au-
Deux hommes pauvrement vêtus transportent un cadavre raidi en décomposition tandis que trois fossoyeurs ensevelissent un autre cadavre
Sol rendu dans des tonalités de vert moussu
Le bleu et le rose des tuniques des fossoyeurs rehaussent une palette assez assourdie
HEURES DE LA CROIX ET DU SAINT ESPRIT
La Descente de Croix
Le corps languissant et affaibli du Christ est descendu de la Croix : Nicodème porte l'essentiel de son poids tandis que Joseph d'Arimathie s'agrippe maladroitement au cadavre contribuant peu à le soutenir
La Vierge et Marie Madeleine s'agenouillent
Les plis massifs des draperies encadrent le corps du Christ et mettent en valeur ses tonalités couleur chair
L'action s'est figée et le cadavre est le symbole du sacrifice
La croix en T définit l'axe central et le bord supérieur
La composition triangulaire des figures est renforcée par les angles que forment la lance et la grande hampe terminée par une éponge que tiennent les anges situés sur les côtés
Le sol d'un vert jaunâtre et l'arrière-
RAYMOND DIOCRES, SAINT BRUNO ET LA FONDATION DE L'ORDRE DES CHARTREUX
Saint Bruno, fondateur au 11ème siècle de l'ordre des Chartreux naquit à Cologne et fut appelé à Reims pour diriger l'école cathédrale
Après un différend avec l'archevêque et le roi Philippe Ier il décida de se retirer du monde
Selon la légende il fut impressionné par la vue du cadavre du professeur d'université Raymond Diocres qui sortit à trois reprises de son cercueil pour crier " J'ai été appelé ... jugé ... condamné au juste jugement de Dieu"
Raymond Diocres criant dans son cercueil
L'intérieur du choeur d'église est montré sous un angle oblique
Le mur, les stalles du choeur et le sol carrelé obéissent à une perspective différente
Le cadavre soulève le couvercle de son cercueil et tient à la main une "carte ligna" ou rouleau symbolisant sa déclaration
Les moines dans les stalles expriment différences nuances de désarroi
Les candélabres dorés aux quatre coins du cercueil semblent flotter au-
Le bleu des voûtes et les tons verts et lavande pâle du sol donnent du relief aux bruns ternes
Les funérailles de Raymond Diocrès
Une procession de moines sort en biais d'un porche pour se diriger vers le centre de l'image
Quatre ouvriers peinent à enterrer le cercueil et son étrange occupant qui soulève à nouveau le couvercle de sa bière et tient une "carte ligna" symbolisant sa déclaration
A droite un groupe de clercs conduit par deux lettrés occupe la diagonale opposée à celle des moines
L'un des deux lettrés lève les yeux vers le ciel pour en recevoir une explication
Au loin l'arrière-
Les diagonales convergentes des deux processions créent une sensation de profondeur spatiale inversée
L'arc formé par les personnages en noir au centre est repris dans la disposition des pierres tombales au loin
Le brun profond de la terre fraîchement retournée fait écho au noir du groupe des proches du défunt
Les nombreux participants forment deux processions symétriques ce qui dégage un espace central de respiration
Saint Bruno quittant Paris
Bruno est sans auréole car non encore canonisé
Il se tient auprès d'un groupe de disciples devant les portes de Paris
Bruno désigne du doigt une vision qu'il fait apparaître pour l'édification de ses suiveurs : le portail du bâtiment dont ils sont sur le point de construire les fondations, un ermite dans une grotte qui symbolise leur vie isolée et au loin un tombeau annonciateur d'une fin solitaire
L'abondance des drapés et l'allure sculpturale des trois figures du premier plan ajoutent à leur monumentalité
Les manteaux bleu et rose de Bruno et de son compagnon occupent le centre de la composition
Le rouge orangé des manches du saint attire l'oeil sur le personnage principal
La vision de l'évêque Hugues
Une double arcade étroite nous permet de voir l'intérieur de la chambre d'Hugues, évêque de Grenoble
Une statue d'évêque surmonte le chapiteau central ce qui identifie le bâtiment comme un palais épiscopal
Couché et coiffé de sa mitre, il repose entre de frais draps blancs sou une couverture rouge orangé mise en valeur par le bleu acier des rideaux
Une constellation de sept étoiles apparaît au-
Le rouge de la couverture contraste avec les douces tonalités grises de l'architecture
La fenêtre en ogive indique que l'édifice de droite est une chapelle ou un oratoire
Au-
L'entrée dans la Grande Chartreuse
Six moines et un novice entrent dans l'église qu'ils ont construite
Le portail rappelle celui que Bruno a désigné du doigt à ses compagnons lorsqu'ils ont quitté Paris
Les moines portent l'habit des chartreux caractérisé par un scapulaire uni au capuchon et attaché sur les côtés par une large bande
Le moine conduisant la procession a presque disparu à travers le portail de l'église tandis que le suivant, qui ressemble à Bruno, s'avance tête baissée en signe de vénération
Deux moines regardent l'édifice avec un respect mêlé d'admiration
Moine soulève l'ouverture de son capuchon pour observer la scène
Le dernier qui se détourne de la procession parle à un homme tonsuré vêtu de bleu qui pourrait être un novice
Le portail a pour contrepoids un pic montagneux qui suggère l'isolement du lieu
Les formes monumentales des moines dominent la composition et sont clairement articulées
Modulation des tonalités de blanc sur les habits
La Grande Chartreuse
La totalité du bâtiment est révélée par une vue à vol d'oiseau
Les perspectives de la chapelle et du cloître fortifié ne correspondent pas
Les cellules individuelles des moines se situent au-
Le bleu du toit de l'église et l'orange pâle de la couverture en tuiles du toit des cellules pallient la monotonie du gris de l'architecture
Dans un décor isolé et montagneux, l'image donne une sensation de sérénité et de tranquilité
Au premier plan quatre moines pratiquent la pêche et d'autres activités aquatiques
On aperçoit une chapelle en haut d'un pic, au loin
La terre verdoyante est rendue par une gamme de tons
Contrastant avec le traitement naturaliste du reste de la scène l'arrière-
L'OFFICE DES MORTS
Dans un livre d'heures c'est le seul texte repris directement du bréviaire avec peu de changements
Un cimetière
Une tombe ouverte contenant deux cadavres décharnés occupe le premier plan
Le bord inférieur de l'image est parsemé d'os et d'outils de fossoyeur
Des pierres tombales surélevées et des croix sont éparpillées sur l'arrière-
Derrière la tombe deux moines lisent de grands codex : l'un est agenouillé et l'autre assis sur une des pierres tombales
Derrière un monument funéraire en forme de croix un troisième homme semble désigner la tombe
On explique mal la présence des squelettes de deux personnes mortes depuis longtemps : mais l'office des morts s'ouvrait en général sur l'image des parents du défunt
Le rose de la croix et le rouge du livre animent la palette plutôt terne
La procession des flagellants
Certaines églises ont conservé l'usage de porter en procession un dragon à longue queue rempli de paille
Les deux premiers jours il précède la croix mais le troisième jour il est placé derrière
celle-
Le premier jour correspond au règne du diable avant la Loi
Le deuxième à son règne sous la Loi
Le troisième au moment où, après l'avènement de la grâce, il a été chassé par le sacrifice du Christ sur la croix
En Italie les flagellants étaient souvent encapuchonnés
En Europe du nord ils étaient nus jusqu'à la taille et portaient de sombres chapeaux à large bord
Les postures variées suggèrent le mouvement vers l'avant de la procession
Les tons blancs et les couleurs chair dominent
Palette froide et pâle
Le tapis mosaïqué de l'arrière-
La Pentecôte
La maison où Marie reçut les Apôtres est décrite sous l'aspect d'une église
La Vierge occupe le centre de l'abside et les Apôtres sont répartis de chaque côté en deux groupes égaux
Le rouge orangé des briques met les voûtes en valeur
Le Saint Esprit descend vers la Vierge de la clé de voûte
Indication du mouvement vers le haut de la tête des Apôtres
Sont représentés seize apôtres
La robe rose ocré de l'apôtre à gauche sert de contrepoint à la robe rouge orangé du jeune Saint Jean sur la droite
La forme volumineuse de la Vierge saisie en pleine frontalité et les bras croisés sur la poitrine, constitue le point central de la composition
Raymond Diocres expliquant les Ecritures
Le savant Raymond Diocres est assis à une chaire surélevée sophistiquée, face au spectateur
Occupé à lire ou à écrire il est si recroquevillé qu'on aperçoit seulement le haut de sa tête dépassant du lutrin
A gauche un lettré écrit activement sur un rouleau
À droite deux autres lettrés sont engagés dans une conversation
Un groupe de trois hommes contre le bord droit de l'encadrement écoute un quatrième qui lève la main en un geste de rhéteur
Tous portent des vêtements de moines et des capuchons aux couleurs variées et contrastées
La disposition asymétrique s'accorde avec le caractère apparemment informel de cette assemblée
Les meubles évoquent un intérieur mais le sol vert fait plutôt penser à un espace extérieur
Les différents plans donnent une impression de profondeur spatiale
Une statue de Moïse, symbole de la parole écrite, surmonte le meuble sur lequel sont posés des livres
L'évêque Hugues recevant Bruno et ses compagnons
Une double arcade s'ouvre sur une salle d'audience où Bruno enveloppé d'un manteau rose et ses compagnons s'agenouillent devant l'évêque Hugues vêtu pour sa part de ses habits d'apparat et levant la main en signe de bénédiction
L'évêque informe Bruno qu'il sait où le monastère doit être fondé
Le rouge orangé des voûtes crée un contraste avec le pâle vert grisé du reste de l'architecture
Avec son volumineux manteau rose Bruno constitue le point d'ancrage de la composition
Le groupe des sept compagnons contrebalance la figure monumentale de l'évêque Hugues drapé dans une splendide chape bleue garnie d'or